La vie en prose

Sur scène, avec son allure décomplexée et sa scansion toute personnelle, il enfièvre ses poèmes. Il lui arrive même de les chanter, quand ce n’est pas de les danser. Jean-Paul Daoust manie la provocation avec santé. Depuis plus de 30 ans, il écrit et fait entendre des textes où tragédie et humour, français et anglais s’emmêlent. Ses thématiques : l’enfance, le dandysme, la quête amoureuse homosexuelle. « “Vivre au-delà de la limite”, voilà ma devise. » Dense Daoust.

Vous êtes en résidence d’écriture à Moncton. Invité de l’université ?
— Non, trop plate, l’université, peu importe laquelle. Je reste chez un charmant jeune poète acadien, Éric Cormier [auteur de quatre recueils, dont À vif tel un circoncis].

Sous forme de haïku, dites-nous tout de vous.
— Je suis un miroir / Qui déforme les images / Pour mieux les voir.

Commentez cette phrase de vous-même : « Je suis un graffiti sur le mur de la masculinité. »
— J’écris des mots qui (d)étonnent sur le béton des codes.

Quelle fut votre première émotion artistique ?
— Le coucher de soleil sur la baie Saint-François, à Valleyfield [où il est né en 1946]; d’où mon côté très dandy crépusculaire.

Dans Du dandysme, vous écrivez : « Le dandy. Est. Tragique. Comique. Hystérique. Alcoolique. Névrotique. Cosmique. Rockmantique. Il est l’Amérique. » Est-ce une bonne définition de vous ?
— Absolument. Et si Baudelaire disait que « le dandy se doit d’étonner et non de l’être », j’ajouterais qu’étonner, c’est bien, mais éblouir, c’est mieux.

Je vous cite : « La poésie est le journal intime de la planète. » Quel est le rôle du poète en ce monde ?
— Comme le poète n’a rien à perdre — il a déjà tout perdu —, alors il ose. Évidemment, je ne parle pas des poètes carriéristes… Oui, oui, il y en a.

Pourquoi écrivez-vous de la poésie ?
— Parce que je m’ennuie partout délicieusement.

Que serait le poème parfait ?
— Du silence musical peint en mots.

Pour quels poètes avez-vous de l’affection ?
— Beaucoup, mais beaucoup de poètes : Nelligan, Anne Hébert, Miron, Langevin, Claude Esteban [France]… Je ne nommerai pas de vivants, je joue safe !

Que répondez-vous aux puristes qui dénoncent les performances de poésie, sous prétexte que la théâtralisation dénature le genre même ?
— Qu’ils aillent chier ! Ou, si vous préférez : qu’ils aillent se faire foutre !

Vous êtes un sacré acteur de vos textes. La lecture à voix haute peut-elle révéler, voire relever, un poème ?
— Évidemment. Sinon, je ne le ferais pas. Ce que je ne donnerais pas pour entendre Baudelaire, Rimbaud, Nelligan lire leurs poèmes. J’en ai des frissons.

En poésie comme en toute chose, comment se rapprocher de l’essentiel ?
— En étant ce qu’on est. Ça semble facile, essayons donc pour voir !

Que ferez-vous inscrire sur votre pierre tombale ?
— Le vers suivant : « Je souffre, mais c’est de toute beauté ! »

Un poème pour la route ?
— « Le cœur. Ce cliché. De feuille morte. Dans un refrain refroidi. Nos cœurs. Titanics. »

***

Écoutez un extrait du recueil-CD Élégie Nocturne, publié aux éditions Planète rebelle (avec l’aimable autorisation de l’artiste).


My name is Jean-Paul, collage de textes de Daoust, avec Marcel Pomerlo et Marie-Josée Gauthier, entre autres; mise en scène d’André Perrier. Salle Jean-Claude Germain (Théâtre d’Aujourd’hui), à Montréal, du 16 avr. au 9 mai, 514 282-3900.
Carte blanche à Jean-Paul Daoust, Studio-théâtre (Place des Arts), à Montréal, le 4 mai, 514 842-2112.
Dernier ouvrage paru : Élégie nocturne, recueil-CD, Planète rebelle, 2008.

Écoutez un extrait du recueil-CD Élégie Nocturne, publié aux éditions Planète rebelle (avec l’aimable autorisation de l’artiste).

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