La môme Wainwright

On n’attendait pas Martha Wainwright sur le terrain d’Édith Piaf. Elle aborde le répertoire de la chanteuse française avec sa voix hantée, sa gouaille et ses orages.

Elle avait un physique pas possible et une voix miraculeuse façonnée pour le mélodrame: Édith Piaf a chanté l’amour sous tous ses aspects; elle a lancé la carrière de plusieurs paroliers et chanteurs qui l’ont souvent payée, au lit, de leur reconnaissance. Elle est morte, en 1963, à 47 ans; elle en paraissait 70. La maladie, la drogue avaient prélevé leur dîme. Jean Cocteau disait: «Madame Édith Piaf a du génie. Elle est inimitable. Il n’y a jamais eu d’Édith Piaf, il n’y en aura plus jamais.» Quelques heures après avoir appris le décès de son amie, le poète succombait à une crise cardiaque.

Ce long préambule pour dire que l’on n’attendait pas l’auteure-compositrice-interprète Martha Wainwright, celle qui chante des textes d’une autre encre, comme «Bloody Mother Fucking Asshole», sur le terrain de Piaf. Pour une chanson ou deux, oui, mais pour toute une collection? Si certains chipotent, moi, j’adhère. Sur son album Sans fusils, ni souliers, à Paris: Martha Wainwright’s Piaf Record, elle chante des tubes, tels «L’accordéoniste» et «La foule», et des titres moins connus («Le brun et le blond», «Les grognards») qu’elle magnifie sur scène.

Si, dans ce répertoire, Martha ne fait pas oublier l’interprète originale – même de là-haut, Piaf aurait du mal à l’accepter, qui, de son vivant, n’accueillait pas trop bien les chanteuses qui pouvaient lui faire de l’ombre -, elle y injecte sa propre personnalité, son timbre si caractéristique, ses flammes et ses soupirs.

Martha Wainwright, Théâtre Petit Champlain, à Québec, les 7 et 8 sept., 418 692-2631; Théâtre Outremont, à Montréal, le 9 sept., 514 790-1245.