Le bonheur est plus que jamais dans le pré

Alors que Montréal perd peu à peu de sa superbe, ce sont les régions et la banlieue qui s’arrogent désormais une bonne part du marché de la marge, du «cool» et du festif. Pour sa première chronique pour L’actualité, Marilyse Hamelin nous plonge dans ce retour à la terre 2.0. 

Marilyse Hamelin Chroniqueuse
Photo : Andréanne Gauthier

Adolescente, je ne rêvais qu’à une chose: déménager «en ville» au plus urgent. À mes yeux et à mon cœur de rockeuse, Montréal était ni plus ni moins que le centre de l’univers, contrairement à ma banlieue ringarde et aux ennuyeuses régions visitées durant les vacances familiales. Le week-end venu, je sautais dans le premier autobus pour m’extirper de cette cage dorée.

J’habite la métropole depuis deux décennies maintenant et j’observe un revirement de situation assez étonnant. On dirait bien que la tendance de l’heure consiste plutôt à s’éloigner de la ville pour faire la fête. Désormais, se lever à l’aube pour instagrammer un concert intime d’Avec pas de casque à Baie-St-Paul, les premiers rayons du soleil en toile de fond, constitue le fin du fin. Expérience réservée à une poignée d’initiés, garantie.

Ironie du sort, je suis la première à courir ce genre d’événement. Dans quelques semaines, au Festival de la chanson de Tadoussac, je serai parmi les privilégiés qui assisteront au concert de Maude Audet à la pointe de L’Islet, tout au bout d’un sentier de randonnée en forêt. Puis, au Festif! de Baie-St-Paul, je voguerai vers une scène flottante sur la rivière du Gouffre (pas de mauvaises blagues svp) sur un matelas gonflable, entourée d’autres objets flottants non identifiés pendant qu’on nous servira le nectar d’un vignoble local. Du vin tiré de fûts en inox, ce sera une première dans un festival au Québec. Notez bien le mot première, c’est lui l’important.

Le gros fun est rendu en région et de plus en plus nombreux sont ceux qui s’en réclament. Je pense par exemple au jusqu’ici très urbain Philémon Cimon qui, il n’y a pas si longtemps, trônait dans les palmarès de CISM – la station étudiante de l’Université de Montréal – et faisait la une du branchouille magazine Urbania. Eh bien le voilà qui se présente sur son nouvel album autoproduit comme un troubadour louangeant les charmes de L’Isle-aux-Coudres de son enfance.

Montréal fait moins rêver, séduit moins et la preuve en est que les groupes et artistes de l’heure n’y habitent même pas. Ils sont plutôt à Québec, que l’on pense à Hubert Lenoir, Alaclair ensemble, Karim Ouellet, Jérôme 50, Les Louanges, Koriass et Tire Le Coyote. Et, avant que vous ne me jetiez la pierre, évidemment que je n’inclus pas la Capitale nationale dans la catégorie «régions éloignées», mais il reste que tout un pôle de créativité s’y est déplacé, au détriment de la métropole.

Même la banlieue s’arroge désormais une bonne part du marché «hip», notamment avec le dynamique festival Santa Teresa, logé dans la couronne nord de Montréal. La plus récente édition a été le théâtre d’une intrigante chasse au trésor pour mettre la main sur les billets du concert des Trois Accords, disséminés un peu partout dans la municipalité de Sainte-Thérèse.

Pendant ce temps à Montréal, au cours de la même fin de semaine, défilait sur les réseaux sociaux la litanie de commentaires des résidents du quartier Rosemont se plaignant du niveau élevé de décibels émis par le nouveau festival hip-hop Metro Metro, qui se tenait au pied du stade olympique.

Comprenez-moi bien, une partie de moi compatit avec mes amis les «bobos»… Avouons-le, c’est confrontant quand le Beach Club débarque dans ta cour arrière… Moi non plus je ne suis pas exactement en amour avec le concept du reggaeton de Sean Paul craché à des kilomètres à la ronde. Cela dit, qu’est-ce qu’on souhaite au juste pour Montréal? La transformer en ville dortoir? En plus, le festival avait lieu la veille d’un jour férié, alors on se calme la pantoufle…

On dit que qui aime bien châtie bien, c’est vrai. J’aime Montréal, cette ville dont j’ai tant rêvé avant de m’y établir. Je l’aime de tout mon cœur. Je l’aime tellement que j’ai créé un plateau culturel qui lui rend hommage à l’antenne de MAtv. Mais je vois bien que ce sont les régions qui ont la cote ces jours-ci, que c’est là que «les choses se passent», comme disent les jeunes.

Je ne sais trop qu’en penser. Doit-on y voir la vague tentation d’un retour à la terre 2.0 ? Après tout, les modes passent et reviennent, comme une roue qui tourne… Une chose est sûre, Montréal ne détient plus le monopole de la marge, de l’émergent, du «cool». On pourrait même dire que son étoile a un peu pâli.

Merci L’actualité!

C’est avec fierté et enthousiasme que je me joins à l’équipe de chroniqueurs de L’actualité. Je vous parlerai ici de culture, locale et moins locale, de ce que les oeuvres, les tendances artistiques et les mouvances médiatiques nous disent de l’époque et, parfois, du Québec en particulier. Certains d’entre vous me connaissent déjà, je suis journaliste indépendante, conférencière, animatrice à MAtv, autrice et souvent invitée sur les ondes d’ICI Première. Depuis 15 ans, j’ai signé des textes dans plusieurs médias, dont Le Devoir, Châtelaine et Le Droit. La glace est brisée et je vous dis à très bientôt!

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Ce serait la meilleure nouvelle que j’ai lue ces derniers mois si c’était vrai. ..
Car je crois au contraire que le Montréal politique (municipal, provincial, fédéral) et multiculturaliste (je n’ai pas dit « multiculturel ») nous rappelle à tous les jours sa fracture d’avec le Québec des régions. Les débâts sur la langue, la laïcité, l’environnement sont les principaux stigmates de cette blessure.
Mais j’ose rêver… J’ose espérer, moi aussi, que les Montréalais quittent de temps à autre leur insularité physique et culturelle pour faire plus que d’ aller brouter un week-end dans les prés du 418 et du 450.

Le bonheur est à Québec nous nous avons tous les avantages d’une ville avec notre festival d’été et autres jumelés à la nature qui est à proximité!

Je suis, dans l’ensemble, bien d’accord avec toi, Marilyse. Toutefois, je ne partage pas ta sévérité à l’endroit de ceux qui dénoncent le niveau sonore de certains concerts présentés à Montréal. Je pense qu’il est encore possible de présenter des événements musicaux intéressants sans forcément «défoncer les oreilles» des gens qui habitent dans leur voisinage.
Pour ma part, j’ai assisté à de nombreux concerts et spectacles en plein air, dans l’arrondissement de Verdun où, à mon humble avis, les organisateurs prenaient le soin de s’assurer que le niveau sonore ne soit pas trop percutant. C’est une question de sensibilité, ou plutôt de «gros bon sens».
Et Bravo pour tes nouvelles fonctions! Un échelon de plus dans ton ascension qui, j’en suis convaincu, atteindra plusieurs autres nouveaux sommets.