LANDR, le logiciel qui se prend pour un studio d’enregistrement

LANDR «permet aux musiciens du monde entier de “mastériser” en ligne leurs pièces musicales et leurs chansons, à une fraction du prix».

landr-grand
La société que dirige Pascal Pilon intéresse de plus en plus de DJ, de rappeurs et… d’investisseurs. (Photo: Marco Companozzi/La Presse)

Prenez un ancien quartier manufacturier de Montréal. Réunissez-y un génie britannique des algorithmes, un as germano-canadien du démarrage d’entreprises technos et un ingénieur-entrepreneur québécois. Vous obtiendrez une jeune entreprise Internet qui attire l’attention des rappeurs et des DJ du monde.

« Nous sommes en train de bâtir une infrastructure qui n’existe nulle part ailleurs, et qui permet aux musiciens du monde entier de “mastériser” en ligne leurs pièces musicales et leurs chansons, à une fraction du prix qu’ils paieraient en studio », dit Pascal Pilon, président de LANDR et l’un de ses investisseurs.

Comme bien des jeunes pousses technos qui s’installent dans les quartiers les moins chers, LANDR se situe dans le Mile End, un quartier de Montréal qui a longtemps abrité des usines de vêtements. Au rez-de-chaussée de l’immeuble, la première boutique du détaillant de vêtements pour hommes Frank & Oak, l’une des vedettes du Web à Montréal, fait le lien entre les deux époques. Ubisoft occupe aussi des locaux dans l’immeuble.

Un bâtiment postmoderne d’un quartier en renaissance d’une ville de moyenne importance… C’est pour cet environnement que Stuart Mansbridge a quitté l’Université Queen Mary de Londres, à l’automne 2012, où il était assistant de recherche. Cet ingénieur, titulaire d’une maîtrise en science, spécialisé dans le traitement de données musicales, y travaillait depuis huit ans sur des algorithmes capables d’analyser et de transformer des pièces musicales et des chansons.

C’est Helge Seetzen, conjoint de la députée Dominique Anglade, qui convainc Stuart Mansbridge de s’établir à Montréal pour commercialiser le potentiel de ses travaux.

Helge Seetzen, Montréalais d’origine allemande, est à la tête de TandemLaunch, société spécialisée dans le transfert technologique, c’est-à-dire qu’elle aide des concepteurs à commercialiser leur technologie. À 37 ans, Helge Seetzen possède lui-même une quarantaine de brevets dans le domaine de l’affichage, des prises de vue et de la vidéo. Il a vendu sa dernière entreprise pour la somme de 28 millions de dollars à Dolby Laboratories.

Pour gérer LANDR, Helge Seetzen recrute Pascal Pilon. L’itinéraire professionnel de celui-ci en fait le candidat idéal. L’homme de 44 ans est à la fois un ingénieur spécialisé en technologie, un entrepreneur et un investisseur. Pendant les cinq années où il a dirigé Averna, qui conçoit des tests pour les fabricants d’appareils électroniques et de communications, les revenus de la société sont passés de 8 à 37 millions de dollars.

Le logiciel de LANDR (un acronyme pour left and right) est utilisé par 330 000 personnes dans 190 pays. Plus de 1,2 million de pièces musicales ont déjà été soumises au matriçage — le mastering.

Mais qu’est-ce au juste que le matriçage ? « C’est l’enrobage final, la dernière couche de polissage qui augmente la richesse d’une chanson ou d’une pièce musicale », explique Pascal Pilon. Des algorithmes permettent d’isoler chaque son et de le modifier. De façon à donner l’impression, par exemple, que la pièce a été enregistrée dans une salle de concert plutôt que dans un salon ou un studio.

Le marché potentiel est colossal. Les revenus de l’industrie de la musique sont de 15 milliards de dollars par année, les ventes d’équipements et d’instruments atteignent 16 milliards, et les revenus publicitaires des stations de radio dépassent les 40 milliards, énumère Pascal Pilon. « LANDR peut devenir la première entreprise de mégadonnées dans son secteur et la porte d’entrée pour le partage de la création musicale », dit le président.

Le succès d’une jeune entreprise Internet se mesure en fonction de sa croissance, mais aussi de sa capacité d’aller chercher les capitaux pour assurer sa croissance future. Or, des géants de l’enregistrement, comme Warner Music Group, des DJ reconnus mondialement et des investisseurs audacieux — tels Guy Laliberté et Daniel Gauthier, fondateurs du Cirque du Soleil — ont tous investi dans la jeune pousse montréalaise.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

C’est avec ce genre d’entreprise que Montréal va réussir à se sortir d’une économie anémique depuis plusieurs année.