La preuve qu’ils mentent

À quoi servent les mémoires et autobiographies des politiciens et ex-politiciens ? À alimenter la désillusion des électeurs, sans doute.

C’est ce que je me disais en refermant Contre vents et marées (Fides), les mémoires de l’ancien premier ministre libéral Paul Martin. S’ils pouvaient nous dire la vérité plus souvent, les dirigeants et ex-dirigeants n’auraient sûrement pas besoin de 550 pages pour rétablir les faits et réécrire l’histoire. Dans le chapitre le plus croustillant de cette brique, Paul Martin confirme ce qu’il n’avait jamais voulu dire publiquement mais que tous savaient : il en veut énormément à son prédécesseur, Jean Chrétien, de lui avoir laissé le scandale des commandites en héritage. Tout ça pour ça…

Les mémoires de Paul Martin ont fait un peu de bruit lors de leur parution, fin octobre. Mais quelques jours après la campagne promotionnelle, l’ouvrage avait déjà sombré dans l’oubli. Il semble que ce soit le sort de quantité de livres politiques.

Ainsi, les ventes de l’autobiographie de Julie Couillard (Mon histoire) qui traite indirectement de politique ne « lèvent » pas, apprend-on. Ce livre, qui s’annonçait comme le best-seller de la saison, ne figure déjà plus dans les principaux palmarès. Un pétard mouillé, quoi !

Il n’y a rien d’étonnant à cela. La plupart des ouvrages semblables subissent le même sort. On s’imagine que l’omniprésence dans les médias d’un auteur ou du sujet d’une biographie aide à la vente des livres. C’est faux. C’est même souvent le contraire qui se produit. D’entrevue en entrevue, tout le contenu du livre se révèle. Peu de gens sentent alors le besoin d’acheter l’ouvrage. Et si, par surcroît, le contenu est mince, c’est foutu. Les vrais lecteurs aiment le silence, pas le bruit. Ils font un choix, soir après soir, en préférant un livre à la zappette.

Le « Nobel québécois »

L’écrivain Jacques Poulin a remporté récemment le prix Gilles-Corbeil. Décerné tous les trois ans par la Fondation Émile-Nelligan, ce prix s’accompagne d’une bourse de 100 000 dollars. Il s’agit du « Nobel québécois », ainsi que l’a joliment souligné le journaliste et écrivain Robert Lévesque, président du jury. Fidèle à lui-même, le discret Jacques Poulin n’est pas venu à Montréal pour recevoir son prix. Dans une entrevue sur vidéo enregistrée à Québec, l’auteur de Volkswagen blues et du Vieux chagrin s’est dit d’avis que « le livre doit être à l’avant-scène et l’auteur derrière… le plus loin possible ».

Tant par son oeuvre patiente et soignée que par ses paroles, Jacques Poulin nous rappelle à sa façon que cette relation si intime entre un écrivain et un lecteur se construit avec le temps, dans le silence. Les campagnes de promotion n’y peuvent rien.

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