L’autre mur du Mexique

L’exposition Mundos, de l’artiste Teresa Margolles, démontre par l’art l’étendue de la violence au Mexique.

Teresa Margolles, La Promesa [La Promesse], 2012. (Photo: Rafael Burillo)
Teresa Margolles, La Promesa [La Promesse], 2012. (Photo: Rafael Burillo)

Bien avant qu’il soit question du mur de Trump, l’artiste mexicaine Teresa Margolles s’intéressait aux murs préexistants dans son pays. Ceux de l’exclusion, de la violence et de la marginalité. Le Musée d’art contemporain accueille Mundos, une exposition consacrée à cette figure importante de l’art actuel mexicain.

Depuis plus de 30 ans, Teresa Margolles rend compte dans son œuvre des problématiques récurrentes que connaît son pays: narcotrafic, exclusion, violence endémique dont sont victimes les femmes de Ciudad Juárez…

Ces thématiques résonnent fort dans ses photos, vidéos et installations, lesquelles sont parfois monumentales. La promesse, par exemple, imposant muret de 22 tonnes composé des restes d’une maison de la tristement célèbre ville frontalière. Une heure par jour, pendant toute la durée de l’expo, une personne réalisera une performance consistant à gratter ce muret, pour en répandre des fragments dans la salle et, ainsi, graduellement l’effacer.

Ailleurs, on verra une œuvre murale qui intègre des photos de femmes disparues. Plus loin, un dispositif qui «recycle», sous forme de bulles savonneuses, de l’eau utilisée pour nettoyer des cadavres lors de leur autopsie. Une des nombreuses références à l’eau, dont l’artiste fait un vecteur de mémoire et de transformation.

Paradoxalement, le travail de Margolles émeut par le sentiment de délicatesse et de paix qui s’en dégage. Comme si elle avait choisi de recueillir et de soigner, avec une infinie tendresse, les êtres les plus démunis de son pays, même par-delà leur mort. À voir sans faute, ne serait-ce que pour entendre parler autrement et avec une profondeur nouvelle de sujets dont l’actualité nous rebat les oreilles.

Dans un espace adjacent et à la même période, le MAC présente Et maintenant regardez cette machine, une expo de l’artiste québécois Emanuel Licha ayant pour thème les hôtels de guerre. Il s’agit en fait de la version sous forme d’installation de Hotel Machine, un documentaire de création dont le tournage a mené Licha dans cinq villes — Beyrouth, Sarajevo, Gaza, Kiev et Belgrade —, où il s’est intéressé aux établissements dans lesquels descendent les correspondants de guerre. Il en rapporte une réflexion très riche sur l’angle de vue, au propre comme au figuré, par lequel ces derniers témoignent des conflits armés.

Margolles, Licha: deux univers fort différents, mais qui composent une sorte de diptyque mettant en lumière les théâtres actuels de la violence, et montrant, par l’art, l’étendue de leurs dommages collatéraux. (Jusqu’au 14 mai)

 

Dans la même catégorie