Le monde de Sophie

La comédienne Sophie Desmarais est partout en cette rentrée d’automne, au petit écran comme au théâtre, où elle jouera bientôt un nouveau rôle exigeant.

Photo: Espace GO
Photo: Espace GO

«Elle est sur le point de se faire un nom.» C’est ainsi qu’IndieWire présentait Sophie Desmarais en 2013. Le site américain spécialisé en cinéma, une référence dans le domaine, plaçait la comédienne québécoise parmi les 10 acteurs à surveiller au Festival de Cannes cette année-là, aux côtés d’Emma Watson et de Bérénice Bejo. Il faut dire qu’elle y défendait Sarah préfère la course, le film de Chloé Robichaud qui, de fait, allait la révéler à un large public.

Trois ans plus tard, le nom est fait. On n’entend plus de rapprochements foireux avec feu le milliardaire Paul Desmarais, dont une certaine rumeur voulait qu’il soit son père et ait facilité son ascension. On sait que Sophie vient d’une famille de Terrebonne «normale», et si la comédienne est partout demandée, au grand écran (Les amours imaginaires, Le démantèlement, Gurov et Anna) comme au petit (Mon ex à moi), sans oublier le théâtre (une douzaine de productions depuis 2007, année où elle obtenait son diplôme de l’Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx), c’est d’abord pour son talent, sa rigueur, et des rôles choisis avec grand soin.

Photo: Joannie Lafrenière pour L’actualité
Photo: Joannie Lafrenière pour L’actualité

«Je refuse beaucoup de choses, c’est vrai, admet-elle. Il faut vivre, je ne fais pas la fine bouche, mais si je ne sens pas que je peux pleinement habiter un rôle, je passe mon tour.» Ce sentiment de pouvoir habiter un personnage, Sophie Desmarais l’a éprouvé follement devant le scénario de Sarah préfère la course (2013), qui suit une jeune femme dans son intégration à un club d’athlétisme universitaire. «J’avais ressenti un appel si puissant pour ce rôle, et ce, bien avant que le projet soit financé, que je me suis engagée auprès de Chloé et que j’ai dit à tout le monde autour de moi: il n’est pas question que ce tournage ne se fasse pas!»

Le jeu en a valu la chandelle: le long métrage a raflé des prix dans plusieurs festivals internationaux, dont celui de la meilleure actrice au Festival international de cinéma indépendant de Buenos Aires. Sophie Desmarais ne cache pas que les réalisateurs qui l’approchent doivent s’attendre à ce qu’elle s’implique beaucoup et mette son grain de sel partout. «Pour moi, l’acteur est un coauteur. J’aime les œuvres qui laissent un espace à mes réflexions à moi, tout comme j’aime les œuvres qui font faire un pas au lecteur, au spectateur», affirme l’insatiable lectrice, notamment des écrivaines françaises Nathalie Sarraute et Annie Ernaux. «Je ne parle pas d’œuvres radicales, je ne parle pas d’un cinéma qui s’adresse à des initiés. Je ne crois pas à ça, moi, l’art pour les initiés. Je parle d’œuvres qui représentent, pour moi comme pour le spectateur, une rencontre forte.»

Une telle rencontre, elle en a vécu une il y a quatre ans, quand la metteure en scène Brigitte Haentjens lui a offert Une femme à Berlin, un livre de la journaliste allemande Marta Hillers (1911-2001) qui se penche sur la douloureuse histoire, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, du viol de centaines de milliers d’Allemandes par les soldats russes.


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Ce texte, adapté pour le théâtre et qu’elle défendra sur les planches d’Espace GO à compter du 25 octobre, la remue au plus profond d’elle-même. «Hillers avait alors la trentaine, était très indépendante d’esprit. Elle pose un regard acéré sur ce qui se produit, sur sa société, sur les hommes, qu’elle va jusqu’à appeler, dans ces pages écrites dans les années 1940, le “sexe faible”. Il fallait le faire! s’enthousiasme-t-elle. Elle montre aussi que ces viols ont moins à voir avec la recherche de jouissance qu’avec la domination, le corps des femmes devenant une extension du territoire conquis.»

Ce type de rôles, exigeants et que Sophie Desmarais désigne comme étant des «gouffres», elle ne pourrait plus s’en passer. «Après, confesse-­t-elle, j’ai besoin de respirer, d’aller regarder une comédie légère sur Netflix! Mais ces plongées dans ce que la vie a de moins léger sont essentielles à ma vie à moi.»

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Une des comédiennes les plus talentueuses de notre époque. Tout simplement. Sophie Desmarais est la comédienne-chaméléon du XXIe siècle.

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