L’auteur du mois : Simon Boulerice

Le prolifique auteur nous fait part de ses réflexions sur son œuvre et sur l’écriture pour les enfants.

Photo : Maxime Leduc

Sa production littéraire en fait un des écrivains les plus prolifiques de sa génération : plus d’une quarantaine d’œuvres, comprenant des romans, des livres jeunesse, des pièces de théâtre, des recueils de poésie, des essais… Mais en plus de publier à un rythme effréné, il fait de la mise en scène, des chroniques à la radio et à la télé, donne de nombreuses conférences dans les écoles et fait partie de l’équipe des scénaristes de la nouvelle mouture de Passe-Partout. Simon Boulerice n’est à l’évidence pas du genre à chômer… au grand plaisir de ses nombreux admirateurs.

Où et quand écrivez-vous ?

Dès que je le peux, et partout. Souvent, j’écris dans le métro, debout, avec mon portable que je tiens à une main. Les gens m’offrent leur siège, et il m’arrive d’accepter sans aucun scrupule.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Je suis une éponge. J’absorbe mille idées, et je les collige dans un cahier ou dans mon iPhone. Mon réel travail, c’est d’orchestrer le chaos accumulé. Et ma joie est d’embrasser mes contradictions. Lire Cocteau en écoutant du Rihanna, ça façonne mon univers distinct.

Écrire pour les enfants ou pour les adultes, qu’est-ce que ça change ?

Peu de choses, bien sincèrement. Il se trouve que j’ai un intérêt marqué pour les événements fondateurs d’une vie. Sept ans, 15, 36 ou 72 : on vit les mêmes détresses et les mêmes enchantements.

Quelle activité nourrit le plus votre créativité ?

Le théâtre. Une pièce captivante me donne envie d’écrire ; une ennuyante encore plus.

Ma joie est d’embrasser mes contradictions. Lire Cocteau en écoutant du Rihanna, ça façonne mon univers distinct.

Simon Boulerice

Quel auteur admirez-vous le plus ?

Violette Leduc, pour son impudeur sensationnelle et nécessaire, et Michael Delisle, dont la prose précise, poétique et résolument québécoise réveille mes origines. Dans Le désarroi du matelot, il décrit la quiétude ressentie dans une allée de Jean Coutu éclairée aux néons crus. J’ai la fabuleuse certitude que Delisle n’écrit que pour moi.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

Il provient de René Richard Cyr, qui m’a dit : « Un jour, on va te dire que tu es un génie. Ne les crois jamais. Car sinon, quand on va te traiter de trou de cul, tu vas les croire aussi. »

Dans votre carrière, de quoi êtes-vous le plus fier ?

De ne pas embarquer dans le piège de la condescendance. Quand un poète me demande pourquoi je perds mon temps à écrire pour les enfants, j’ai l’impression qu’il me parle dans une autre langue. Écrire pour les jeunes exige la même implication émotive et la même rigueur poétique.

Quelle partie de votre boulot vous rend le plus heureux ?

C’est de croiser quelqu’un dans le métro qui lit mon livre avec ferveur, un surligneur en main. J’ai toujours envie de high-fiver mes lecteurs. Mais bon, eux, peut-être que non. Car mes livres se retrouvent parfois sur des listes de lectures obligatoires…

Comment s’est passée la création de votre dernier livre, Je t’aime beaucoup cependant ?

Un jour, dans un party, mon iPhone vibrait plus qu’à son tour. Quand j’y ai jeté un coup d’œil, j’ai lu le dernier message d’un homme qui était jusqu’alors mon amoureux. C’était écrit : « Je t’aime beaucoup cependant. » J’ai été frappé par la poésie de cette phrase lapidaire et anxiogène. Conscient que ça sentait la rupture à plein nez — et c’était le cas —, je me disais que ça ferait un beau titre. Quelques semaines plus tard, j’apprenais qu’on avait retrouvé les ossements de Cédrika Provencher. Sa meilleure amie, nouvellement adulte, venait de prendre la parole à la télé. J’ai trouvé sa tragédie unique : grandir stigmatisée par la peur de l’enlèvement, de la mort. J’ai eu envie de confronter deux peines qui se superposent : la peine d’amour et celle d’amitié. Et la plus vertigineuse des deux n’est pas nécessairement celle qu’on croit.

De vos visites dans les écoles, quel moment est resté particulièrement gravé dans votre mémoire ?

Tant de moments m’ont marqué. Mais parlons de ce petit garçon qui tirait sur les manches de son chandail. Je croyais qu’il avait froid, alors qu’il désirait cacher la dépigmentation de sa peau. J’ai compris qu’il avait honte de ses taches de vitiligo, et ça m’a fendu le cœur. Quelques jours plus tard, j’ai écrit un texte pour lui, dans l’espoir de magnifier sa différence. Le livre vient de paraître sous le titre Le pelleteur de nuages, et a superbement été illustré par Josée Bisaillon. Je n’ai jamais revu ce garçon, mais j’espère que cet album lui tombera entre les mains. (Propos recueillis par Claudine St-Germain)

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4 commentaires
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J’adore le gars.
Il en faudrait plus des gens comme lui. IL est fascinant, drôle et surtout d’une honnêteté rare. San parlé de sa culture et de sa MÉMOIRE.
Bravo Simon,

Wow, je connais Simon depuis que j’écoute « Cette année-là ». Je savais qu’il était passionnée et sans complexe, mais je ne savais pas qu’il avait autant de talent. Je vais rechercher son nom la prochaine fois que je vais me retrouver en librairie. Bravo Simon, tu m’épates!

Il est vraiment délicieux ce Simon. À l’émission de Marc Labrèche, je l’adore aussi…
J’ai son livre : je t’aime beaucoup cependant …c’est une phrase qui me parle beaucoup et le livre est magnifique. BRAVO SIMON, moi je te dis que tu es un vrai génie et je ne te dirai jamais que tu es un trou de cul …

Quel personnage ce Simon Boulerice….j’apprécie sa participation et son implication dans l’émission « cette année-l’à ». Cultivé, s’imprègne de tout ce qui touche à la culture. J’aime le voir bouger, il me fait rire…. comme il le dit si bien il est comme une « éponge ». De grande culture il a une opinion sur la plupart des sujets amené par les autres intervenants. Bravo Simon, il me reste à découvrir ton écriture. Je t’apprécie beaucoup.