La « loterie ovarienne »

Linda McQuaig, celle que le National Post a surnommée la « Michael Moore du Canada », et le professeur et spécialiste de l’impôt Neil Brooks consacrent un essai fascinant à ces milliardaires qui contournent les lois fiscales grâce à des comptables inventifs et avec la complicité de gouvernements trop influençables.

LAT07_LIVRES_04Leur cible privilégiée ? Les inégalités de revenus, qui tendent à se creuser partout. La preuve est solide, l’argumentaire bien mené : les riches nous appauvrissent. Leurs manœuvres hasardeuses sur les marchés, leur appétit insatiable et l’ascendant qu’ils exercent sur nos dirigeants sont carrément nuisibles au bien-être économique de tous.

Certains ne sortent pas indemnes de cet acte d’accusation. Michael Wilson, ministre des Finances sous Brian Mulroney, devient l’une des cibles de choix des auteurs. Wilson aurait entretenu des liens pour le moins troublants avec UBS, banque suisse soupçonnée d’accueillir les actifs de ceux qui veulent mettre leurs profits à l’abri du fisc. Le richissime Bill Gates et Microsoft sont aussi dans leur mire.

Au centre de la réflexion de McQuaig et Brooks se trouve l’idée selon laquelle personne ne s’est fait tout seul. Au milliardaire qui pérore : « Je suis arrivé par moi-même, je ne dois rien à personne », les deux auteurs répliqueront par une énigme empruntée à Warren Buffett, « la loterie ovarienne », une trouvaille rhétorique qui fait réfléchir. L’idée est simple : un génie annonce à des jumeaux dans le ventre de leur mère que l’un naîtra aux États-Unis et l’autre au Bangladesh. Ce dernier ne paiera pas d’impôts. Combien chacun est-il prêt à payer pour être celui qui naîtra aux États-Unis ? D’aucuns voudront poursuivre le raisonnement et demander aux mêmes jumeaux combien ils seraient prêts à payer pour naître au Canada plutôt qu’aux États-Unis, au Brésil plutôt qu’au Danemark, et ainsi de suite. Le génie de Linda McQuaig et Neil Brooks, c’est d’inviter le lecteur à réfléchir grâce à des moyens rhétoriques accessibles et compréhensibles. À lire.

Les milliardaires : Comment les ultra-riches nuisent à l’économie,
par Linda McQuaig et Neil Brooks, traduit par Nicolas Calvé, Lux Éditeur, 304 p., 24,95 $.

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Bulle papale

lLes fulgurances du pape de la critique vous manquent ? Il nous livre sa nouvelle encyclique, dont le titre, Digressions, doit être pris au pied de la lettre : même ses digressions font des détours. Robert Lévesque louvoie de coq-à-l’âne en apartés, et s’il griffe au passage ses têtes de Turc préférées,
il n’oublie pas de saluer la mémoire des artistes et politiciens disparus. Le « Saint-Père » dit tout, souffle le chaud et le froid, châtie d’un bras et porte aux nues de l’autre. N’est-il pas infaillible ? Il faut aimer le style de Lévesque pour apprécier cet hommage presque émouvant que l’auteur rend à Céline. J’entends par là l’auteur de Voyage au bout de la nuit. En fin d’ouvrage, une tendre évocation de l’île aux Coudres attend le cœur sensible aux paysages embrumés. (Boréal, 184 p., 22,95 $)

Franciser ou québéciser ?

LAT07_LIVRES_06Enseignante en francisation depuis 2007, Tania Longpré a l’expérience du terrain. Elle offre une réflexion courageuse, réaliste et lucide sur la francisation des immigrants et la capacité de la société québécoise de les intégrer harmonieusement. L’auteure soulève les sujets que les ministères préfèrent ignorer et n’hésite pas à nous placer devant nos propres contradictions. Remise des « fantasmes trudeauistes » du multiculturalisme, Tania Longpré pose les questions difficiles. (Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus, Stanké, 200 p., 27,95 $)

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