La nouvelle séduction de Notre-Dame-de-Pontmain

Ils admirent les chutes du Niagara, découvrent Toronto et Montréal. Mais c’est l’hospitalité des habitants d’un petit village des Hautes-Laurentides qui fait craquer les Français effectuant un circuit touristique dans l’est du Canada. À tous coups !

Ils admirent les chutes du Niagara, découvrent Toronto et Montréal.  Mais c’est
Photo : Sophie Doucet

Les feuilles des arbres sont rouge vif et orangées. Une quinzaine de personnes, dont plusieurs retraités, attendent sur le perron de la mairie de Notre-Dame-de-Pontmain qu’arrive un groupe de touristes français. « Ils sont là ! » crie, vers 17 h 15, un observateur posté au bord de la rue. « O.K., tout le monde, on sort nos plus beaux sourires et on agite les drapeaux du Québec ! » lance la coordonnatrice, Suzanne Parisé, tandis que point dans le paysage le nez de l’autocar.

Ces Hauts-Laurentiens s’apprêtent à faire à 39 Français qu’ils ne connaissent ni d’Ève ni d’Adam un accueil digne de celui que l’émission La petite séduction réserve à ses vedettes. Après une cérémonie de l’amitié, au cours de laquelle on plantera un arbre et on chantera en l’honneur des visiteurs, les Québécois recevront ceux-ci dans leur maison, en groupes de deux à six personnes. Les Français auront droit à un souper aux saveurs locales, à un lit douillet et à un petit-déjeuner le lendemain. Avant de repartir, pas plus tard qu’à 8 h du matin, pour leur prochaine destination.


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Ça n’aura été qu’un petit saut. Mais un petit saut qui aura des retombées écono­mi­ques et humaines non négligeables. « Trop court, trop court ! On aurait encore tant à se dire », déplorent les Français sur le point de remonter dans leur autocar. Certains ont passé la soirée à jaser au coin du feu, d’autres ont cueilli des champignons en forêt, et quelques-uns sont allés danser au club de l’âge d’or. « On va s’écrire. On va revenir », disent-ils en étreignant leurs hôtes d’un soir, qui, eux aussi, sont émus.

Qu’ils reviennent, c’est exactement le but visé !

 

L’initiative du Village d’accueil des Hautes-Laurentides a pris forme en 2006, lorsque la région était durement touchée, avant tout le monde, par la crise économi­que qui arrivait des États-Unis. La chute du marché immobilier chez nos voisins du Sud et la concurrence du bois de l’Ouest canadien, de la Russie et de la Scandinavie ont provoqué la fermeture d’une dizaine d’usines du secteur de la foresterie… qui représente 80 % du PIB de la région. Plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées au chômage. Le moral était bas. Il fallait faire quelque chose.

Le tourisme. C’était la voie naturelle à suivre pour cette région qui jouxte celle de Mont-Tremblant et qui possède des forêts à perte de vue (des paradis pour les motoneigistes), des panoramas plus que charmants et 4 500 lacs où pêcher, canoter, admirer les canards. Le problème, c’est que les Hautes-Laurentides sont mal connues, comparativement à des régions touristiques comme le Lac-Saint-Jean, les Cantons-de-l’Est, la Gaspésie. Et qu’elles n’ont pas une infra­structure hôtelière assez importante pour accueillir des masses de touristes.

Qu’à cela ne tienne ! L’équipe du centre local de développement (CLD) Antoine-Labelle a eu l’idée de s’intégrer aux circuits classiques de découverte de l’Est canadien vendus en France par des voyagistes. Ces forfaits attirent chaque année plus de 20 000 touristes français, qui viennent faire une tournée éclair d’envi­ron 10 jours. Située au nord, entre Ottawa et Montréal, la région des Hautes-Laurentides se plaçait assez bien dans l’itinéraire. Et proposait une expérience originale et recherchée par les Français en visite : l’authenticité d’une nuit chez l’habitant (dans la plupart des forfaits, toutes les autres nuitées du séjour sont à l’hôtel).

L’idée a fait mouche ! Depuis 2008, 4 000 Français ont fait halte à Notre-Dame-de-Pontmain, Kiamika, Lac-du-Cerf ou une autre des 15 localités participant au Village d’accueil des Hautes-Laurentides. « Nous avons choisi ce circuit justement parce qu’il proposait une nuit chez l’habi­tant », dit Fanny Gautier, 29 ans, jeune Jurassienne en voyage de noces qui semble heureuse de son choix. « Jusqu’à maintenant, c’est la pièce maîtresse du voyage ! » s’enthousiasme son mari, Arnaud Gautier. Ils en sont à leur troisième journée au Canada, après Toronto, les chutes du Niagara et Ottawa.

Le Village d’accueil des Hautes-Laurentides, qui n’est pas le seul en son genre au Québec – il a des grands frères au Lac-Saint-Jean et dans les Bois-Francs, notamment -, a permis la création de trois emplois et injecté 72 000 dollars dans la collectivité l’an dernier seulement. Il a remporté le prix régional Tourisme durable lors du gala des Grands Prix du tourisme 2010 pour le peu d’effets négatifs qu’il génère sur l’environnement. « Et selon nos observations, une personne sur trois revient dans la région après l’avoir visitée à l’occasion d’un circuit », affirme la directrice de l’organisme, France Tremblay. Cette fois, les touristes vont à l’auberge, au restau­rant… Bref, ils font tourner l’économie.

Mais le plus important n’est pas là. « Les gens retrouvent la fierté de leur région quand ils voient combien les Français la trouvent belle », dit France Tremblay. Les 102 familles qui les accueillent ont aussi l’impression de voyager… dans leur salon. Et elles croulent sous les invitations pour aller en France ! « Nous comp­tons nous y rendre bientôt », dit le chi­miste retraité Denis Harrison, qui, avec sa femme, Monique, a accueilli 77 Français depuis deux ans ! Les familles se voient allouer 38 dollars par invité, ce qui couvre à peu près leurs frais pour les recevoir.

Dans l’avenir, France Tremblay aimerait offrir des séjours plus longs, comprenant des activités de plein air. Pour sa part, le directeur général du CLD de la MRC d’Antoine-Labelle, Stéphane Lapointe, imagine accueillir, dans quelques années, des vols nolisés de France à l’aéroport international de Mont-Tremblant. « L’hiver, nous irions chercher les gens en motoneige sur le tarmac pour les mener à leurs hôtes. »

Oh là là ! Ce n’est plus de la petite séduc­tion. C’est de la séduction extrême !

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