Le coup classique

Adolescent mordu de Genesis, Alex Benjamin se voyait en claviériste dans un groupe de rock progressif. Raté : il est devenu pianiste classique, jusqu’à ce qu’un accident de football, en 1992, lui esquinte la main et infléchisse la suite.

Adolescent mordu de Genesis, Alex Benjamin se voyait en claviériste dans un grou
Photo : Jocelyn Michel

Professeur de musique et recherchiste-musicologue, Alex Benjamin est appelé, en 2000, « à la droite du père » Fernand Lindsay, fondateur du Festival de Lanaudière, qui le désignera plus tard pour lui succéder à la direction artistique. Le voici aux commandes de la 33e saison de ce festival sous les étoiles où le classique parle autant aux mélomanes qu’à ceux qui n’en ont pas l’habitude. Né à Port-au-Prince, mais élevé à Joliette, Benjamin a 48 ans et deux passions : la musique et la photographie. Sa fille lui sert souvent de modèle, mais aussi les musiciens invités du festival, qu’il croque en répétition, décontractés dans leurs bermudas pas possibles.

Alain Lefèvre dit que le Festival de Lanaudière est « le plus grand festival de musique classique au Canada ». Est-ce un fait ou un argument de porte-parole ?

– Ça fait si longtemps qu’on le dit, cela a dû finir par être vrai ! Sérieusement, il existe plusieurs festivals d’importance au Canada, mais la plupart sont associés à une académie de musique ou englobent un volet de musique populaire, ce qui les différencie du nôtre, uniquement consacré à la musique classique.

Angélique Duruisseau chantant Prévert, c’est du classique ?

– Bon, on a réservé trois diman­ches après-midi à la chanson, au jazz et aux musiques de danse, qui ajoutent à la fête sans diluer l’orientation principale de notre festival. Mon travail consiste à harmoniser un programme d’envergure avec la saison durant laquelle il est présenté. On n’écoute pas la musique de la même façon en été qu’en hiver. De même, je ne peux pas dire : « Je veux l’Orchestre de Pittsburgh, Kent Nagano et l’OSM, la pianiste Valentina Lisita, etc. » sans essayer de créer une certaine cohérence entre les concerts, fût-elle ténue ou mystérieuse. Le programme doit porter le sceau Lanaudière.

Que vous a appris le père Lindsay, disparu l’an dernier ?

– S’il y a une chose que je retiens de lui, c’est sa curiosité inextinguible. Jusqu’à la fin, il s’est tenu au courant de ce qui se passait sur la planète musicale ; pas un nouveau talent ne lui échappait. On lui doit la réputation du festival dans le monde.

Son rêve était de rendre la musique classique accessible au plus grand nombre.

– Mais jamais au détriment de la qualité, et sans être condamné à afficher la Neuvième de Beethoven chaque soir ! Il choisissait les œuvres avec soin et veillait à les faire interpréter par les meilleurs musiciens, d’ici ou d’ailleurs.

Comment avez-vous conçu le programme de la saison 2010 ?

– J’ai une chance inouïe, l’année 2010 marque le bicentenaire de la naissance de Chopin et de Schumann. Nous les célébrons en proposant l’intégrale des œuvres pour piano seul de Chopin, jouées par une dizaine de pianistes, et toutes les symphonies de Schumann, interprétées par la Philhar­monie de chambre de Brême. Le romantisme colorera cette saison, ce qui fait bien mon affaire, car je suis très 19e siècle – quoique j’aie l’électricité, ne vous inquiétez pas.

Outre le classique, quel genre de musique écoutez-vous ?

– Avec ma fille, je suis un « fan fini » de Shilvi. Et j’écoute beaucoup de jazz. Je redécouvre tout Miles Davis.

La pratique vous manque-t-elle ?

– Énormément. Je n’aimais pas beaucoup me produire seul sur scène, la musique de chambre correspondait mieux à mon tempérament. Ce dialogue avec quelques musiciens, cette façon de mettre de côté son ego sans éteindre sa personnalité, quelle leçon de vie !

Festival de Lanaudière, à Joliette, du 10 juill. au 8 août, 450 759-4343, 1 800 561-4343.