Le fils de l’Autre : quand on devient son pire ennemi

Non, je ne fais pas une fixation sur le Moyen-Orient. Mais le hasard veut que deux films qui ont pour toile de fond le conflit israélo-palestinien soient entrés dans les vidéoclubs à une semaine d’intervalle… Et ce sont deux fort bons films : Inch’Allah, d’abord, puis Le fils de l’Autre, dont il est question ici.

https://www.youtube.com/watch?v=F0i4CaXvG6k

Au moment où il s’apprête à faire son service militaire obligatoire, Joseph, jeune Israélien de 18 ans, apprend qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents. Quelques heures après sa naissance, un missile Scud est tombé sur l’hôpital où il est né et, dans l’affolement, les infirmières en charge de la maternité ont malencontreusement échangé les deux bébés qui s’y trouvaient.
Or, l’autre bébé, Yacine, était le fils d’un couple de palestiniens.
Au moment où la vérité éclate, les deux familles se trouvent plongées dans une crise majeure. Non seulement leur fils n’est pas le leur, mais, pour ajouter l’insulte à l’injure, il appartient au camp ennemi.
La cinéaste et scénariste Lorraine Lévy (sœur cadette du romancier Marc Lévy) s’attarde aux réactions des membres de la famille et des autorités religieuses. Et surtout à la réaction des deux jeunes adultes. Car leur désarroi est grand. Imaginez si vous aviez vécu toute votre vie dans une famille indépendantiste de Chicoutimi et qu’on vous apprenait que vos véritables parents sont deux red necks de Cold Lake, dans le nord de l’Alberta!

Le fils de l’Autre est une œuvre à la fois forte et équilibrée. Lévy aurait facilement pu verser dans les clichés. Les deux ados sont des jeunes tout ce qu’il y a de plus ordinaires, pas extrémistes ni militants. Il aurait été facile de mettre en opposition un «faux» juif qui milite en faveur de la colonisation et un «faux» palestinien prêt à se faire exploser pour la cause. En évitant ce piège, la réalisatrice offre une film sensible.

La distribution est magnifique. À commencer par les deux mères qui ont élevé un fils qui n’est pas le leur. Emmanuelle Devos, dans le rôle de l’Israélienne, et Areen Omari, dans celui de la Palestinienne, incarnent parfaitement ces deux femmes fortes qui réussissent à tenir unie leur famille respective, au bord de l’éclatement.

Et la relative facilité avec laquelle Joseph et Yacine, interprétés par le français Jules Sitruk et le belge Mehdi Dehbi, s’accommodent de la nouvelle situation donne une leçon de diplomatie dont les dirigeants Israélien et Palestinien devraient s’inspirer.

Après tout, le film nous montre que ces deux peuples, qu’en apparence tout divise, sont peut-être plus semblables qu’ils ne le croient. Un juif et un arabe n’ont-ils pas vécu la vie de l’autre, sans que personne ne s’en aperçoive ni se porte plus mal?

Le fils de l’Autre est nettement moins politisé que Inch’Allah, le très beau film d’Anaïs Barbeau-Lavalette, même si l’action se déroule dans les mêmes lieux. C’est d’ailleurs leur seul point commun. Car là où l’un dresse un constat extrêmement sombre de la réalité israélo-palestinienne, l’autre fait souffler un vent d’espoir.

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