L’autre tour de la Gaspésie

Trente photographes prennent d’assaut la Gaspésie et y exposent, souvent en plein air, 900 photos saisissantes prises aux quatre coins de la planète. Un tour du monde, en 13 villes et villages.

L'autre tour de la Gaspésie
Œuvre de Gilbert Duclos

Les quais de Matapédia. Le pont couvert de Grande-Vallée. Le site historique du Banc-de-Pêche-de-Paspébiac. Le parc du Souvenir de Chandler. L’hôtel de ville de Percé, face au rocher…

Durant les deuxièmes Rencontres internatio­nales de la photographie en Gaspésie, du 5 août au 12 septembre, des dizaines de lieux se transforment en musées éphémères, accueillant les œuvres d’une trentaine de photographes québécois et étrangers.

Au total, 900 photos sont exposées – en grand format et, pour la plupart, au grand air – dans diverses municipalités de la péninsule.

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« Nous utilisons l’immense territoire gaspésien pour favoriser la rencontre entre le public et la création artistique ainsi qu’entre des photographes renommés et émergents », dit Claude Goulet, directeur général et fondateur des Rencontres.

Cette manifestation, gratuite, comprend les expositions des artistes invités et des artistes en résidence, 20 projections de photos (en présence de leurs auteurs), des conférences, de même que des ateliers avec de jeunes Gaspésiens. Des collaborateurs de L’actualité, dont Jean-François Bérubé et François Pesant, sont de la partie.

Montréalais d’origine et Gaspésien d’adoption, Claude Goulet, 55 ans, a longtemps travaillé dans le monde des arts de la scène, repérant à l’étranger des spectacles qu’il produisait ensuite au Québec. Passionné de photo, assidu des rencontres, expositions et galeries de Paris, Arles ou New York, il a patiemment mûri l’idée d’une initiative d’envergure valorisant sa région.

En 2009, il met sur pied le Parcours du point de vue – Gaspésie, qui regroupe 10 installations photographiques aux endroits mêmes où les clichés ont été pris. (Un concept adapté du Musée du Point de vue, créé en France, en 1997, par l’artiste suisse Jean-Daniel Berclaz, lui-même associé au Parcours gaspésien.) L’accueil du public et des municipalités est tel que Goulet lance les Rencontres l’année suivante, avec l’ambition d’en faire un rendez-vous international annuel.

Sur le thème des « Itinéraires photographiques », les Rencontres 2011 invitent le public à faire le tour du monde en même temps que celui de la Gaspésie. Et à découvrir le regard singulier des 30 photographes participants, dont 5 étrangers. La Franco-Iranienne Isabelle Eshraghi, par exemple, présente à Bonaventure 40 portraits tirés de son livre Femmes hors du voile, fruit de 10 années de recherche dans des pays musulmans.

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Femmes hors du voile, Isabelle Eshraghi

« Isabelle nous montre ces femmes d’une autre façon, par le sport, l’éducation, les loisirs… Des femmes modernes, rieuses, vivantes, mais aussi conscientes de leur condition », dit Claude Goulet, qui a découvert le travail de cette artiste lors d’un voyage à Paris. « De quoi lever les préjugés. »

Le directeur des Rencontres s’enorgueillit aussi d’avoir convaincu le photographe américain Larry Towell, de la fameuse agence Magnum, d’être là cet été. Né en Ontario mais résidant à New York, Towell expose à Paspébiac deux séries de photos en noir et blanc : Mennonites, reportage réalisé dans la campagne ontarienne et au Mexique, et The World From My Front Porch (le monde vu de ma véranda), photos prises dans sa ferme, en Ontario.

Les photoreporters québécois François Pesant et Roger Lemoyne ont pour leur part rapporté de saisissantes images de leurs périples à l’étranger. Le premier présente à Carleton-sur-Mer Les réfugiés du climat, une soixantaine de photos prises en Inde. Le second expose à Matapédia Espwa fè viv, reportage effectué en Haïti à la suite du tremblement de terre de 2010.

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Espwa fè viv, Roger Lemoyne

Quant à la Montréalaise Cynthia Copper, elle propose un « circuit photographique » au centre-ville de Gaspé, avec ses impressions de la mythique Tombouctou.

La jeune photographe montréalaise Catherine-Lune Grayson livre son témoignage sur les populations déplacées par la guerre et la violence en Afrique. Dans des camps de réfugiés de la Somalie, du Yémen et du Kenya, elle a prêté de petits appareils à des adolescents « afin qu’ils puissent raconter les lieux où ils grandissent ». Leurs photos sont exposées à Gaspé, aux côtés de celles prises par des élèves gaspésiens au cours de la dernière année scolaire dans le contexte de Regard sur ma ville, volet éducatif des Ren­contres. « On travaille à éveiller l’intérêt des jeunes Gaspésiens pour tous les types de photographie », dit Claude Goulet.

Si les Rencontres sont ouvertes sur le monde, la photogénique Gaspésie n’en demeure pas moins au cœur de la manifestation.

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Gaspésiennes, Jean-François Bérubé

Gaspésiennes, de Jean-François Bérubé et Sophie Jean, rendra hommage à plus de 30 femmes qui s’impliquent dans la collectivité et dont les portraits seront exposés à Carleton-sur-Mer. Les hommes de papier – une douzaine de portraits géants d’ex-travailleurs de la défunte papeterie Gaspésia que l’on doit au Torontois Dan Bergeron – seront affichés sur des bâtiments de Chandler. Et la Manifestation pour la mémoire des quais – une « performance participative » imaginée par Maryse Goudreau – conviera les photographes amateurs et les médias de la région à souligner en images « l’urgence de restaurer ces accès à la mer ».

Treize municipalités participent aux deuxièmes Rencontres internatio­nales de la photographie : Cap-Chat, Marsoui, Grande-Vallée, Gaspé, Percé, Chandler, Paspébiac, Bonaventure, New Richmond, Maria, Carleton-sur-Mer, Nouvelle et Matapédia. En tout, un petit tour du monde de près de 700 km !

 

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POUR EN SAVOIR PLUS :
photogaspesie.ca

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