L’autre tête de Papineau

Après le succès retentissant du Roman de Julie Papineau, les lecteurs étaient nombreux à en attendre la suite. Micheline Lachance raconte ses 11 années de complicité avec la femme du chef des Patriotes.

Si Mgr Paul-Émile Léger n’avait pas eu parmi ses ancêtres un Patriote de 1837, Micheline Lachance, qui a signé la biographie du cardinal, n’aurait jamais rencontré Julie Bruneau-Papineau ni vendu 60 000 exemplaires du Roman de Julie Papineau (Québec/ Amérique), un succès de librairie extraordinaire à la modeste bourse du livre québécois. Trois ans plus tard paraît L’Exil, le deuxième volume de cette biographie romancée, qui est plus une biographie qu’un simple roman.

« Tout est vrai, dit Micheline Lachance: le contenu des dialogues, les péripéties de l’exil aux États-Unis et en France, les difficultés matérielles de Julie à son retour, sans son mari, la folie de son fils Lactance, même le temps qu’il fait et la couleur du ciel! Seule la forme tient du roman. »

Les dialogues, elle les a construits en utilisant les lettres laissées par les personnages eux-mêmes. La vie quotidienne, elle l’a rendue grâce aux huit volumes du journal intime d’un des fils Papineau, Amédée, ou encore grâce à celui de Jacques Viger, voisin des Papineau. Il aura fallu neuf années de recherche à la journaliste de L’actualité et ex-rédactrice en chef de Châtelaine afin de réunir la documentation nécessaire pour composer, par l’intermédiaire du personnage de la femme de Louis-Joseph Papineau, une riche fresque historique. Aujourd’hui, elle dit qu’elle serait prête à défendre ses deux livres devant n’importe quel aréopage d’historiens.

Ceux-ci, en particulier Fernand Ouellet, ont tracé un portrait peu flatteur de Julie Papineau. « On en a fait un personnage mélancolique et janséniste, dit Micheline Lachance. Une femme geignarde, obsédée par la maladie et les difficultés financières. » Or, la correspondance de Julie – une centaine de lettres – a révélé une femme forte et résolue, enflammée politiquement, qui n’hésite pas à écrire qu’il faut « utiliser la violence pour libérer la nation ».

Plusieurs des critiques du premier livre ont tenté de faire de Julie Papineau une féministe avant le temps. « C’est réducteur, s’insurge l’auteur. Et puis, dans son milieu, elle n’était pas exceptionnelle. Quand on creuse l’histoire, on découvre des dizaines de femmes comme elle. Je pense, par exemple, à la femme de LaFontaine, qui se rendait dans les prisons pour écrire les lettres des prisonniers. »

En fait, Julie Papineau est un personnage complexe qui illustre bien les contradictions de l’époque, partagée entre le conservatisme social et la modernité naissante. « Plus j’écrivais, plus son personnage grandissait et moins celui de Papineau devenait attrayant », raconte l’auteur. Cela est particulièrement évident dans L’Exil. Le chef des Patriotes y apparaît comme un homme égoïste, têtu, imbu de lui-même, alors que Julie sort grandie de l’adversité et de la solitude qu’un Papineau insensible lui impose.

N’est-ce pas téméraire de faire revivre les morts, de prétendre décrire leurs sentiments et leurs pensées les plus intimes? Malgré une angoisse permanente, celle de se tromper et de « prêter aux personnages de fausses intentions », la journaliste d’expérience qu’est Micheline Lachance reste convaincue qu’elle n’a pas romancé le tragique destin de Julie Papineau. Elle a tout simplement remis en place les pièces d’un immense puzzle que le temps avait éparpillées dans 100 boîtes différentes.

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