Blaise Renaud, le libraire rebelle

À 29 ans, Blaise Renaud, héritier du groupe Renaud-Bray, veut changer les règles du commerce du livre. Et tant pis pour les partisans de la solidarité livresque. Portrait d’un businessman qui n’a jamais voulu être un artiste.

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Blaise Renaud dans son bureau de la rue Saint-Denis, à Montréal. Depuis son arrivée en poste, en 2011, il a ouvert six nouvelles succursales dans un marché pourtant en stagnation. – Photo : Julia Marois

Je n’ai pas la berlue. Dans le bureau où me reçoit le PDG du plus grand réseau de librairies francophones d’Amérique, les murs sont tapissés d’images de femmes nues.

Il y a des affiches de films pornos des années 1960 et 1970 aux titres aussi évocateurs que… The Pink Pussy et Rent-a-Girl. Une œuvre pop art représentant une pin-up flambant nue, penchée dans une posture lascive. Et le clou de la collection, une photo grand format d’Anne-Marie Losique à poil sur son cheval, dédicacée au crayon-feutre : « À Blaise, mon homme préféré, forever yours. XOXO »

Le grand patron de Renaud-Bray a 29 ans, il est baveux, il est seul aux commandes et il fait ce qu’il veut. Depuis qu’il a pris, en 2011, la tête de la chaîne de librairies créée par son père, Blaise Renaud passe aux yeux de certains pour un visionnaire osé, qui fait fi des conventions pour sauver du naufrage une industrie poussiéreuse. Mais pour d’autres, c’est le fils du boss fendant qui se croit tout permis et qui, par son arrogance, risque d’entraîner par le fond l’ensemble du milieu du livre québécois.

« C’est une bête à part », dit Anne-Marie Losique, PDG de la chaîne de télé érotique VividTV, sa bonne amie depuis une dizaine d’années. « Blaise fait les choses à sa manière, il est complètement indépendant. Alors, bien sûr que ça agace terriblement. C’est le propre des gens qui font bouger les choses. »

En moins de quatre ans à la barre de l’entreprise, qui fêtera en 2015 son demi-siècle d’existence, Blaise Renaud a réussi à s’aliéner à peu près tous les acteurs du milieu qui l’a vu grandir. On dit qu’il est belliqueux, dur, impitoyable envers ceux qui lui résistent ; un « petit tyran » qui aime montrer son pouvoir, un revanchard de « cour d’école », un « trader qui serait mieux à Wall Street ». Un « petit PKP du livre ». Et on préfère le murmurer sous le couvert de l’anonymat, car le jeune homme aurait déjà privé de visibilité en magasin les livres d’un éditeur (Lux) et d’un illustrateur (Philippe Béha) qui l’avaient publiquement critiqué.

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Le climat s’est envenimé de plus belle depuis qu’une querelle a éclaté entre Renaud-Bray et Dimedia, l’un des plus importants distributeurs de livres du Québec. Le printemps dernier, Renaud-Bray a brusquement changé la façon de payer ce fournisseur, et Dimedia a répliqué en privant son client de livraisons. Nombre de canons de la rentrée sont donc introuvables dans ses rayons, un désastre pour tout le monde, puisque Renaud-Bray accapare normalement le quart des ventes de livres au Québec. L’affaire sera jugée en cour l’an prochain. Pascal Assathiany, patron de Dimedia, a préféré s’abstenir de commentaire pour cet article.

Or, derrière ce différend commercial pointu se dessine un affrontement plus profond : un conflit de valeurs sur la meilleure manière de brasser des affaires dans le fragile secteur de la culture. Devrait-on vendre les livres comme on vend la musique classique ou les boîtes de con­serve ? En se serrant les coudes ou chacun pour soi ? Blaise Renaud, lui, a choisi son camp.

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Contrairement à son père, Pierre, que certains décrivent encore comme « un vrai libraire », Blaise se considère comme un commerçant dans l’âme. « Si j’avais une chaîne de 30 magasins de souliers, dit-il, j’aurais le même plaisir à gérer mon entreprise. Il y a des enfants qui rêvent de devenir pompiers. Moi, j’aimais être au magasin et regarder comment la caisse fonctionnait. » Dans son bureau envahi de paperasse, au deuxième étage de la succursale de la rue Saint-Denis, à Montréal, il n’y a pas beaucoup de livres, à part la pile de bouquins qui sert de socle à l’écran d’ordinateur.

À son avis, l’industrie du livre est « fondamentalement malade ». « Le marché refuse de se restructurer. De mon côté, je fais preuve de dynamisme, j’innove. Je suis quelqu’un de très critique, je n’ai pas de temps à perdre. Je ne peux pas arriver dans l’industrie du livre à 29 ans et dire : “Eh bien, les choses sont telles qu’elles sont, je vais m’asseoir et croiser les doigts en espérant que ce réseau déjà chambranlant tienne.” En ce moment, tout le monde semble attendre que ça s’effondre. »

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Blaise Renaud et son père, Pierre, en 2006. Ce dernier a fondé la chaîne avec Edmond Bray en ouvrant une première librairie sur le chemin de la Côte-des-Neiges, à Montréal, en 1965. – Photo : Jean-François Bérubé

Très grand, l’allure décontractée avec sa barbe de quelques jours, son jean et sa chemise froissée, Blaise Renaud dégage un calme glacial, une froideur mathématique, avec son ton de voix toujours égal, ses yeux vert noisette curieusement dépourvus d’étincelles. Ce qu’il veut, c’est secouer la « chaîne du livre », une structure établie au début des années 1980 en vertu de la loi 51. Cette loi définit les obligations de chaque maillon de la chaîne et la part du gâteau qui revient à chacun : qui doit s’appro­visionner où, qui peut vendre quoi, quand, à qui. Un carcan « contraignant et désuet » aux yeux de l’entrepreneur. « La chaîne du livre est une ineptie, dit-il. On parle comme si chacun dépendait de l’autre, était responsable de l’autre. J’ai toujours considéré que ça tendait à déresponsabiliser les acteurs. C’est à chacun, dans un marché concurrentiel, d’établir sa mission. Cette industrie laisse très peu de marge de manœuvre aux libraires. Moi, je souhaite le décloisonnement. » Pas question, pour lui, d’ajouter une autre couche de règlements au système : il est parmi les rares acteurs de l’industrie qui se sont opposés au projet de réglementation du prix du livre.

Blaise Renaud n’est pourtant pas le seul libraire à espérer des réformes. D’autres que lui se demandent comment affronter la montée du livre numérique ou la menace des géants Walmart, Amazon et compagnie. Les ventes de livres ont reculé de presque 10 % au Québec de 2009 à 2013, selon l’Observatoire de la culture et des communications. Les chaînes comme Renaud-Bray et Archambault échappent pour l’instant à ce déclin ; leur part du marché du livre et les recettes qu’elles en tirent ont même continué d’augmenter au cours de cette période. Pendant ce temps, les indépendants ont perdu plus de 20 % de leurs ventes, une catastrophe. « Personne ne pense que Blaise a tort à 100 %. C’est l’absence de travail en commun qui dérange, cons­tate Ianik Marcil, économiste indépendant qui a été expert-conseil auprès de l’association des distributeurs de livres. « Tous les secteurs économiques, que ce soit l’industrie de la métallurgie ou les pomiculteurs, maintiennent un degré de collaboration, pour s’en tirer mieux collectivement. Lui, ça lui est totalement étranger. Après lui le déluge. Personne dans le milieu n’est capable de lui parler, et lui ne veut parler à personne. »

Des réformes, donc, d’accord, disent certains acteurs, mais pas au prix de la solidarité, sans laquelle, croient-ils, tout l’écosystème pourrait s’écrouler comme un château de cartes. « Si un chaînon saute, on a tous des problèmes. Alors il faut se soute­nir. Lui ne le voit pas. Ce qu’il voit, c’est son seul profit », dit Françoise Careil, propriétaire de La librairie du Square, sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal.

Que Renaud-Bray soit néanmoins arrivé à ouvrir six nouvelles succursales depuis son arrivée en poste, dans un marché qui stagne, c’est le signe que son président a du flair, estime Renaud Legoux, professeur de marketing à HEC Montréal et spécialiste en gestion des organismes culturels. « L’un des éléments essentiels pour une librairie est la localisation. Et force est de constater que Renaud-Bray fait des bons choix : elle a bien suivi sa clientèle. » Quoi qu’on pense de sa personnalité, poursuit-il, Blaise Renaud n’est pas en position de gagner des concours de popularité : la « conjoncture » n’est pas de son côté. « C’est très difficile d’être inspirant dans ce contexte. Il a le vent dans la face. »

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Celui qui se décrit volontiers comme un « bulldozer » a connu une ascension orageuse au sein de son entreprise. Aîné de deux frères, Blaise n’avait pas 20 ans qu’il se voyait chef et ruait dans les brancards pour imposer ses vues. À 23 ans, il était déjà directeur commercial de la chaîne et mettait sur pied un entrepôt de distribution destiné aux commandes en ligne. Mais tous n’étaient pas aussi convaincus que lui de ses capacités, raconte Jacques Nantel, professeur de marketing à HEC Montréal, qui a siégé au conseil d’administration de Renaud-Bray dans les années 2000. Si le paternel voyait cette succession d’un bon œil, ses partenaires (dont le Fonds de solidarité FTQ, la SODEC et Sogides, actionnaires de la société à l’époque) y ont longtemps résisté. « Tout le monde s’entendait sur le principe qu’on ne lui donnerait pas les clés du char tout de suite. Le CA voulait qu’il fasse ses preuves, soit par un MBA, soit à l’interne, ou en allant travailler ailleurs. Mais qu’il fasse quelque chose d’éclatant. En fin de compte, c’est par une longue guerre d’usure que Pierre Renaud a réussi à imposer Blaise. » M. Renaud père, aujour­d’hui âgé de 75 ans, a refusé de se prêter à une entrevue pour cet article.

Pendant ces années, le jeune homme a aussi été en « conflit ouvert », dit-il lui-même, avec l’associé de son père, Jacques Floirat, qui s’occupait des aspects administratifs de la boîte ; un homme qu’il détestait et qui le lui rendait bien. Dans un dénouement digne d’une tragédie grecque, le cancer et la mort de ce rival, en 2011, ont achevé d’ouvrir la voie à l’aspirant.

Dans l’intervalle, le dauphin avait fini par s’exiler pour aller décrocher un MBA à l’École supérieure des affaires de Beyrouth, au Liban. L’établissement — dont le programme est classé 17e sur 20 au Moyen-Orient par l’agence de notation Eduniversal — ne se formalisait pas du fait que l’étudiant n’était titulaire ni d’un DEC (il lui manque un cours) ni d’un bac (il a fait quel­ques mois de droit à l’Université de Montréal).

Le fils n’a pas tardé à faire régner sa loi lorsqu’il a pris les rênes du groupe, en janvier 2011, à l’âge de 26 ans. Il a « fait le ménage » dans l’équipe de direction, dit-il, remplaçant plusieurs cadres qui s’opposaient à sa vision. Il a mis à exécution le plan de restructuration qu’il avait conçu, seul, au Liban : 100 points touchant des éléments aussi pointus que l’achat et le retour des stocks, les horaires de travail, la spécialisation du personnel, et dont les deux tiers, estime-t-il, ont à ce jour été réalisés. Il a durci le ton envers le syndicat (regroupant 13 succursales sur 33), notamment lors des négociations, qui se sont soldées par une grève en décembre 2013.

Sous sa gouverne, le CA est passé de six à deux membres : lui-même en est devenu le président, secrétaire et trésorier, tandis que Pierre Renaud est resté administrateur. Blaise a aussi rapatrié 100 % des actions de l’entreprise au sein du Groupe Renaud-Bray, une société de portefeuille dont Renaud père et son fils aîné sont les principaux actionnaires, démarche rendue possible par un prêt de 5,1 millions de dollars de la SODEC.

Et puis, très vite au cours de cette conquête, Blaise Renaud a écarté le patriarche.

La « cogestion », typique des entreprises familiales, très peu pour lui. L’homme tenait à être le seul maître à bord. « Il n’y a pas eu de chevauchement de rôles », racontait-il l’an dernier lors d’un colloque sur la relève d’entreprise à HEC Montréal. « Je ne suis pas quelqu’un non plus qui aime beaucoup dialoguer. Une fois que je suis convaincu de ma vision, je vais avoir des échanges sur la manière de la mettre en place, mais je vais rarement tomber dans un cycle de procrastination et faire semblant que c’est une discussion ouverte, un débat d’idées, alors que ce n’en est pas un. » Ainsi, bien que le fondateur, Pierre Renaud, continue de se présenter tous les jours au bureau, ses conseils ne sont pas sollicités.

Blaise Renaud est un héritier qui se définit comme un self-made man ; un successeur qui insiste pour dire qu’il y est arrivé tout seul. « Je suis un autodidacte. Je n’ai jamais eu de modèle ni de mentor. » Toute sa jeunesse semble pourtant l’avoir prédestiné à ses fonctions : les fins de semaine passées à la librairie, d’aussi loin qu’il se souvienne ; les soupers où il restait à table pour écouter les grands discuter business ; les jobs d’été à l’adolescence. Mais Blaise insiste : « Mon père ne m’a pas transmis énormément de choses. J’ai appris sur le tas. Je ne suis pas là parce que je suis le fils du boss. Je suis là parce que ce que je fais, jusqu’à preuve du contraire, c’est moi qui le fais le mieux. »

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Il faut remonter presque 20 ans en arrière pour comprendre les aversions qui déchirent l’industrie québécoise du livre. La solidarité que le PDG dédaigne aujourd’hui a jadis évité à sa famille de se retrouver à la rue. Et ça, ses critiques ne ratent jamais une occasion de le rappeler. « L’ensemble du milieu a soutenu Renaud-Bray. Il faut avoir la mémoire courte pour ne pas s’en souvenir », souligne l’ancien ministre Denis Vau­geois, président des éditions du Septentrion.

En 1996, après une tentative ratée d’expansion à Toronto, Renaud-Bray, criblée de dettes, se place sous la protection de la Loi sur la faillite. Un séisme dans le paysage culturel ! Ses créanciers sont pour la plupart des distributeurs. Pour sauver le libraire, ils acceptent d’éponger 70 % des sommes qui leur sont dues — un cadeau de cinq millions de dollars. À elle seule, Dimedia perd plus de 400 000 dollars dans cette mésaventure. Le Fonds de solidarité FTQ vole également à la rescousse de la société, y injectant 1,7 million de dollars en échange de 49 % des actions. Renaud-Bray survit, puis, en 1999, par un incroyable retour de fortune, elle avale ses rivales Champigny et Garneau (grâce à de nouveaux capitaux du Fonds de solidarité et de la SODEC) et devient la mégachaîne que l’on connaît. Au cours des 10 années suivantes, l’entreprise triplera son chiffre d’affaires.

Blaise Renaud, qui avait 11 ans à l’époque, se souvient, lui, de la violence de la déconfiture. À l’école Saint-Germain-d’Outremont, puis au collège Brébeuf, parmi les fils de politiciens et de banquiers, s’appeler Renaud n’avait soudain plus le même lustre. Il y a eu un temps où le petit Blaise s’efforçait (en vain) de cacher ses liens de parenté à ses camarades. « C’était un enfer. Je me faisais écœurer dans la cour de récréation, les autres kids me disaient que je n’aurais plus de maison dans trois semaines. Tout ce qu’il peut y avoir d’angoissant pour un enfant. » Le garçon en est ressorti durablement endurci.

C’est le seul moment, en trois heures et demie d’entrevue, où l’intraitable PDG a laissé entrevoir la blessure sous le téflon, le ressentiment sous la cuirasse. Nous avions quitté son bureau et venions de finir de dîner au comptoir de L’Express, chic bistrot français qui lui sert de cafétéria le midi ; un steak-frites et deux verres de vin avaient semblé quelque peu l’adoucir, l’animer. « Cette histoire de faillite a eu énormément d’impact sur mes parents, a-t-il admis. J’ai vu ces gens émotifs, le cœur sur la main, souffrir tellement de ce que les autres étaient capables de leur faire. Mélanger les émotions, le personnel et le business, c’est toujours un fiasco. » Du même souffle, il a eu, pour une rare fois, des mots bienveillants pour ce père vieillissant dont il semble d’ordinaire si soucieux de se démarquer. Ce père autrefois tout entier absorbé par ses affaires, qu’il n’a presque pas connu en dehors des murs d’une librairie. « Pierre a eu une vie difficile, a-t-il poursuivi, parce que les gens ont beaucoup profité de son côté amical et excessivement confiant. C’est pour ça aussi que je me suis détaché de l’industrie du livre. Parce que j’ai vu que toute cette prétendue amitié, ça marche quand ça les arrange. »

*     *     *

Que cherche Blaise Renaud à présent ? En début d’année, le jeune homme s’est porté acquéreur d’une librairie de la chaîne en faillite Chapitre, à Nice, avec un associé français. Une sorte de coup de tête. Là-bas, sur la Côte d’Azur, l’entrepreneur prend plaisir à accueillir les clients en magasin et ne rechigne pas à « frotter le plancher carreau par carreau », affirme-t-il, comme son père a dû le faire du temps où Renaud-Bray n’était qu’un simple local sur le chemin de la Côte-des-Neiges. « C’est un retour aux sources. »

Ses adversaires le soupçonnent de préparer en douce une expansion outre-frontières qui lui permettrait d’importer des livres directement de France, sans intermédiaire. Mais le principal intéressé se défend d’avoir un programme si précis en tête. « Pour l’instant, c’est comme un jouet. Est-ce que, dans cinq ans, j’aurai vendu la librairie de Nice ? Est-ce que j’aurai un réseau de 10 ou 15 librairies en France ? Est-ce que j’aurai augmenté mon nombre de points de vente au Québec, percé le marché anglophone, ouvert une succursale en Ontario ? Je ne sais pas. Moi, quand j’ai une chance, je la prends. » Et gare à ceux qui tenteront de lui barrer la route.

Les mots de Blaise Renaud

«La chaîne du livre est une ineptie. On parle comme si chacun dépendait de l’autre. C’est à chacun, dans un marché concurrentiel, d’établir sa mission.»

«Je ne suis pas là parce que je suis le fils du boss. Je suis là parce que ce que je fais, jusqu’à preuve du contraire, c’est moi qui le fais le mieux.»

«Je ne peux pas arriver dans l’industrie du livre à 29 ans et croiser les doigts en espérant que ce réseau chambranlant tienne. En ce moment, tout le monde semble attendre que ça s’effondre.»

Renaud-Bray en chiffres

33 points de vente

1 000 employés

125 millions de dollars de chiffre d’affaires

– Au 37e rang des 250 entreprises les plus admirées au Québec, selon un sondage Les Affaires-Léger Marketing réalisé en 2013

Le torchon brûle

Renaud-Bray est à couteaux tirés depuis avril avec Dimedia, l’un des quatre principaux distributeurs de livres au Québec. À l’origine du conflit, la décision du libraire de changer la façon de se faire rembourser les invendus : au lieu de payer à Dimedia la totalité d’une facture, Renaud-Bray a soustrait la valeur des livres invendus reçus précédemment et retournés entre-temps à son fournisseur. La norme dans le milieu est plutôt d’attendre que ces retours soient crédités sur une facture ultérieure.

En guise de protestation, Dimedia, qui représente quelque 300 éditeurs québécois et européens, dont Boréal et les Éditions du Seuil, a cessé d’approvisionner son client au mois d’avril. Renaud-Bray s’est procuré certains ouvrages chez d’autres fournisseurs, une pratique que Dimedia conteste, car elle estime avoir le droit exclusif de distribuer ces titres en sol québécois.

Dimedia s’est adressée aux tribunaux pour faire cesser ce qu’elle a qualifié d’«importation illégale de livres» et pour récupérer des sommes impayées qui s’élèveraient à plusieurs centaines de milliers de dollars. Le distributeur a perdu la première manche : sa demande d’injonction provisoire contre Renaud-Bray a été rejetée par la Cour supérieure du Québec en juin. Les adversaires croiseront à nouveau le fer l’an prochain, lorsque la demande d’injonction permanente de Renaud-Bray sera entendue en cour… À moins d’un règlement à l’amiable.

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Quel texte! Quel personnage inspirant! Il a raison, dans sa démarche. Les jérémiades de l’an dernier avec les libraires indépendants et le pleurnichage sur la place publique m’ont laissé de glace. Les temps ont changés et sachons nous adapter, je leurs suggérais entre autres, de s’associer afin d’augmenter leur pouvoir d’achats et concerrencer les grandes surfaces au lieu de se plaindre. L’important est de se positionner, peu importe ce que le voisin pense et faire fi de tous commentaires qui ne servent qu’à démolir. Je lui souhaite tout le succès qu’il mérite, de garder cette personnalité qui le distingue tout en militant pour maintenir ces liens libraires. C’est un excellent texte et je vous félicite au risque de me répéter, c’est une inspiration pour inciter d’autres entrepreneurs de sa génération à aller de l’avant.

Vraiment très bon article. Je ne me souviens pas d’avoir commenté un article sur internet mais je tiens à dire que l’écrire de l’auteure est fascinante de nuance, de points de vue différents, un je ne sais quoi qui nous fait vraiment voyager dans l’univers d’un personnage. Pas que je ne sois d’accords avec le personnage par contre! Très belle écriture. Bravo!

Blaise Renaud est un exemple de virilité avec tous ces cadres dans son bureau! Dommage que son man-power soit gaspillé dans les livres. D’ailleurs, y’a encore des gens qui lisent des livres?! Crissez-moi ça en Afrique les livres, ici c’est rendu les Kindle! Blaise devrait se recycler chez Aldo, au moins y’a plus de pitounes que dans une librairie… Anyway, vendre des livres ou des souliers, quelle est la différence?! Sa seule erreur de parcours a été de s’arrêter là où il aurait dû continuer. Pourquoi réduire le CA à deux personnes quand on pourrait complètement l’abolir?

Ben d’accord avec vote commenterre. Enfin, quel kun qui a pas peure des maux! Mercy de dire les vrai choses. 😉

demandez à ses employés comment ils les traitent et ferment les magasins où ils ont le malheur de demander un peu de respect

Je dis bravo à ce jeune homme ! Les affaires sont les affaires. Au Québec, quand on joue dur en affaires, on passe pour un écoeurant. Ailleurs dans le monde, on publie notre nom dans Forbes.

Il a raison: c’est dans un marché concurrentiel que le livre au Québec apprendra à survivre. Que les meilleurs gagnent. Si ce jeune entrepreneur se trompe, il sait très bien ce qui l’attend! Il prend des risques les yeux grand ouverts sur un marché en pleine transformation, il ne perd pas son temps dans les méandres du gouvernement à quémander de l’aide et à crier au loup.
Le réseautage, la solidarité, la stabilité sont des mots que le corporatisme québécois adore utiliser (le livre, le cochon, le lait, votre cérémonie funéraire, l’asphalte, le sirop d’érable, le fromage, le beurre et l’argent du beurre), mais cela ne change rien à la mondialisation en cours. Ce n’est pas avec de nouveaux règlements, de nouvelles subventions, ou une association nouvelle que l’industrie du livre tiendra tête à Amazon, Costco et compagnie, mais avec des entrepreneurs risque-tout qui n’hésitent pas à créer de nouveaux modèles d’affaires. Plusieurs failliront, mais certains sortiront du lot pour notre plus grand bien.
Dans l’épanouissement d’une culture, c’est l’accès au plus grand nombre qui compte, pas le maintien des règles des élites en place, qui veulent absolument conserver un accès garanti au lecteur. Il ne s’agit plus de se partager la tarte, mais de renouveler le menu.

«Ce n’est pas avec de nouveaux règlements, de nouvelles subventions, ou une association nouvelle que l’industrie du livre tiendra tête à Amazon, Costco et compagnie, mais avec des entrepreneurs risque-tout qui n’hésitent pas à créer de nouveaux modèles d’affaires.»

Je suis plutôt d’accord. Que mes trois livres (Leméac) ne soient plus vendus chez Renaud-Bray me fait perdre de l’argent et je ne suis pas sûr que j’apprécie le monopole de Dimedia, qui a l’exclusivité de la distribution pour le Québec. Mais c’est d’abord comme lecteur et italianisant que ça me concerne. Des innombrables traductions publiées en France – grand avantage comparé au marché anglophone, qui est refermé sur lui-même comme une huître – combien ne se rendent pas au Québec et pourraient s’y rendre s’ils étaient importés directement, comme voudrait le faire M. Renaud ?

Mais je ne serai pas hypocrite : il y a bien longtemps déjà que je passe par Chapitre.com ou par la FNAC ou telle autre librairie francophone en ligne quand je veux mettre la main sur (notamment) tous ces livres italiens qui, depuis plus d’un siècle, sont traduits en français (et dans beaucoup d’autres langues) mais pas en anglais. À plus forte raison pour les DVD avec du français dessus (films italiens, japonais, mexicains, etc), qui la plupart du temps ne sont disponibles ici qu’en anglais. Il suffit d’avoir un ami sûr qui achète pour vous à Bruxelles, Alger, Paris ou ailleurs et vous envoie ensuite les colis pour un prix (relativement) modique. Comme ça j’élimine à la fois Renaud-Bray et Dimédia, et voilà !

Mais je suis surtout d’accord avec vous de tout cœur qu’il faut en effet tenir tête à des méga-entreprises comme Amazon, et j’espère qu’au moment où nous nous parlons, des « entrepreneurs risque-tout », comme vous dites, réfléchissent au moyen de causer à Amazon et à son personnel le maximum de dommages possible. Comment faire pour éviter que mes livres se retrouvent en vente sur Amazon ? Ah, si seulement Leméac avait eu la présence d’esprit mettre des dames et des messieurs tout nus sur la couverture de mes ouvrages (qui ne traitent pas de sexe ou d’anatomie, mais qu’importe), ils ne se seraient pas retrouvés en vente chez Amazon, vu ses critères crétino-puritains (« Help ! Nudity ! »).

Dès lors qu’une entreprise contre laquelle on lutte est vraiment très grande, plus la disproportion est grande, plus tous les moyens sont bons et la morale peu utile, car il s’agit bel et bien d’une guerre.

Dont acte. Autant pour moi. Je croyais avoir compris que Leméac faisait partie des éditeurs qui avaient décidé de boycotter Renaud-Bray, en représailles contre sa décision unilatérale au sujet des invendus.

Je ne vais plus chez Renaud Bray depuis an. Très souvent, les livres que je cherche n’y sont pas (pourtant des bestsellers), alors qu’ailleurs on en retrouve des piles et des piles.

Je me fous de la raison qui explique cette situation. Le résultat ne change pas : Renaud Bray ne vend pas ce que je cherche. Heureusement, des libraires, il y en partout. Je vais donc ailleurs… et mon argent aussi. C’est ça, la loi du marché. Et personne, pas même Blaise Renaud, peut le changer.

Félicitations pour l’écriture de cet article qui permet de se faire notre propre idée du « personnage ».

C’est impressionnant ce qu’il a réussi a faire, à une si jeune âge, mais il est loin d’un self-made man. Autant doué qu’il soit, je doute fort qu’il aurait été directeur commercial à 23 ans si son père avait été chauffeur de taxi.

Et pourquoi est-ce que cet article est un « Portrait d’un businessman qui n’a jamais voulu être un artiste. »? Autant que je sache, il n’est pas artiste maintenant. Ne l’a jamais été. N’a pas ambition de l’être.

Puisque je suis de ceux qui estiment les libraires, j’essaierai dorénavant de m’abstenir d’acheter des livres dans une boîte qui pourrait tout aussi bien nous vendre des bottines ou de l’engrais. Remarquez, je n’ai rien contre les artisans honnêtes qui produisent de l’engrais ou des bottines, par contre, les marchands pour qui tout le monde et tout est pareil sauf leur petite personne ne méritent pas mon appui.

Voilà où je me procure mes livres, par ordre de préférence:

Bibliothèque municipale
Bibliothèque nationale du Québec, livres numériques
Amazon.com en anglais d’abord, 15% de rabais et plus, en français ensuite 5% de rabais et moins
Costco, dont le choix est limité
Renaud-Bray, pas si mal mais médiocre pour les titres spécialisés
Librairie Pantoute, très occasionnellement

Le propriétaire de Renaud Bray est sur la bonne voie, mais il a des croûtes à manger

Désolée mais la librairie Pantoute est une vraie librairie de conseils où les libraires, des passionnés, lisent. Les livres ne servent pas de socle à un écran d’ordinateur.

Blaise Renaud. Probablement le pire président d’entreprise du Québec. Depuis qu’il a mis une nouvelle structure de ressources humaines, ses gestionnaires en dessous de lui ne font que mettre de la pression sur les employés. J’entend très souvent que les employés ne sont pas contents, même extrêmement tristes et affectés par l’attitude des gestionnaires. Les anciens dirigants de Renaud-Bray n’avaient pas cette mentalité. Ils respectaient les employés.

C’est amusant que vous mentionniez Pascal Assasthiany dans votre article. Un autre genre de tyran, d’une autre génération, mais qui serait tout aussi redoutable s’il avait les moyens de Blaise Renaud. Pas étonnant qu’il n’ait pas voulu commenter : ces requins-là se reconnaissent entre eux et, s’ils ne s’aiment pas forcément, se respectent — dans la mesure exacte où ils méprisent tous les autres êtres humains.

Bonjour
« Jacques Floirat, qui s’occupait des aspects administratifs de la boîte ; un homme qu’il détestait et qui le lui rendait bien. Dans un dénouement digne d’une tragédie grecque, le cancer et la mort de ce rival, en 2011, ont achevé d’ouvrir la voie à l’aspirant. »

Voyez vous Jacques Floirat était mon père et de dire qui le lui rendait bien, vous devriez faire vos recherches avant d’écrire ces mots… Oui ce n’étais pas le grand amour mais pas au même titre qu’il peut le dire !

Audrey Floirat
Filles de Jacques Floirat

Quel homme antipathique! Je commence à me demander si, pour être un gestionnaire efficace, il ne faut pas être un peu sociopathe! Le passage que me scie un peu : « Dans l’intervalle, le dauphin avait fini par s’exiler pour aller décrocher un MBA à l’École supérieure des affaires de Beyrouth, au Liban. L’établissement — dont le programme est classé 17e sur 20 au Moyen-Orient par l’agence de notation Eduniversal » Je ne connais pas grand chose aux affaires, mais il me semble qu’un génie des affaires est un génie des affaires et serait donc capable de suivre le programme d’une école de renom, et non un pis-aller de ce genre?

Après la lecture de ce document, je vous certifie que je ne retournerai plus chez Renaud Bray.

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