Le Festival TransAmériques : les yeux de Falcon

Festival TransAmériques, à Mont­réal, du 26 mai au 11 juin, 514 844-3382, 1 866 984-3822.
Photo : Jocelyn MichelGrande myope, elle voit pourtant clair et loin. Grâce à elle, on a pu apprécier à Montréal le talent des Ariane Mnouchkine, Peter Brook, Bob Wilson ; découvrir des compagnies essentielles (tels le Wooster Group, Les ballets C de la B ou, cette fois-ci, la Schaubühne de Berlin) ; s’enflammer pour des spectacles percutants, novateurs. Depuis 1983 à la barre du Festival de théâtre des Amériques, qu’elle a rebaptisé Festival TransAmériques, en 2007, pour y adjoindre la danse, Marie-Hélène Falcon produit une affiche pleine de désirs, où se pressent mouvements des idées et des formes, nouvelles pensées et jeunes visages.

Grande myope, elle voit pourtant clair et loin. Grâce à elle, on a pu apprécier à Montréal le talent des Ariane Mnouchkine, Peter Brook, Bob Wilson ; découvrir des compagnies essentielles (tels le Wooster Group, Les ballets C de la B ou, cette fois-ci, la Schaubühne de Berlin) ; s’enflammer pour des spectacles percutants, novateurs. Depuis 1983 à la barre du Festival de théâtre des Amériques, qu’elle a rebaptisé Festival TransAmériques, en 2007, pour y adjoindre la danse, Marie-Hélène Falcon produit une affiche pleine de désirs, où se pressent mouvements des idées et des formes, nouvelles pensées et jeunes visages.

Après presque 30 ans à la direction générale et artistique, la passion ne décline-t-elle pas un peu ?

— S’il y avait eu un modèle de festival reconduit chaque année, c’est sûr que je m’y serais ennuyée. Mais il se renouvelle à tous coups et m’oxygène. Le monde est vaste, et j’ai fondé le FTA pour prôner l’ouverture — des yeux, des frontières — et l’échange. Je garde appétit et enthousiasme intacts pour les créateurs.

Qu’attendez-vous des spec­tacles que vous allez pêcher un peu partout sur la planète ?

— Qu’ils me sortent de mes cer­titudes et connaissances. Je cher­che des artistes qui ont d’autres façons de décrypter le monde et d’anticiper l’avenir, qu’ils le fassent dans le silence intégral ou le délire technologique.

Dans votre quête de démarches artistiques de haute exi­gence, avez-vous une petite pensée pour le public ?

— Je choisis les spectacles selon ce que je suis, forcément ; ce n’est pas mon boulot de me demander ce que le public voudrait voir. Mais depuis le temps qu’on se fréquente, des atomes crochus se sont créés entre le public du Festival et moi. Il est curieux, hardi, paré aux ébranlements. Un nombre important de gens achètent le forfait « 13 spectacles et plus » sans rien connaître des créateurs annoncés (Richard Maxwell, Lemi Ponifasio, Daisuke Miura, par exemple), mais assurés de spectacles qui rompront avec la production dominante.

Photo : Jocelyn Michel

Quel fil relie la trentaine de spectacles que vous avez rassemblés ?

— Il est beaucoup question de l’homme aux prises avec les systèmes qu’il s’est érigés — politique, économique, moral — et au sein desquels il tente de trouver sa place.

Plus que jamais au pro­gramme : du théâtre-danse, de la danse-théâtre, du film-performance, et quoi encore ?

— Tant que les croisements sont fertiles et signifiants, je prends ! En 2011, à l’instar d’autres festivals dans le monde, le FTA accueille une majorité de créateurs de moins de 40 ans, qui utilisent les moyens de leur génération, osent tous les rapproche­ments entre les disciplines, veulent élargir l’espace de la représentation, réclament un public actif. Ainsi, Marie Brassard (Moi qui me parle à moi-même dans le futur) revendique le droit de créer devant et avec le spectateur. Daniel Danis (Mille anonymes : Hommage aux sociétés dis­parues) veut responsabiliser le public en lui offrant un texte troué — où il manque des mots dans la phrase — qu’il doit reconstituer.

Au lecteur qui ne peut se payer qu’un seul spectacle, lequel suggéreriez-vous, sans faire de la peine aux autres ?

El final de este estado de cosas, redux, d’Israel Galván, de Séville, extraordinaire danseur qui dit apprendre plus d’un match de foot que d’un spectacle de danse. Entouré de musiciens de flamenco, de jazz et de heavy metal, ce lecteur de la Bible réinvente son art et livre une puissante variation de l’Apocalypse — de la prostituée de Babylone jusqu’au conflit israélo-libanais !

Festival TransAmériques, à Mont­réal, du 26 mai au 11 juin, 514 844-3382, 1 866 984-3822.

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