La symphonie du Mile End

Le Mile End, à Montréal, est renommé pour attirer les musiciens de tous genres et de toutes provenances. Mais qu’est-ce qui rend ce quartier si attrayant à leurs yeux ?

Les Barr Brothers et Bassekou Kouyaté. (Photo: Howard Bilerman 2014)
Les Barr Brothers et Bassekou Kouyaté. (Photo: Howard Bilerman 2014)

De tous les quartiers du Canada, A mari usque ad mare, c’est dans le Mile End mont­réalais que l’on trouve la plus grande concentration de musiciens, selon une analyse faite par la SOCAN, l’organisation qui gère entre autres les droits d’auteur de ses artistes membres.

Le secteur situé au centre de la métropole québécoise, délimité par l’avenue du Mont-Royal au sud et l’avenue Van Horne au nord, la rue Jeanne-Mance à l’ouest et la rue Saint-Denis à l’est, est donc l’épicentre musical du pays, si on ne compte que la quantité de créateurs, il va sans dire. Montréal en général fait belle figure dans ce palmarès, étant donné que 6 quartiers sur les 10 les plus denses en musiciens se trouvent dans la ville du maire Coderre. Les quatre autres secteurs mettent en évidence la riche scène torontoise.

Qu’est-ce qui explique que le Mile End soit si populaire auprès des pianistes, guitaristes, chanteurs, compositeurs et autres fabricants de sons ? Allons-y de quelques hypothèses.


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Le quartier est aussi branché que bilingue, et peut donc être une terre d’accueil très accessible non seulement pour les Montréalais francos ou anglos, mais également pour des musiciens venus d’un peu partout au pays, voire de l’étranger. De plus, il compte son lot de salles de spectacle et d’installations de qualité pour enregistrer, comme le mythique studio Hotel 2 Tango, qui a vu passer des artistes tels que Wolf Parade, Godspeed You! Black Emperor, Arcade Fire, Lhasa de Sela et les Barr Brothers.

Le Mile End est aussi un endroit où la mixité sociale est riche, où se côtoient de nombreuses communautés culturelles et plusieurs religions. Et si à l’échelle mont­réalaise le Mile End n’a pas les loyers les plus abordables, s’y loger reste beaucoup moins onéreux qu’à Toronto ou à Vancouver. Et puis, il y a certainement un effet d’entraînement. «La création musicale, même lorsqu’elle est le fruit d’une seule personne, prend toujours forme en groupe, et il n’est donc pas surprenant que le Mile End accueille certains des créateurs musicaux les plus accomplis du Canada», dit Maxime Morin, alias DJ Champion, lui-même résidant du quartier. Pourrait-on appeler ça l’effet Mile End ?

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Régine Robin, écrivaine historienne et sociologue, a été boudée par l’intelligentsia québécoise pour avoir écrit entre autres: « Nous autres, les autres : difficile pluralisme », où elle pourfendait avec beaucoup d’acuité le côté ombrageux et fermé du nationalisme québécois. Pire, elle rendait en même temps un vibrant hommage à Montréal, en célébrant son « esprit marqué par l’hybridation, le trans-culturel, le multilinguisme, l’ouverture quant à l’avenir, alimenté par les voix multiples d’une mosaïque d’ethnies se succédant autour du dépanneur local, en attente ou porteuses d’un monde meilleur ». C’était une faute impardonnable. On la boude encore.
Nos intellectuels de souche qui crient sans cesse au loup, se réjouissent sans doute aujourd’hui du rayonnement de la culture montréalaise, grâce entre autres au dynamisme du Mile End.