L’ADISQ en 17 points, un peu de mauvaise foi et quelques «pa, pa, pa»

Un prix pour le meilleur vendeur est remis dans le gala hors d’ondes. Je n’ai rien contre, mais le fait qu’il y ait des nominations, c’est un peu ridicule. «Et dans la catégorie Chiffre le plus élevé, les nominations sont : 4, 12, 38 et 53».

Serge Fiori (Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne)
Serge Fiori (Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne)

CultureCertains d’entre vous ont pris l’habitude de me lire dans le blogue Politique. Que viens-je faire dans le blogue Culture, à vous parler de l’ADISQ ? C’est simple :

– De un, j’étais chroniqueur musique jusqu’à tout récemment.

– De deux, avez-vous regardé les nouvelles depuis une semaine ? Des gags de djihadistes, il n’y en a pas des tonnes.

Le gala de l’ADISQ, donc, en 17 points et tout autant de mauvaise foi. (Comme l’an dernier, quoi.)

1– Un prix pour le meilleur vendeur est remis dans le gala hors d’ondes. Je n’ai rien contre, mais le fait qu’il y ait des nominations, c’est un peu ridicule.

«Et dans la catégorie Chiffre le plus élevé, les nominations sont : 4, 12, 38 et 53».

«Quel suspense !», dira la présentatrice, en ouvrant l’enveloppe.

2– Le gala a tenu à souligner le 40e anniversaire des débuts de Plume Latraverse, d’Harmonium et de Beau dommage. Voilà donc 40 ans que tous les cégépiens écoutent les mêmes chansons.

À mon avis, que tu aies réussi ou pas l’épreuve uniforme de français devrait moins compter dans l’obtention d’un diplôme d’études collégiales que d’avoir tripé sur Si on avait besoin d’une cinquième saison.

Un cégep sans s’extasier sur Harmonium ou sur les sacres de Plume, ce n’est pas un cégep.

Parlant de ça…

3– En remettant un Félix à Serge Fiori, l’ADISQ récompensait pour la première fois un artiste ayant fait rimer Twitter avec le mot toaster. Bienvenue en 2014.

fiori

Cette année, les critiques de plus de 45 ans se sont extasiés devant l’album-retour du chantre de la «toune» de 15 minutes avec des houuuuu-houuuuu dans le dernier tiers. Ils ont tous adoré. Au point où je me demande s’ils ont écouté le même disque que moi, ou s’ils l’ont plutôt fumé, en mémoire de leurs belles années de cégep.

Claude Rajotte, transporté par ses souvenirs du temps où il faisait passer Harmonium à la radio étudiante, lui a même donné une note parfaite, soulignant la qualité des textes. Ce n’est pas un mauvais album, mais… 10/10 ?

Je répète : Twitter, toaster.

La suite du couplet ? «Faque là, mes muffins anglais reçoivent des courriels». Hipelaye.

4– Le saviez-vous ? L’album de Noël de Jean-François Breau et Marie-Eve Janvier s’intitule «Noël à deux» parce que personne ne se pointe à leurs partys des fêtes.

Le Noël le plus triste au monde.
Le Noël le plus triste au monde.

5– J’aime beaucoup Vincent Vallières. C’est un musicien qui travaille fort et qui s’inscrit dans la belle tradition de la chanson comme un métier d’artisan.

J’aurais aimé qu’il gagne un prix durant la soirée. Ça aurait rendu un peu moins cruel le fait que je ressorte, sans aucune raison, son premier succès, de 1999 : une chanson oubliée de tous intitulée «Faut que tu fesses fort dans vie».

Comparez ça à «L’amour c’est pas pour les peureux», qui était en nomination pour Chanson de l’année, et venez me dire que la chanson québécoise se détériore.

6– J’aime beaucoup Vincent Vallières, je l’ai dit, et j’aime aussi beaucoup Misteur Valaire. Les voir devenir «Misteur Vallières» le temps d’un pot-pourri, c’était intéressant, à défaut d’être complètement réussi.

Quelques suggestions de couplages qui pourraient occasionner de bons jeux de mots à l’occasion des prochains galas :

– Les B.Béatrice Martin
– Michèle Richard Séguin
– Les Cowboys Fringants-Pierre Ferland
– Les Sœurs Gerry Boulet

7– Je m’inquiète sincèrement pour la retraite de celui qui «ne s’attendait pas à ça» et n’a pas préparé de remerciements, alors qu’il est en nomination dans 48 des 23 catégories d’un gala. On s’entend que s’il ne s’attend pas à gagner dans ces conditions, il n’est pas du genre assez prévoyant pour mettre de l’argent dans un REER.

8– Une robe de Xavier LaRuelle, y a pas à dire, ça vous donne un coup de jeune. Béatrice Picard était méconnaissable.

beatrice-picard

9– Pas de statuette pour la ritournelle des pubs de Metro ? Quelle injustice ! «C’est trouver pour Mylène / Une pizza sans gluten», ça vaut bien la rime Twitter-toaster. (Oui, oui, je vais en revenir.)

10– Si je comprends bien, la différence entre «Album adulte contemporain» et «Album pop» est la même que celle qui sépare la marmotte et le siffleux.

Pour les curieux, voici les définitions officielles, tirées du cahier de règlements des Félix :

Adulte contemporain : genre musical orienté vers un large public couvrant le registre easy listening à «pop adulte».

Pop : genre musical rythmé et appuyé sur des mélodies accrocheuses avec une dominance de la voix, qui contient en général de la guitare et qui est orienté pour rejoindre un large public.

11– Non, Isabelle Boulay ne fait pas partie des Sœurs Boulay. On l’a jetée hors du groupe après qu’elle eut oublié de remercier ses sœurs lors d’un précédent gala, malgré un discours de remerciement de presque 12 minutes.

12– On raconte que le journaliste Sylvain Cormier, du Devoir, s’est évanoui d’émotion en apprenant que les Sœurs Boulay gagnaient le Félix du Groupe de l’année.

13– On a beau ne pas donner beaucoup d’importance aux prix, on a beau miner la valeur des trophées et rappeler que les ventes d’album valent pour 40 % de la note dans certaines catégories, on lance quand même un «yé !» dans notre salon quand un de nos favoris remporte un Félix.

Philippe B, auteur et compositeur de l’année ? Oui. Oh oui. «Yé !»

La catégorie s’appelle «Auteur ou compositeur de l’année», mais avec monsieur B, le «ou» doit être remplacé par un «et». Il est les deux à la fois, avec autant de talent.

Écoutez-le faire entrer plus de sens, de poésie, de beauté et de génie dans cette pièce d’une toute petite minute que dans toute la carrière de Michel Louvain, aussi sympathique et increvable soit-il.

14– Magnifique cuvée pour la catégorie Chanson de l’année.

Pas de blague ou de sarcasme ici. J’aime la chanson, j’aime qu’on chante mon monde, ma culture, et qu’on le fasse en français. C’est rare que je ne sache pas pour qui voter dans cette catégorie.

15– Le gagnant de la catégorie Interprète masculin de l’année, déterminée à 50 % par le vote du public, porte le nom d’un prince russe du XIIIe siècle. C’est quand même quelque chose.

Si je me lance en chanson, ce sera sous le nom de Mstislav de Tchernigov. Si ça a marché pour Nevsky…

16– En plus d’être une bête de scène, l’interprète féminine de l’année, Marie-Mai, a fait beaucoup pour la cause de l’alphabétisation, en apprenant à toute une génération comment épeler le mot cobra.

C. O. B. R. A.

Je ne me tromperai plus jamais.

Prochaine étape, on le souhaite : une chanson autour d’un mot un peu plus complexe. Je rêve de l’entendre chanter «P.O.L.Y.G.O.N.E.», «H.E.X.A.D.É.C.I.M.A.L.» ou «T.R.O.G.L.O.D.Y.T.E.».

17– Je laisse la remarque finale à mon amie Christiane Campagna, qui résume bien la situation.

.
«Paaaa, pa, pa, pa, pa», comme disait le poète.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web et ex-chroniqueur musique à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il a aussi participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut l’entendre régulièrement à La soirée est encore jeune, et le suivre sur Twitter : @OursMathieu

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Certains ne recevront pas de trophée pour la qualité des remerciements. Tout juste qu’on entendait pas des «T’sé veut dire». Ce sont des remerciements« genre réseaux sociaux». C’est à croire qu’ils trouvent des mots pour composer leur chanson et son incapables de faire une suite de mots intelligents en guise de remerciement.

Très drôle, vraiment spirituel. On souhaiterait juste que ce soit un peu plus méchant, pour troubler encore un peu plus la dégoulinante admiration réciproque de cette soirée de tu-m’aimes-tu-autant-que-je-t’aime?

Jean-François Breau et Marie-Eve Janvier étaient aussi en nomination dans la catégorie « Groupe de l’année ».
C’est quoi leur nom de groupe au juste?

T’es un peu un p’tit chieur pis twitt
Comme à tes 10 ans
Pas un voulait qu’on t’invite
C’était dans l’air du temps
Maintenant tu cours partout
C’en est indécent
L’Adisq ou le parlement
Tes « sneaks » ou ton calmant

Faut pas être hypocrite
Ni malfaisant
S’pour ça que tu tapes sur la marge
Jamais entre les dents
Enfait tes faux cul
Tu rimes à rien
T’es probablement déçu
Qu’on en te chante pas demain

Tu penseras ce que tu veux des toasteurs mais t’as pas pu t’empêcher de prendre sa photo qu’on lise ton article !!!

Si tu n as pas saisi que le disque de Fiori est une réussite étonnante pour l époque, change de métier, car je ne l ai pas trouvé drole!!

déprimant comme chronique… où est le sens critique. C’est vraiment à la hauteur de certains artists dont l’auteur se régale. Vide et sans saveur.

Fiori plutôt que Proulx-Cloutier? Gros non-sens. Philippe B.? Jamais entendu parler. L’extrait que vous proposer n’a rien à voir avec votre commentaire. Et c’est juste moi qui aime Louis-Philippe Gingras ou quoi? Me semble que ce fils de Plume devrait plaire à la vieille garde qui adore Fiori. Et les sœurs Boulay? Peut-être que si elles avaient quelque chose à dire. Le son est bon mais elle n’ont rien d’autre à raconter que leurs mauvaises histoires d’amour. Finalement, la musique, c’est pas mal personnel.

*proposez. Dernière chose : Le dernier album de Dan Bigras est passé complètement sous silence. Expliquez-moi, quelqu’un.