Le folk de Leif

L’auteur-compositeur-interprète Leif Vollebekk (plus facile à prononcer qu’à orthographier) pense tout haut : « Il me semble que la vie était plus claire avant Internet. Ça ne prenait pas 15 courriels pour régler ce que l’on pouvait faire en 10 minutes au téléphone. » Il dit : « J’ai un nez romain », puis ajoute, sans que l’on voie le rapport : « Je joue de la vieille musique. »

Le garçon a de l’humour et du talent, confirmé par un premier album, Inland, paru en 2010. Un disque de folk, irisé de blues et de country, à la fois minimaliste et luxuriant, porté par des mélodies embrasseuses et une voix mouvante.

« Plus jeune, je trouvais les paroles des chansons “désintéressantes”. Pour moi, elles entra­vaient la musique. » Jusqu’à ce que Leif découvre « Simple Twist of Fate » : depuis, il reste accroché à Bob Dylan, mais écoute aussi Tom Waits, Neil Young, Bruce Springsteen. Du monde de son âge — 26 ans —, comme on le constate ! « Pour le moment, écrire des chan­sons, c’est ce que je peux faire de mieux. » Sinon, il donne des spectacles (quelque 200 en deux ans, aux États-Unis et en France), lit beaucoup, cuisine pas mal (un pouding-chômeur fortement imbibé de sirop d’érable), participe au premier effort solo de Julien Sagot, de Karkwa, à titre de guitariste, pianiste, harmoniciste, violoniste, choriste et arrangeur.

Le multi-instrumentiste se réclame de Dylan, mais on le compare surtout à Patrick Watson. « Si ce raccourci permet aux gens d’adopter ma musique, je suis content. Au fond, je fais de l’americana. Normal pour un Canadien d’aimer la musique américaine, non ? »

Son deuxième album, fin prêt à sortir, contiendra-t-il plus de français ? « Euh… moins. » Le premier comprenait trois lignes, signées… Verlaine. « C’est dur à égaler ! On sécrète ce qu’on ingère, et j’écoute essentiellement des songwriters des années 1970. »

Né à Ottawa, installé à Montréal, Leif parle franglais avec ses amis, français avec sa mère franco-ontarienne, anglais avec son père aux racines norvégiennes — racines que le fils fait vibrer au petit-déjeuner en s’envoyant fromage de chèvre et saumon cru.

Durant ses études de philosophie, il a passé un an en Islande à apprivoiser la langue et à composer, exalté par les fjords et les aurores boréales, la moitié des titres de son premier album. « Quand j’écris, j’ambitionne de trouver un sujet que n’aurait pas abordé Bob [Dylan] ou Tom [Waits]. Je cherche un coin du monde dont personne n’aurait encore parlé. »

Il s’appelle Leif Vollebekk, tâchez de vous en souvenir !

En première partie du spectacle de Cœur de pirate le 24 février au Métropolis, à Montréal. On me dit que c’est complet ; comment, vous vous laissez abattre ? Que je vous voie !

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