Le mois de Marie

Physiquement, vocalement, énergiquement, elle ressemble à Guylaine Tremblay, à moins que ça ne soit le contraire. En tout cas, beaucoup de talent chez une seule femme. Actrice pleine de grâce et metteure en scène de haute exigence, Marie Gignac assure la direction artistique du Carrefour international de théâtre de Québec, qui jette ses étincelles sur la ville et réjouit le cœur du maire Labeaume.

Jocelyn Michel

Qu’est-ce qui particularise le Carrefour, outre le fait d’avoir Québec en arrière-plan?
— C’est l’un des deux festivals de théâtre contemporain importants au Canada; je vous laisse deviner l’autre! Il est reconnu pour sa convivialité, son accueil fantastique — je peux le dire, puisque je n’en suis pas la seule responsable. De plus, tout le monde est d’accord: il est très agréable, à Québec, de circuler d’une salle à l’autre. En outre, le festival off, soit une dizaine de spectacles de jeunes compagnies, est intégré au programme officiel. Enfin, on peut compter sur un public contrasté et curieux; on a un taux de fréquentation de 90 % à 95 %.

Dans quel état d’esprit avez-vous bâti la programmation?
— Lors du dernier Carrefour, j’avais vu le thème du « désordre » se dégager des spectacles que j’avais mis à l’affiche. Cette année, pour célébrer notre 10e festival et le post-400e anniversaire de Québec, la thématique s’articule autour des « retrouvailles ». Tous les artistes du Carrefour 2009 ont été invités à notre festival au fil des ans.

Qui verrons-nous?
— Yves Hunstad revient avec La tragédie comique, révélation du premier Carrefour; Christian Lapointe met en scène Vu d’ici, un pamphlet contre la télé, d’après le roman de Mathieu Arsenault; Joël Pommerat nous apporte sa pièce Les marchands, qui remet en question notre rapport au travail. Frédéric Dubois est le grand ordonnateur du spectacle extérieur gratuit, Où tu vas quand tu dors en marchant…?, un parcours théâtral dans le quartier Saint-Roch. Il y a aussi Robert Lepage (Éonnagata), Brigitte Haentjens (Douleur exquise), Alvis Hermanis (The Sound of Silence)…

Dans votre sélection, êtes-vous plutôt du genre à prendre le public par la main ou à lui rentrer dans le ventre?
— Je ne fais pas de compromis artistique, mais j’aime les spectacles qui génèrent de la joie. Le théâtre est là pour nous bousculer, mais aussi pour nous donner de l’espoir et l’envie d’agir, surtout ces temps-ci.

À l’heure de la mondialisation, le théâtre pratiqué en France ou à Bruxelles est-il si différent de celui fait au Québec?
— Il me semble que les artistes sont plus politisés en Europe et qu’ils sentent moins le besoin de raconter des histoires. Wajdi Mouawad, qui y obtient un grand succès, fait figure d’exception.

Quelle est l’influence du Carrefour à l’étranger?
— Je ne citerai qu’un exemple: CHS, de Christian Lapointe, a vu son destin s’accélérer après sa création au Carrefour. Cet été, la pièce est à l’affiche du Festival d’Avignon.

Venue tard à la mise en scène, vous y avez trouvé succès et prix (Les mains sales, de Sartre, Cyrano, de Rostand). Mais qu’advient-il de l’actrice?
— Quand on fait de la mise en scène, on est moins sollicitée comme comédienne. Il faut dire qu’avec le temps j’ai de plus en plus le trac. Les trois sœurs, au TNM [elle jouait une formidable Macha], m’ont achevée. J’ouvrais les yeux le matin avec la peur au ventre. Tandis que quand je prépare une mise en scène, j’incarne tous les personnages, et sans trac!

Vous avez tout de même incarné, en novembre , Galactia dans Tableau d’une exécution, de Howard Barker.
— Un rôle considéré comme le plus difficile du répertoire contemporain. Un défi impossible à refuser, mais ça m’a pris deux mois à m’en remettre! Vive le Carrefour!

• Carrefour international de théâtre de Québec, du 26 mai au 13 juin, 418 529-1996,

1 888 529-1996. Programme: https://www.carrefourtheatre.qc.ca/