Le désastre du siècle

L’auteur Jérôme Lafond recrée la vie bucolique de ses ancêtres, expatriés inutilement pour construire l’aéroport de Mirabel.

Livre Soleil de paille

L’aérogare de Mirabel, inaugurée en 1975, vient finalement d’être démantelée après 12 ans d’inoccupation. Elle sera remplacée par un centre aéronautique pour l’assemblage et les vols d’essai des avions d’affaires, et servira aussi de zone de fret pour le cargo industriel.

Jérôme Lafond n’était même pas encore né quand 39 255 hectares de terres agricoles ont été expropriées pour faire place au « projet du siècle », avec les conséquences tragiques que l’on sait. Soleil de paille est pour lui l’occasion de ressusciter l’âme bucolique de Sainte-Scholastique, son village natal, dont l’histoire est racontée avec une verve truculente par Hormis­das Tourangeau, aujourd’hui âgé de 75 ans — mais dont la mémoire est sans faille.

L’auteur se coule dans la peau de son personnage avec tant de conviction qu’on jurerait qu’il a connu le bon (et le moins bon) vieux temps. Celui où l’on fêtait les moissons et l’on se déguisait le jour du Mardi gras, où l’on apprenait à lire dans une école de rang, où l’on s’initiait au sexe durant les expositions agricoles, où l’on dormait sur des paillasses en pelures de blé d’Inde, où on laissait les enfants jouer dans les cours à ferraille sans sur­veillance, où les commis voyageurs colpor­taient leurs bouteilles de liniment, où les usines d’explosifs ne respectaient aucun code de sécurité, où faire du pouce ne représentait aucun danger…


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Cette vie bouillonnante, agrémentée par les parties de pêche, le vol de quelques veaux et les leçons du très original oncle Placide, qui installe des ruches dans le cimetière de la paroisse et passera quelques années à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu, est soudain interrompue quand la ferme des Tourangeau est expropriée parce qu’elle se trouve sur le chemin de la future piste 29. « Pourquoi avions-nous été expropriés ? » se demande Hor­misdas. « Nos champs ne furent jamais utilisés par l’aéroport. Où passe la piste 29 ? Je me le demande encore. »

Son retour sur la terre de ses ancê­tres arrache des larmes. « La magie, jadis omniprésente, avait disparu à jamais. » La vieille maison placardée a été pillée, profanée. Sans négliger de prendre toute la mesure du gigantesque gâchis que causèrent des planificateurs frappés par la folie des grandeurs, Jérôme Lafond remplace, de façon bien méritoire, ce mauvais souvenir par la mémoire des gens de Sainte-Scholastique. Un roman admirable. (Soleil de paille, par Jérôme Lafond, Marchand de feuilles, 276 p.)

 

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Désastre, oui, mais « du siècle »???

Pire que les deux guerres mondiales? Que les camps de doncentration nazis? Que la grande dépression? Que le drame du Titanic? Que la guerre du Vietnam? Que les millions de morts engendrés par les politiques communistes de Staline et Mao? Etc…?

Un peu de mesure dans vos propos serait de mise non?

Et dire qu’on a appelé Dorval aéroport Trudeau….pourtant le désastre de Mirabel lui appartient. Il y avais même un agriculteur qui avais perdu la carte dans le temps et qui avais assasiné sa fille (religieuse) dans le temps…

Il y a quand même des raisons au dit « désastre ».

Planifié à la fin des années ’60, l’aéroport a été inauguré en Octobre 1975 et devait compétitionner avec celui de Toronto mais l’élection du gouvernement québécois séparatiste en 1976 est venu brouiller les cartes. Les hommes d’affaires quittaient la région montréalaise en masse pour Toronto et le poids financier et industriel de Montréal diminuait comme une peau de chagrin. Avec lui, évidemment, la pertinence de Mirabel.

De plus, le premier choc pétrolier en fut un également pour Mirabel. Le provincial devait construire des infrastructures pour mieux desservir Mirabel mais il a « choke » ne réalisant qu’une infime partie de ces dernières.

Il est facile aujourd’hui avec l’information que nous connaissons de critiquer cette décision mais à l’époque, presque la totalité de la population du Québec était favorable à la construction de l’aéroport.

Le nom de P.-E. Trudeau associé à l’aéroport Dorval est une source de grande fierté pour beaucoup de monde. Bien sûr, il n’a pas été parfait mais il a su mâter les séparatistes et même faire échouer le dossier de Meech, dossier pour lequel d’ailleurs les séparatistes devraient lui être reconnaissants car ils étaient en osmose avec lui et Jean Chrétien à l’époque…

Le titre de l’article est plutôt bien choisi quand on sait que P.-E. Trudeau parlait de l’aéroport de Mirabel comme du «projet du siècle». Par ailleurs, avoir couvert de bitume certaines des meilleures terres agraires québécoises est en effet désastreux.

Soleil de paille est en tout cas un excellent roman; la colère des Scolasticains y affleure sans que cela enlève à leur dignité ou à leur capacité de rebondir, le tout étant exprimé dans une langue drôle et vivante. Un plaisir!

Quand on a rien à faire, rien à écrire et rien à dire, nous ressemblont à François.

Ah…la gauche. Lorsqu’à court d’arguments et face à une personne qui ne partage pas leur avis, et ça leur arrive tout le temps, on passe vite à l’insulte.

Merci quand même Lou de vous intéresser à moi…