Le folk givré de «Sugar Man»

Un curieux voyage dans le temps ramène Sixto Rodriguez sur scène.

Sixto Rodriguez, alias «Sugar Man» sera à l'Olympia le 13 septembre. (Photo: R. Ricciuti/Redferns/Getty Images)
Sixto Rodriguez, alias «Sugar Man», sera à l’Olympia de Montréal le 13 septembre. (Photo: R. Ricciuti/Redferns/Getty Images)

L’album Cold Fact, de l’Américain Sixto Rodriguez, figure en bonne place parmi les choix de nombreux amateurs de musique. Les 12 titres sont tissés d’un folk de « qualité Bob Dylan », joué la plupart du temps à la guitare électrique. Les textes, élégants et légèrement rebelles, sont enrobés d’arrangements riches faisant appel au xylophone, aux cuivres et à des effets sonores un peu spatiaux. Du très bon folk givré de celui qu’on a surnommé « Sugar Man », d’après le titre d’une de ses chansons. Pour les curieux, il sera à Montréal le 13 septembre, sur la scène de l’Olympia.

Sixto Rodriguez en 1971, année de son deuxième album. (Photo: Moviestore/Rex/PC)
Sixto Rodriguez en 1971, année de son deuxième album. (Photo: Moviestore/Rex/PC)

Jusqu’ici, rien de bien particulier, non ? Sauf que Cold Fact a été lancé en… 1970 ! Ce premier disque de Rodriguez a ressurgi des limbes en 2013, après que le film Searching for Sugar Man, qui raconte son étrange et fascinant parcours, eut reçu l’oscar du meilleur documentaire. Un prix qui a servi de catalyseur et a relancé la carrière de l’artiste.

Le musicien originaire de Détroit a aujourd’hui 74 ans. Son parcours, tel qu’il est décrit dans le documentaire, a quelque chose de magique. Le guitariste a connu la gloire en Afrique du Sud pendant l’apartheid, et ce, à son insu. Ce ne serait que bien plus tard, alors qu’un Rodriguez plutôt secret gagnait péniblement sa vie dans sa ville natale, que les cinéastes lui auraient appris son statut presque mythique — on le croyait même mort. Cela l’aurait poussé à remonter sur scène.

La réalité est en fait plus complexe et moins romantique que celle racontée dans le film : l’album Cold Fact ainsi que son deuxième disque, Coming From Reality, avaient déjà été réédités dans plusieurs pays avant la diffusion du film. Il faut donc en prendre et en laisser sur ce que raconte Searching for Sugar Man.


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Ce qui reste de tout ça, c’est l’étrange impression de faire un voyage dans le temps, d’écouter un disque génial mais oublié, près de 45 ans plus tard. Rodriguez fait réfléchir à la valeur de l’œuvre dans le temps, au jugement souvent rapide que l’on pose sur un travail artistique à l’ère des réseaux sociaux. Certains albums, comme le vin, ont un potentiel d’amélioration au fil des années et des décennies.