La magie de Gil Gilberto

Icône de la musique brésilienne, Gilberto Gil aime le Québec. Pour preuve : le voilà en concert le mercredi 8 avril au Théâtre Maisonneuve, à Montréal.

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Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images

Il est de ces artistes dont on feuillette la discographie comme un livre d’histoire, dont les performances scéniques laissent flotter un air de magie, et dont les superlatifs manquent parfois pour qualifier l’œuvre pléthorique (une cinquantaine d’albums, cinq millions d’exemplaires vendus).

Gilberto Gil, c’est une aura, un musicien hors pair et un farouche militant. À 72 ans, le front dégarni et le cheveu grisonnant, l’icône de la musique brésilienne entame une tournée nord-américaine (Montréal figure sur l’itinéraire) pour présenter sur scène son album paru à l’automne, Gilbertos Samba. Il y reprend en acoustique une partie du répertoire de João Gilberto, son illustre aîné, l’un des créateurs de la bossanova : un disque solaire aux airs de retour aux sources, qui signe peut-être la fin d’un long tour de chant musical et idéologique pour cet agitateur de conscience et éveilleur d’oreilles.

Le Brésilien aime le Québec, il y a déjà voyagé, électrisé le public, donné des conférences, en inlassable chantre du métissage. Au-delà, il y a un homme qui aime bousculer les protocoles ; peu de gens peuvent se targuer d’avoir fait jouer des congas à Kofi Annan dans l’hémicycle de l’ONU !

Gil, insatiable curieux et homme de brassage, tresse les airs traditionnels brésiliens avec du rock psychédélique, du reggae, de la samba, de la bossanova, de la pop occidentale. Grâce à un mélange d’avant-garde et de musique populaire, il fonde en partie le mouvement tropicaliste à la fin des années 1960, un contre-courant culturel qui insuffle une nouvelle énergie à la musique brésilienne. Surtout, il y ajoute un militantisme acéré et une faim de justice sociale qui lui valent emprisonnement et exil forcé avec son camarade Caetano Veloso, pour une musique jugée subversive par la dictature militaire alors au pouvoir. Un exil en Grande-Bretagne qui a ses compensations, dont celle de partager la scène avec Pink Floyd et Yes.

Trente ans plus tard, l’engagement de Gilberto Gil le mène jus­qu’aux hautes sphères de l’État, un étrange clin d’œil de l’histoire : après avoir séjourné dans les geôles du pouvoir politique, le voilà ministre de la Culture sous le président Lula, de 2003 à 2008.

Drôle de trajectoire pour l’enfant de Salvador de Bahia qui s’était mis à la guitare en écoutant Chega de Saudade de… João Gilberto, qu’il reprend aujourd’hui. La boucle est bouclée.

(Le 8 avril au Théâtre Maisonneuve, à Montréal)

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Formidable soirée comme un beau jour d,été !
Musiciens extraordinaires , sans artifice et authentiques.
Spectacle généreux rempli de douceur….
Le bonheur quoi !