La musique trad passe au tordeur

Avec son livre Trad : Petit lexique bête et méchant à l’usage des néophytes, le conteur, chanteur et membre des Charbonniers de l’enfer Michel Faubert risque de se faire quelques ennemis dans le milieu de la musique traditionnelle.

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Michel Faubert – Photo : Nadine Boulianne

Avec son livre Trad : Petit lexique bête et méchant à l’usage des néophytes, le conteur, chanteur et membre des Charbonniers de l’enfer Michel Faubert risque de se faire quelques ennemis dans le milieu de la musique traditionnelle. C’est que sa plaquette est bel et bien, comme son titre l’annonce, « bête et méchante ». Heureusement, elle est aussi extrêmement drôle.

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Quelques définitions pour vous mettre dans l’esprit : « Chanson à répondre : chanson pour enfants destinée à des adultes en boisson », « Puriste : sorte de schizophrène resté accro aux innovations des années 1970 », « Pochette de disque trad : brainstorming réalisé par le groupe en l’absence du graphiste ».

En entrevue, Michel Faubert dit qu’il ne faut pas trop donner de sens à son bouquin. Il présente le trad comme une « confiture de festivals folks vendue au Québec comme un produit du terroir » — ça en dit long. « On parle beaucoup de l’importance de moderniser le folklore, explique-t-il. Je ne peux pas être contre, mais encore faut-il avoir des bases solides. J’ai l’impression qu’on est plus vite à vouloir faire évoluer les affaires qu’à les apprendre. »

Il ajoute : « On apprend maintenant à faire notre musique comme on apprendrait une tradition de Bulgarie : en ne rencontrant plus personne, à distance. » La transmission du savoir se fait plus souvent en fouillant les archives de l’Université Laval qu’en consultant un « vieux ».

On n’aborde plus cette musique comme on pouvait le faire il y a 30 ans, mais le discours qui l’entoure — et qui traite de mémoire, d’identité, de traditions et de « vieux » — n’a pas changé, dit le chanteur. Du coup, la tradition se résume de plus en plus à faire une recette « trad ». « Si on avait pu raccorder les fils entre les époques, explique Faubert, ça aurait pu faire des créations magnifiques. Au lieu de ça, on est pris dans un “faire comme si” qui tient lieu de réalité. »

Un constat dur, venant de quelqu’un qui se dit encore amoureux du genre, mais qui veut briser « la belle unanimité » qui règne dans le milieu. Rien de mieux que l’humour pour y arriver. « La santé d’un milieu peut venir de sa capacité de rire de lui-même. Ça fait partie de l’exercice. »

Trad n’est pas réellement pour les néophytes. Pas besoin pour autant de passer toutes ses fins de semaine dans les festivals trad pour le trouver drôle.

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Trad : Petit lexique bête et méchant à l’usage des néophytes, par Michel Faubert, Planète rebelle, 56 p., 17,95 $.

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