L’amour avec un cadenas !

Comme les personnages du roman de Federico Moccia, des milliers de couples scellent leur amour sur le Ponte Milvio, à Rome. Au grand dam des employés municipaux…

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont amoureux. Ils se tiennent par la main. Bientôt, ils vont se promettre un amour éternel. Ils accrocheront un petit cadenas, marqué de leurs noms, au troisième lampadaire du pont. Ils tourneront le dos au Tibre et jetteront la clef dans les eaux boueuses du fleuve. Puis, ils s’embrasseront.

Ils s’appellent Step et Gin. Ils ne sont pas réels. Ce sont des personnages fictifs. Pourtant, des milliers de couples en chair et en os les imitent depuis trois ans. Depuis la sortie du roman J’ai envie de toi, de Federico Moccia.

L’auteur de 45 ans, rencontré dans son appartement cossu, à Rome, tente une explication : « Les gens ont envie de rêver, ils ont trouvé dans le rite amoureux que j’ai inventé une nouvelle façon d’exprimer leurs sentiments. »

Ce n’est pas la première fois qu’un roman de cet écrivain, aussi scénariste et auteur pour la télé, crée un effet de mode. Il y a quelques années, les rues de la ville, et même certaines autoroutes de l’Italie, étaient parsemées de graffitis et de banderoles avec les mots suivants : « Trois mètres au-dessus du ciel ».
Trois mètres au-dessus du ciel, c’est le titre du premier roman de Moccia. Celui dans lequel on a vu apparaître, sur fond de courses de motos dans les rues de Rome, les jeunes héros de J’ai envie de toi.

D’abord publié à compte d’auteur, parce que refusé par les éditeurs italiens, ce roman pour adolescents aurait pu rester confidentiel. N’eût été d’un producteur de cinéma italien avisé.

Un jour qu’il faisait des photocopies dans une librairie, Ricardo Tozzi a aperçu des piles de feuilles agrafées. On lui a dit que c’était le roman Trois mètres au-dessus du ciel, qui circulait parmi les étudiants sous forme photocopiée. « J’en ai piqué un exemplaire, que j’ai feuilleté par curiosité », raconte-t-il aujourd’hui.

Quand sa nièce de 15 ans lui a confié que ses copines et elle se réunissaient pour lire ce roman ensemble et en parler, ou qu’elles s’envoyaient des citations du bouquin par messagerie texte, il a sauté sur le téléphone.

En vain. « J’ai laissé plusieurs messages sur le répondeur de ce M. Moccia, que je ne connaissais pas, pour lui dire que je voulais faire un film avec son livre, mais il ne me rappelait pas », dit le producteur.

« J’étais certain qu’il s’agissait d’une mauvaise blague », se défend le romancier, dont le troisième livre a été traduit en français l’an dernier, sous le titre J’ai failli te dire je t’aime (éd. Calmann-Lévy).

Encore aujourd’hui, celui qu’on considère comme le cousin italien de Marc Lévy s’étonne : « Le succès est arrivé 12 ans après l’écriture de Trois mètres au-dessus du ciel. Je n’y croyais plus ! »

Peu après la sortie du film, finalement produit par Tozzi en 2004, le grand éditeur italien Feltrinelli a réédité le livre. Trois mètres au-dessus du ciel s’est envolé à un demi-million d’exemplaires en Italie. Dans la foulée, l’auteur s’est mis à l’écriture de J’ai envie de toi. Qui a aussi été adapté au cinéma.

J’ai envie de toi s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires en Italie, avant de franchir le cap des trois millions au total dans le monde. Résultat : des employés municipaux se rendent régulièrement sur le Ponte Milvio pour retirer les milliers de cadenas qui s’accumulent et menacent de faire s’effondrer la structure de ce pont piétonnier deux fois millénaire.

C’est toujours à recommencer. Un vendeur de cadenas est désormais posté à l’entrée du pont. Et les jeunes couples comme les plus âgés, hétérosexuels ou gais, viennent maintenant de partout sur la planète pour sceller leur amour sur le Ponte Milvio.

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