Le Festival du Jamais Lu sous le signe de l’engagement

Quand elle lira ces lignes, Marcelle Dubois aura accouché d’un petit Romain. Directrice de la compagnie Les Porteuses d’aromates, coordonnatrice artistique du Théâtre Aux Écuries, consacré aux formes de la relève, la pétulante maman, également auteure et, quand il le faut, grande gueule, s’est adjoint, pour le 11e anniversaire de son premier bébé — le Festival du Jamais Lu : « 10 jours de célébration de littérature théâtrale incarnée » —, un codirecteur artistique, Jean-François Nadeau, auteur, comédien, nouveau membre des Zapartistes. « Un homme politisé qui a l’indignation joyeuse », dit Dubois, visiblement heureuse de leur programmation.

Le Jamais Lu associe la lecture de huit textes théâtraux à quatre soirées « tonitruantes », dont celle d’ouverture, dirigée par Louis Champagne et intitulée Lettres ouvertes / Poings fermés, nettement placée sous le signe de l’engagement. « Le Jamais Lu accuse le coup de l’agitation sociale du printemps québécois. »

Répondez à la question que pose la thématique du festival : « Où est-ce qu’on est ? »

Il y a cinq ou six ans, les textes étaient principalement tournés vers le couple, l’identification personnelle. Aujourd’hui, il en va d’un souci de témoigner de la marche du monde. Les auteurs s’interrogent sur la place qu’ils souhaitent occuper dans la cité et sur la manière dont ils veulent s’adresser à leurs contemporains.

Photo : Jocelyn Michel

La relève en écriture dramatique étant de plus en plus visible sur nos scènes, est-il encore utile de lui consacrer un festival ?

Quand le Jamais Lu est né, en 2002, la relève devait forcer les portes des établissements pour dire qu’elle existait. En une décennie, il s’est fait un énorme bout de chemin, notre travail a porté ses fruits. On a dû redéfinir notre festival. Le Jamais Lu est désormais davantage un rendez-vous de prise de parole et d’échanges qu’une vitrine de textes en attente d’être produits sur scène. S’il y a des suites aux lectures de pièces que l’on présente, on est évidemment contents, mais ce n’est plus sous cet angle-là qu’on envisage le festival.

Sous quel angle, alors ?

Celui d’une nécessaire prise de position sur un monde et ses enjeux actuels. Les projets qu’il nous intéresse d’accompagner sont ceux qui résonnent aujourd’hui et maintenant. Pas nécessaire que l’auteur s’affirme comme militant, mais obligé qu’il soit un être préoccupé. Cette année, on a reçu 70 propositions : les beaux rôles pour les beaux acteurs n’étaient pas dans notre mire. Nous cherchions plutôt des paroles fortes sur des sujets politiques au sens large, ancrés dans la collectivité.

La parole émergente reste votre fer de lance. Peut-on dire de Sté­phane Crête, programmé avec un texte tentant, Mau­vais goût, qu’il est un artiste émergent ?

Se cantonner à une génération ou à un âge limite serait d’une certaine façon ghettoïser la parole. D’ailleurs, Carole Fréchette et Lise Vaillancourt, auteures d’expérience, animent un salon littéraire participatif — où chacun apporte un plat à partager et un texte de 50 mots — qui pose la question « Où est-ce qu’on est ? » sous l’angle de la cohabitation des générations. L’avenir appartient-il toujours à la nouvelle génération ?

Après 10 ans au cœur du Plateau-Mont-Royal, le festival déménage aux Écuries, dans le quartier Villeray, lieu passable­ment décentralisé. Le public vous suivra-t-il ?

On est bien mieux ici, dans un vrai théâtre, avec les outils techniques adéquats. Notre défi consiste à recréer dans le bar une ambiance festive propice au prolongement des échanges entre artistes et public. Pour ce faire, on a invité des DJ à l’animation et imaginé un cocktail, le « Jamais Bu », à base de gin et de vodka. Si je n’étais pas nouvelle maman, j’y collerais tous les soirs.

Festival du Jamais Lu, Théâtre Aux Écuries, à Montréal, du 4 au 11 mai, 514 328-7437.

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