La sève de M. Séguin

Marc Séguin a 40 ans, quatre enfants roux, une cote qui grimpe. Il est peintre et… daltonien. « Ce qui fait que je suis pissou avec les couleurs. » Mais côté thèmes, bonjour l’audace : il a posé des têtes de terroristes barbus sur des robes légères ; dessiné des meurtriers célèbres ; peint le pape Jean XXIII avec du charbon et des pattes de corneille.

La sève de M. Séguin
Photo : Guillaume Simoneau

Publié en mars 2010, son premier roman, La foi du braconnier, a remporté le Prix littéraire des collégiens et frappé le producteur Roger Frappier, qui souhaite en faire un long métrage. Séguin tient déjà la vedette d’un documentaire, Bull’s Eye, un peintre à l’affût, de Bruno Boulianne. Et son agenda pour les prochains mois donne le tournis : expos à Hongkong, Miami, Bâle, Chicago, New York, où il est représenté par la galerie Mike Weiss. Sans compter un livre de recettes qu’il concocte avec Martin Picard, proprio du restaurant Au Pied de Cochon, qui tournera autour du sexe et du sirop d’érable !

Ce mois-ci, chez Simon Blais, Séguin expose des ruines d’églises peintes à l’huile et aux cendres humaines.

Peintre, graveur, romancier, chasseur, acériculteur, y a- t-il quelque chose que vous ne savez pas faire ?

– Je ne suis pas champion en relations humaines. Je travaille par culpabilité, comme pour expliquer aux gens que pendant que je les néglige, je ne me soûle pas à la taverne, mais j’essaie d’être utile à la société.

Être utile à la société, c’est votre but ?

– Être du moins le grain de sable qui enraye l’engrenage. L’art sert à se faire l’écho du monde. Et je suis un homme qui a des choses à dire. Jus­qu’à récemment la peinture me suffisait, puis la littéra­ture est venue naturellement, organiquement.

Vous êtes tout de même plus peintre que romancier?

– Je me fais encore souvent demander : « Tu peins, c’est bien, mais qu’est-ce que tu fais comme travail ? » Je ne pourrais pas peindre ni écrire à plein temps. Je vais vers la peinture quand j’ai quelque chose à y faire, j’ouvre l’ordi quand j’ai quelque chose à écrire, je m’occupe de l’érablière quand la sève coule.

Vous semblez serein, pourtant vos œuvres ne dégagent rien de joyeux.

– Je ne crois pas avoir plus d’angoisse que n’importe quel homme lucide, qui n’est pas assommé par la télé ou l’alcool. Je peins des images qui témoignent d’aujourd’hui, qui veulent accrocher le public de maintenant.

Marc, le héros de votre roman, dit : « J’apprivoise la mort par la chasse. » Et par la peinture, vous apprivoisez
l’immortalité ?

– C’est peut-être une grosse déclaration narcissique de ma part, mais j’ai du mal à m’imaginer ne pas laisser de traces. Je suis remué quand, dans un musée, je regarde un tableau peint il y a 400 ans et qu’il me parle encore.

Est-ce obligatoire d’avoir un studio à New York ?

– Bien sûr que non. Ce qui m’était indispensable, c’était de pouvoir changer d’air, d’être provoqué. Au Québec, ma carrière va bien, je gagne bien ma vie ; c’est facile de manquer de défis si on ne reste pas vigilant.

Le Québec demeure-t-il impor­tant pour vous, même si on vous acclame de plus en plus sur la scène internationale ?

– C’est ici qu’il faut que je réussisse.

Vous n’avez pas encore réussi ?

– J’emprunterai une phrase à mon personnage : « Je ne suis pas heureux de façon générale, mais heureux de tout ce qui m’arrive. »

 

* * *

Ruines, Galerie Simon Blais, à Montréal, du 18 sept. au 2 oct., 514 849-1165;

Bull’s Eye, un peintre à l’affût, de Bruno Boulianne, au Cinéma Parallèle, à Montréal, le 17 sept., et au Clap, à Sainte-Foy, le 24 sept.

marcseguin.com

 

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