La splendide réussite de Marie-Nicole Lemieux

Un disque qui présente un répertoire français qui mélange le familier et le rare et permet à Lemieux de livrer à ce jour son enregistrement le plus achevé.

MARIE-NICOLE LEMIEUX / NE ME REFUSE PAS. Berlioz, Bizet, Massenet, etc. / Orchestre national de France, Le jeune chœur de Paris, dir. Fabien Gabel. / CD NAÏVE V5201.

Le titre du nouvel album de Marie-Nicole Lemieux pourrait être un message adressé à tous les directeurs de maisons d’opéra d’ici qui tardent à lui proposer un rôle qui finirait de l’ancrer dans l’affection populaire. Michel Beaulac, Grégoire Legendre, ne refusez pas à cette artiste la Cenerentola ou la Carmen, qui n’attendent que votre invitation !

Ce disque la présente dans un répertoire français qui mélange le familier et le rare et permet à Lemieux de livrer à ce jour son enregistrement le plus achevé. Elle ne se contente pas de nous déverser dans l’oreille les plis de ce velours opulent qui lui sort de la gorge. Lemieux caractérise les différents climats et dessine les visages de chacune de ses héroïnes.

Ce sont évidemment dans les airs les plus connus — Dalila, Carmen, Didon, Mignon — que la comparaison est inévitable et que Marie-Nicole Lemieux se positionne sans vergogne à l’égal de ses plus illustres prédécesseures. En fin de disque, un clin d’œil nous rappelle que la Lemieux excelle aussi dans l’humour.

Seules nuances : l’intensité dramatique se traduit parfois par un vibrato trop voulu (Massenet, Saint-Saëns), et Gabel nous inciterait à rappeler à certains chefs que lenteur et profondeur, malgré la rime, ne sont pas synonymes. Peccadilles devant cette réussite magistrale, qui offre en couverture la beauté sauvage de Marie-Nicole Lemieux. Elle aurait, en d’autres temps, inspiré Rubens et Rembrandt.