La politique américaine, digne des meilleurs blockbusters

À quelques jours des élections américaines, petit tour d’événements marquants qui ont donné lieu à des chefs-d’œuvre cinématographiques.

Crédit : L'actualité

Nous ne pourrons pas voter aux élections américaines du 3 novembre prochain. Pourtant, nous subirons, et le reste de la planète aussi, des effets collatéraux de la décision qui sera prise par des centaines de millions de nos voisins du sud. S’il y a un moyen de se consoler ou d’en rire, c’est de revisiter quelques œuvres fictives qui se sont intéressées, de près ou de très loin, au complexe processus électoral des États-Unis. Mais même le plus imaginatif des scénaristes hollywoodiens n’aurait jamais pu prédire les derniers mois bien réels de cette campagne, la plus surréaliste de l’histoire de la politique américaine.

Plutôt que de s’attarder à une dizaine de films minutieusement sélectionnés à travers les époques, il est plus juste de procéder à l’inverse et de revisiter certains événements marquants qui ont fortement influencé le point de vue des cinéastes. Car le chemin vers la Maison-Blanche a beau être pavé de bonnes intentions, l’histoire nous a prouvé à quel point les coulisses de la politique ne le sont pas et surtout que la route vers le Bureau ovale est très longue. Magouilles, scandales, manipulations : tous les prétextes semblent bons pour faire dérailler le plus pur des candidats.

Naissance du candidat cinématographique

Si D. W. Griffith a posé certaines des fondations du film politique avec son impressionnant The Birth of a Nation en 1915, c’est beaucoup plus tard que le réalisateur Frank Capra le contextualise dans son époque, en s’intéressant à la fabrication d’un aspirant au pouvoir. Entre autres, avec coup sur coup Mr. Smith Goes to Washington en 1939 et Meet John Doe deux ans plus tard, duo de longs métrages montrant dans le premier que tout Américain peut créer un élan de sympathie, et dans l’autre qu’un mouvement peut être issu d’une idée partagée par d’autres. Mais c’est avec State of the Union en 1948 que le cinéaste d’origine sicilienne nous offre un candidat de stature présidentielle. Campé par un dynamique Spencer Tracy, cet industriel teste rapidement le carcan dans lequel il est pris pour espérer devenir le délégué républicain. Dès lors, le cinéma américain a un faible pour tous ces outsiders aux intentions nobles et aux convictions profondes. Toutefois, il est question de façonner un prétendant au sommet du pouvoir, et pour y arriver, le cinéma américain expose aux masses les nombreuses ficelles qui sont tirées de plus haut.

Les effets de la guerre du Vietnam et de Watergate

Si l’oscarisé All the King’s Men, de Robert Rossen, montre déjà le danger de la corruption en 1950, l’enchantement d’après-guerre se désintègre complètement durant la période trouble des années 1960. Avec les assassinats des frères Kennedy et de Martin Luther King, la crise des missiles de Cuba et aussi la traumatisante guerre du Vietnam, toutes les illusions semblent alors perdues. The Manchurian Candidate (1962), de John Frankenheimer, est sûrement le film emblématique de cette période, où les thrillers politiques pullulent. Cette histoire d’un vétéran de la guerre de Corée devenu un assassin contrôlé par la Russie et la Chine combine tous les éléments d’une Amérique guidée par ses peurs et ses paranoïas.

Deux œuvres mettant en vedette le populaire Robert Redford marquent la décennie 1970. En premier, le film qui a le mieux anticipé ce qui allait suivre dans notre monde surmédiatisé, le lucide The Candidate (1972), de Michael Ritchie. Dans la peau du jeune aspirant sénateur Bill McKay, Redford réalise bien assez vite que ses beaux discours ne suffiront pas pour le faire élire. L’importance de l’argent et d’une forte campagne publicitaire annonce la surenchère à venir.

Autre long métrage phare de cette époque, l’incontournable All the President’s Men, d’Alan J. Pakula. Post-électoral certes, mais d’une importance capitale concernant le rôle des médias, et surtout de la presse écrite, comme rempart à la démocratie. L’enquête des journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein, interprétés par Robert Redford et Dustin Hoffman, dans ce qui allait devenir le Watergate, est représentative d’une période où certains faits étaient irréfutables, même le président Nixon ne pouvait pas les nier, à des années encore des fake news d’aujourd’hui.

La droite selon Reagan, la gauche selon Clinton

Avec l’arrivée au pouvoir en 1981 du républicain Ronald Reagan — ancien acteur hollywoodien, faut-il le rappeler —, le lien entre politique et divertissement n’aura jamais été si ténu. Durant sa première campagne électorale, il utilise sans gêne quelques bouts de dialogues pour marquer l’imaginaire collectif, et il propose un retour aux valeurs plus traditionnelles, véhiculées par ce qu’il représentait comme vedette de cinéma. Et c’est bien lui, et non Trump, qui popularise en premier le désormais usé « Make America great again ». Sous sa gouverne durant les années 1980, il y a peu de films sur la politique, mais de la politique dans beaucoup de films. De Rambo à Top Gun, en passant par Wall Street, les écrans de cinéma propagent l’image d’une Amérique forte, protectrice, à l’honneur renouvelé. La guerre froide et le projet de « guerre des étoiles » de Reagan ont aussi beaucoup influencé les scénaristes de cette décennie.

Lorsque George H. W. Bush reprend le flambeau, la guerre est au centre des nombreuses productions hollywoodiennes. Il faudra attendre les deux mandats de Bill Clinton pour un retour en force du film politique et un point de vue plus mordant sur le processus électoral. Il y a Bob Roberts (1992), de Tim Robbins, et Bulworth (1998), de Warren Beatty, mais c’est davantage Wag the Dog (1997), de Barry Levinson, et Primary Colors (1998), de Mike Nichols, qu’il faut retenir comme modèles du cynisme des années 1990. La comédie noire de Levinson, où l’attention médiatique d’un scandale sexuel impliquant le président est détournée par la création d’une fausse guerre, colle temporellement avec le scandale Clinton-Lewinsky. Et la comédie dramatique de Nichols, fortement inspirée de la campagne présidentielle de Bill Clinton en 1992, fait aussi écho à des écarts sexuels du candidat. Dès lors, une barre est franchie : tout président en fonction peut devenir la cible d’Hollywood.

Du 11 Septembre à Donald Trump

Le début d’un nouveau siècle aurait pu permettre de rêver à des jours meilleurs, mais, dès les élections du 7 novembre 2000, le ton est donné : George W. Bush est élu devant Al Gore, par une mince avance de 537 votes en Floride, dans un retentissant fiasco constitutionnel. Le modèle démocratique américain est mis à rude épreuve. L’année suivante, un beau matin de septembre, c’est toute la planète qui tremble lorsque les tours jumelles du World Trade Center s’effondrent.

Avec la crainte du terrorisme et en cette nouvelle ère numérique, les frontières réelles se sont transformées. Il en est de même dans les œuvres cinématographiques, où tout semble permis. Il y a abondamment de films biographiques, dont l’excellent Milk, de Gus Van Sant, en 2008 sur Harvey Milk, militant des droits civiques pour les homosexuels, et d’autres plus vite oubliés, comme le W. du toujours engagé Oliver Stone, sorti la même année, sur l’improbable président George W. Bush.

Après les faux espoirs de l’élection d’Obama et l’assermentation de Donald Trump, que reste-t-il de ce long processus pour élire un homme, mais pas encore une femme, à la tête du plus puissant pays du monde ? The Purge: Election Year (2016), de James DeMonaco, en est peut-être la triste réponse. Ce film d’horreur, tiré d’une série où une journée par année plus aucune loi ne tient et tous les crimes sont permis, nous éclaire sur la dérive de ce bouclier de notre démocratie qu’étaient les États-Unis. Pas surprenant qu’aux yeux de millions d’Américains divisés seuls les superhéros peuvent désormais les sauver de leur propre déclin.

Laisser un commentaire