Le malaise québécois

J’aime lire et entendre Mathieu Bock-Côté, dans ses analyses nuancées comme dans ses emportements. Du haut de sa jeune trentaine, ce sociologue s’impose déjà comme l’un des intellectuels les plus brillants du Québec. C’est un surdoué. Il écrit comme un dieu et, puisqu’il le sait, il se regarde parfois écrire comme d’autres s’écoutent parler. On le lui pardonne et on s’incline devant la lucidité quasi cruelle de son regard.

Nous vivons, soutient-il dans son nouvel essai, une « fin de cycle ». Cinquante ans après le début de la Révo­lution tranquille, le Qué­bec ne sait plus trop où il en est. Mathieu Bock-Côté constate que cette fin de cycle n’a rien de joyeux. « Les grands hommes d’hier sont devenus de charmants grands-pères. Ils appartiennent à l’histoire, certes, mais ils ne la feront plus. Ce n’est pas que la souveraineté fasse peur aux Québécois, c’est que la question nationale les lasse.»

S’il fallait résumer son livre en une question, ce serait celle-ci : pourquoi la souveraineté du Québec a-t-elle échoué et quelles sont les conséquences de cet échec ?

Dans l’attente d’une « refondation », le Québec est déboussolé, dépourvu de repères idéologiques. Dans ce pénible entre-deux, les Québécois s’en remettent aux partis « ni-ni » (ni souverainistes ni fédéralistes, ni de gauche ni de droite). Sensibles aux appels populistes, ils se jettent sans trop réfléchir dans les bras du NPD, comme ils l’ont fait le 2 mai dernier. Ils délaissent la vie publique pour se réfugier dans la vie privée. Ils s’américanisent, s’angli­cisent, se désengagent.

Comme bien des intellectuels de sa génération, Mathieu Bock-Côté convie à un renforcement identitaire et condamne le multi­culturalisme. À ses yeux, renoncer à l’idéal d’indépendance et devenir des citoyens du monde mène les Québécois à l’agonie, à leur propre folklorisation.

Pour mener à bien une « refondation » de l’identité collective des Québécois, il faudra per­dre cette mauvaise habitude que nous avons de faire table rase de notre passé. Il faudra changer, sans les renier, quatre siècles d’histoire. À la Révolution tranquille, nous avons fait l’erreur de balayer notre passé, et nous en payons le prix.

Mathieu Bock-Côté en appelle à la reconstitution d’un conservatisme moderne, à un regard critique sur la modernisation de la société québécoise. Cette fin de cycle qu’il décrit si bien a tout de même un côté positif, estime-t-il. « Le nouveau cycle qui s’enclenche pourrait amener une grande réconciliation de plus en plus souhaitée entre la mémoire du Canada fran­çais et celle du Québec moderne. »

À ce propos, il faut absolument lire l’épilogue, intitulé « Mon conservatisme ». Dans un récit qui remonte aux racines fami­liales de son engagement, Mathieu Bock-Côté raconte qu’il devait avoir sept ou huit ans lorsque son père, his­torien, lui faisait jouer un trente-trois tours réunissant les discours du général de Gaulle. Voilà une anecdote qui aide à mieux comprendre ce personnage unique qu’est Mathieu Bock-Côté…

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L’art du roman

lapratique

 Sous la direction de François Ricard et Isabelle Daunais, de l’Université McGill, huit écrivains livrent leurs réflexions sur la pratique du roman. Gilles Archambault, Nadine Bismuth, Trevor Ferguson, Dominique Fortier, Louis Hamelin, Suzanne Jacob, Robert Lalonde et Monique LaRue expriment leur conception du roman. Gilles Archambault signe un texte fort émouvant.

Il résume la puissance de l’art romanesque en quelques lignes : « Je dois tout à la littérature. Donc au roman. C’est par lui que j’ai su pour la première fois qu’on pouvait à la fois échapper au réel et le comprendre. »

La pratique du roman
Boréal, 144 p., 15,95 $

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