Larry Tremblay : ode au peintre

L’auteur de L’orangeraie publie ce mois-ci un roman étonnant inspiré du peintre irlandais Francis Bacon, dont les œuvres, souvent crues, demeurent bien cotées sur le marché de l’art.

Photo : Charles Briand

Quelle a été l’étincelle qui a mené à la création de ce livre ?

Tout ça est un peu mystérieux. L’œuvre du peintre Francis Bacon m’habite depuis longtemps, mais c’est lorsque j’ai publié le recueil de poésie 158 fragments d’un Francis Bacon explosé, en 2012, que j’ai compris que j’en étais imprégné. J’ai commencé à écrire ce roman lors d’un voyage en Inde, puis j’ai laissé mes carnets dans un tiroir avant de tout reprendre. Pendant des années, j’avais emmagasiné des idées, sans plus. D’ailleurs, on ne décide pas d’écrire, on accumule. On peut dire que j’avais un surplus de Bacon en moi !

Votre roman Tableau final de l’amour est parfois cru et déstabilisant. Pourquoi ?

Le défi que je m’étais donné avec ce livre, c’était de mettre en mots la sensation qu’on éprouve au contact des toiles de ce peintre. Bacon était un artiste radical qui avait vécu les deux grandes guerres, et pour qui la dimension sexuelle était importante. En fait, son thème de prédilection, c’est le corps. Mais je ne suis pas allé beaucoup plus loin dans mes recherches pour comprendre son œuvre. J’ai lu quelques-uns de ses entretiens, rien de plus. Je voulais avant tout me nourrir de son œuvre pour en créer une autre. Ni Bacon ni son amant ne sont expressément nommés dans le roman : je tenais à avoir une liberté pour le raconter tel que je le ressentais. Je dirais qu’environ 85 % du livre est fictif.

Qu’est-ce que le bonheur pour un auteur ?

Je me sens vivant quand j’écris. Mon pays à moi, c’est l’écriture. Mais il s’agit d’un métier difficile et pour lequel on doit faire preuve d’une étonnante persévérance. J’ai aussi beaucoup voyagé avec mes romans, dans le but d’en faire la promotion, mais également de rencontrer les lecteurs, où qu’ils soient. Venant du milieu du théâtre, j’apprécie le travail en groupe, la vie de tournée. Comme le métier d’écrivain est essentiellement solitaire, j’aime retrouver des gens une fois l’étape d’écriture terminée.

Vous écrivez des pièces de théâtre, de la poésie et des romans. Pour vous, qu’est-ce qui domine : le fond ou la forme ?

Je l’ignore. Certains projets commencent par une pièce de théâtre et finissent en roman. Dans le cas de L’orangeraie, c’était d’abord une pièce, puis elle est devenue un roman… qui est devenu une nouvelle pièce, et même un livret d’opéra ! Tableau final de l’amour est né par la poésie, sans que je sache qu’il se transformerait en roman. Je dirais que je suis un « écrivain oreille », pas un « écrivain œil ». Je suis déjà souvent très près de l’oralité, et donc près du théâtre. Je me limite rarement sur la forme. Et j’essaie de varier : comme écrivain, j’ai parfois besoin de changer de « jouet » !

(Tableau final de l’amour, de Larry Tremblay, La Peuplade, 216 p.) 

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