La revanche des berceaux

Ce n’est pas un grand défi d’écrire sur Paris, New York ou Montréal. Mais sur Arvida ? Il faut être doté d’un regard extrêmement sin­gulier pour réussir à mythifier cette petite ville industrielle où les alumineries tiennent lieu de monuments historiques…

Chronique de Martine Desjardins : La revanche des berceaux
Ryad Assani-Razaki (Photo : M. Rivard)

Ce n’est pas un grand défi d’écrire sur Paris, New York ou Montréal. Mais sur Arvida ? Il faut être doté d’un regard extrêmement sin­gulier pour réussir à mythifier cette petite ville industrielle où les alumineries tiennent lieu de monuments historiques…

C’est pourtant là que Samuel Archibald a choisi de faire son entrée en littérature. Une entrée fra­cassante. Son livre, qui ne pou­vait s’intituler autre chose qu’Arvida (en lire un extrait >>), est un florilège d’anecdotes familiales, de faits divers, de légendes locales, de références historiques et de contes d’épouvante qui impriment sur la ville la riche patine des anciennes capi­tales. Au fil des pages, le cadre en vient à occuper presque tout le tableau. Plus jamais on ne verra Arvida de la même manière.


Samuel Archibald est le dernier-­né d’une nouvelle génération d’au­­­­teurs qui ont déserté Mont­réal et Québec pour s’intéresser au reste du territoire. Matane, Grand-Mère, Magog, Brome-Missisquoi, la vallée de la Mata­pé­dia, la Gas­pésie : autant de régions qui ont été investies par Éric Dupont, Fran­çois Blais, Michèle Plomer, Wil­­­­­­liam S. Mes­sier, Sébas­tien Cha­­­­bot, Marie-Christine Ber­nard… Ils le font par devoir de mémoire, mais surtout pour fixer ces lieux dans notre paysage littéraire, sans verser dans le folklore.

Arvida, pourtant, ne néglige aucun détail épique de son histoire. Ni sa fondation par le magnat de l’aluminium Arthur Vining Davis, qui la baptisa de son acronyme, ni sa construction en seulement 135 jours. Ni sa victoire au hockey contre les anciens joueurs du Canadien, ni son rêve d’être intronisée au patrimoine de l’Unesco : « Je pense qu’ils en parlaient en la construisant », iro­nise l’auteur. De cette matière brute, il tire un texte qui a, telle une feuille d’aluminium, le côté étincelant du mythe et celui plus mat de la réalité. Ses phrases sont des orages qui laissent le lecteur « ébloui par les éclairs et aveuglé par leur absence ». Sa description de la lumière qui entre dans une pièce « avec lenteur, comme une goutte de sang tombée dans l’eau », a la force de l’envoûtement.

Si Samuel Archibald ne peut s’empêcher de trouver « quelque chose de proustien » à ses souvenirs d’Arvida, il ne se fait pas d’illusions : « Les MacCroquettes ne sont pas des madeleines. » Pas encore. Mais s’il continue à écrire, ce jour viendra.

 


DOUBLE SENS

En 1836, François Meunier tente d’assassiner le roi Louis-Philippe. Il rate son coup et sera déporté en Louisiane. À partir de ce fait historique, Nicolas Gilbert a brodé un roman en deux temps, La fille de l’imprimeur est triste (en lire un extrait >>). La vie du régicide raté, devenu photographe, trouve un écho de nos jours, chez un traducteur qui non seulement est son sosie, mais porte aussi son nom. Leurs destins parallèles finiront par se croiser dans un village des Hautes-Laurentides, sur le papier d’une lettre inachevée. (Leméac, 240 p., 23,95 $)


PRIX ROBERT-CLICHE

Cette année, la palme du premier roman revient à Ryad Assani-Razaki (voir photo ci-haut), informaticien torontois de 30 ans né à Cotonou, au Bénin. L’histoire de La main d’Iman (en lire un extrait >>) est celle d’un enfant des rues qui ne pense qu’à fuir l’Afrique pour l’Europe, mais aussi celle d’Alissa, vendue comme esclave domestique, et de Toumani l’infirme, qui les trahira. Dans ce concours de cruauté, la vie quotidienne dépasse tout ce que les humains peuvent s’infliger. Et quiconque tente de s’échapper risque d’y laisser sa peau. (VLB, 321 p., 24,95 $) 

 

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DES POISSONS SANS BICYCLETTE

Les femmes peuvent-elles vraiment se passer des hommes ? Siri Hustvedt s’amuse à revisiter le vieux rêve féministe dans une comédie de mœurs aussi fraîche (mais plus mordante) qu’un film de Woody Allen, Un été sans les hommes. Dévastée par l’infidélité de son mari, à qui elle a tout sacrifié, Mia trouve refuge auprès des amies octogénaires de sa mère et d’un groupe d’adolescentes qu’elle initie à la poésie. Et découvre que c’est en comptant sur les autres qu’on devient indépendante. (Actes Sud/Leméac, 224 p., 27,95 $)

 


Il ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST CANADIEN

La révolte des Métis telle que vécue par Georges Villeneuve, avant qu’il devienne le premier médecin légiste du Canada : voilà le programme du Sang des prairies, second tome de la série « Les cahiers noirs de l’aliéniste ». Délaissant l’intrigue policière pour se plonger dans le roman d’aventures, l’auteur Jacques Côté révise un peu l’histoire, mais quand c’est si bien documenté, qui pourrait le lui reprocher ? (Alire, 322 p., 24,95 $) 

 

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