L’avoir dans le sang

Eric Dupont a lu le roman Le sang, essence de la vie, par Lawrence Hill, ainsi que les ouvrages Des bonobos et des hommes, par Deni Béchard, et Le patient et le médecin, par Marc Zaffran. Voici ce qu’il en a pensé.

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L’auteur du roman Aminata, Lawrence Hill, a publié cet automne Le sang, essence de la vie, un essai dans lequel il se penche sur les multiples représentations du sang dans notre culture.

Le sang est plus qu’un liquide rouge pompé par le cœur. Une fois dans l’éprouvette, il possède le potentiel de dévoiler les secrets les plus insondables. Il peut faire mentir les arbres généalogiques et détrôner les champions.

Il devient aussi, par figure de style, un moyen de définir l’autre. Sang bleu, sang-mêlé, quarteron, tous ces termes sont en quelque sorte des dérivés sanguins qui, si on s’y arrête bien, nous viennent d’une terminologie médicale antique et trompeuse. Droit du sang ou droit du sol ? Le discours juridique n’est pas non plus épargné dans cet ouvrage. Il y a du sang partout. Les passages sur les préjugés entretenus envers le sang menstruel feront rire à coup sûr, l’auteur n’étant pas dépourvu d’humour, mais il convient aussi de rappeler que, dans certains pays, les femmes qui ont leurs menstruations doivent toujours se retirer de la société, parce qu’elles « portent malheur ». Voilà qui invite à la réflexion.

Difficile de refermer ce livre une fois qu’on l’a commencé. Comment en effet trouver sujet plus universel que le sang ? Descendant d’Afro-Américains, Hill pose des questions importantes sur notre rapport au sang et à ses métaphores. Il est notamment question d’identité, d’ethnicité, de dopage, de religion, mais aussi de témoignages très personnels de l’auteur.

À l’époque de l’esclavage, une personne ayant une goutte de « sang noir » était définie comme noire à des fins d’esclavage. Une goutte de « sang blanc » ne changeait rien à l’affaire. Comment expliquer cette incohérence ? C’est à ce genre de questionnement que Lawrence Hill nous invite.

(Le sang, essence de la vie, par Lawrence Hill, Pleine lune, 352 p., 27,95 $)

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VITRINE DU LIVRE

 

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Bonobos dans la brume

En RDC vivraient encore de 5 000 à 50 000 bonobos, souvent confondus avec des chimpanzés. Deni Béchard, écrivain et reporter, a accompagné la Bonobo Conservation Initiative, vouée à leur protection. Ce programme de conservation est unique, dans la mesure où ses dirigeants américains tiennent à tout prix à impliquer les populations locales dans sa gestion et sa mise en œuvre. « Il s’agit de lier des pratiques de conservation étrangères aux coutumes déjà en place. » Fidèle à cette approche globale, Béchard nous parle autant de l’histoire récente de la RDC et de ses peuples que des bonobos et de l’écosystème dans lequel on espère qu’ils profiteront.

(Des bonobos et des hommes, par Deni Béchard, Écosociété, 448 p., 34 $)

 

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Médecins malgré nous

Marc Zaffran, mieux connu sous le pseudonyme d’écrivain de Martin Winckler (La maladie de Sachs, Le chœur des femmes), a été médecin de famille et en santé des femmes en France de 1983 à 2008. Aujourd’hui installé au Canada, il règle ses comptes dans Le patient et le médecin. En présentant le régime hospitalo-universitaire français comme repoussoir à un modèle anglo-saxon centré sur l’éthique et les soins aux patients, il porte une charge virulente contre la médecine française. Les choses seraient différentes au Canada. Sa position sur la place des médecins en politique mérite d’être étudiée…

(Le patient et le médecin, par Marc Zaffran, PUM, 266 p., 24,95 $)

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