Le grand méchant doux

Il a une tête de voisin d’en face, des yeux écarquillés sur le monde, un baccalauréat en actuariat. Il pratique un humour dont on ne parle pas à table: trash, brutal. Ce n’est pas un parangon de raffinement, mais l’humour sert aussi à transgresser les tabous. Jean-François Mercier (coauteur des Bougon, comédien dans Virginie) se la joue «baveux», mais peut trembler comme une lyre. La tourterelle déguisée en ours n’en finit plus de sillonner le Québec avec Le show du gros cave, mais prend le temps de répondre à nos questions profondes!

Photo : Jocelyn Michel

Complétez: «Jean-François Mercier est vulgaire, mais…» Mais il l’est moins que la réalité peut l’être. La vulgarité feinte de Mercier peut déranger certaines personnes, mais la vulgarité de la réalité devrait déranger tout le monde.

Autoportrait? Si je faisais mon autoportrait, j’aurais peur de ne pas me ressembler parce que je me ferais sûrement beau.

Votre look? Je porte du beau linge à la mode, mais malheureusement, j’ai une vieille face.

Incarnation dans une autre vie? Je choisirais de me réincarner en dauphin, symbole de liberté et d’intelligence. En plus, c’est un cétacé super sympathique.

Fantasme? J’ai les fantasmes des hommes: danser en tutu avec un ours polaire, me faire épiler les parties à la cire chaude par une gardienne de prison… Les classiques quoi!

Type de femme? Celle avec de beaux yeux, enjouée, souriante, qui est contente d’être une femme. Le physique a une certaine importance aussi. Une femme avec un pénis, ça fuck un peu mes fantasmes.

Drogue favorite? L’oxygène. Je suis vraiment accro, c’est rendu que j’en sniffe plusieurs fois par minute. J’ai essayé d’arrêter, mais le manque a failli me tuer.

Motif de révolte? L’injustice, l’incompétence. Et quand je suis incapable d’enlever, sans la briser, la pellicule plastique sur ma tranche de fromage Single.

Un bon gag, c’est…? Celui que, quand je l’entends, je regrette de ne pas avoir écrit.

Qu’est-ce qui vous fait pleurer? Je serais tenté de répondre les choses tristes. Je pleure après une très grande colère, après une très grande injustice. La tristesse, la colère et l’injustice sont trois choses intimement reliées.

Que faire pour la planète? Faire moins d’enfants. On détruit la planète, non pas parce qu’on pollue trop, mais parce qu’on est trop nombreux à polluer, on est trop nombreux à partager les mêmes ressources. Si on était un million d’êtres humains sur terre, au lieu de sept milliards, on pourrait tous posséder quatre Hummer sans aucune incidence sur l’environnement.

Politique =? Je suis assez cynique face à la politique parce que j’ai l’impression qu’aucun véritable changement ne peut se faire par cette voie. Ce sont les lobbys et les entreprises puissantes, qui emplissent les caisses électorales, qui imposent leur volonté. Les entreprises n’ont pas d’âme. Elles ne veulent que faire du profit et ce, sans égard au bien-être des populations. Le système s’entretient et se défend contre les tentatives de changement et la politique fait partie du système, donc le défend et l’entretient.

Virginie? Beaucoup de plaisir à enregistrer les émissions et beaucoup de plaisir à déposer les chèques qu’elles me procurent.  

Riche? L’argent est la mesure de notre liberté et quand on en a vraiment beaucoup, notre liberté empiète sur celle des autres et ça devient du pouvoir. Je peux dire que j’ai assez d’argent pour être heureux, mais je n’en ai pas au point d’être perverti par lui.

Sport?Je m’entraîne au gym, je cours avec mon chien et j’ai commencé le vélo. Je fais au moins une heure d’activité physique intense chaque jour. Cela se voit, non?

Adversaire sur un ring? Dans un monde idéal, il faudrait qu’il soit beaucoup plus gros que moi, mais beaucoup moins fort. Comme ça, j’impressionnerais les filles.

«Gros cave», vraiment? On est toujours le cave de quelqu’un d’autre et, d’ordinaire, quand on trouve qu’une personne est cave, elle nous le rend bien. Par contre, j’aime beaucoup avoir du plaisir et ça, certaines personnes trouvent ça très cave.

Bye Bye 2008? On est en 2009. Il y a plein d’enjeux et de défis à relever…

Respect pour? Tous ceux qui ont le courage et l’humilité d’avouer qu’ils ont jugé trop vite et font l’effort de revenir sur leur jugement. On peut penser bâtir une meilleure société avec des gens comme ça.

Si ça se terminait demain? Il y a une couple d’affaires qu’on ne pourrait pas m’enlever et je peux dire que je mourrais heureux.

Dieu? S’il a vraiment fait l’homme à son image, ça m’a l’air d’être un joyeux crosseur.

Un mot sur Kierkegaard? Au Scrabble, il pourrait être payant, mais c’est un nom propre! De toute façon, il n’y a qu’un « k » dans le jeu, alors, c’est foutu.  Kierkegaard: un grand croyant qui a inspiré un mouvement d’athée. Pas si surprenant que ça, quand on sait que l’ironie était le sujet de sa thèse de doctorat.

Épitaphe?  «Jean-François Mercier voulait rendre les autres heureux. Pour certains, il a réussi de son vivant. Pour les autres, il a réussi en mourant.»

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Le show du gros cave, Cégep de l’Outaouais, à Gatineau, le 30 juin, puis les vendredi et samedi, du 3 juill. au 29 août, 613 755-1111; Théâtre Saint-Denis, à Montréal, les 2 et 3 oct., 514 790-1111. www.legroscave.com