Le Monopoly et les dangers du capitalisme

Le Monopoly a été conçu au départ pour prévenir des dangers du capitalisme en général et des monopoles en particulier. Dans sa version actuelle, il faut plutôt écraser ses adversaires et cumuler la richesse.

Photo : D.R.

Avez-vous joué au Monopoly récemment ? Ou peut-être à Serpents et échelles ? Ce sont deux exemples de jeux centenaires encore très populaires aujourd’hui.

Mais la façon dont ils sont joués sont bien loin des enseignements moraux que leurs concepteurs espéraient partager.

Au début du XXe siècle, plusieurs enfants travaillaient et faisaient donc partie de la population active. Ils possédaient peu de jouets. Lorsque les fabricants américains ont créé des jeux, ils les ont conçus pour les commercialiser auprès des parents : pour enseigner aussi bien que pour divertir.

L’écrivaine progressiste Elizabeth Magie Phillips a créé Monopoly en 1904 pour enseigner aux joueurs les dangers de la concentration de la richesse. Le jeu célébrait les enseignements de l’anti-monopoliste Henry George, dont le livre très lu, Progress and Poverty, publié en 1879, soutenait que les gouvernements n’avaient pas le droit d’imposer le travail. Ils n’avaient droit qu’à l’impôt sur les terres.

Monopoly n’a pas connu grand succès avant la Dépression. Son message original selon lequel tout le monde devrait bénéficier de la richesse a été transformé dans sa version actuelle – où vous écrasez vos adversaires en accumulant de la richesse – par son deuxième développeur, un ingénieur au chômage nommé Charles Darrow. Au milieu des années 1930, les commandes pour le jeu étaient devenues si importantes que les employés de Parker Brothers ont commencé à empiler les formulaires dans des paniers à linge.

Bourse de Gavitt (1903), précurseur du jeu de cartes moderne Pit.

Des jeux qui ont du sens

Bon nombre des jeux en circulation aujourd’hui ont plus d’un siècle. Pitt (à l’origine la Bourse de Gavitt) a été fabriqué lors de périodes économiques troubles, de faillites de chemins de fer, de spéculations et de mouvements anti-monopoles. Breveté par Harry E. Gavitt en 1903, le jeu a été conçu (comme le dit le règlement), pour reproduire «l’excitation et la confusion que l’on observe généralement sur les parquets lors d’échanges d’actions et en particulier, dans le marché des céréales».

Les joueurs s’efforcent d’obtenir le monopole d’un marché. Ils rassemblent toutes les copies d’un produit et en gonflent la valeur pour en tirer des profits substantiels.

Monopoly et Pitt enseignaient l’économie, tandis que Serpents et échelles se concentraient sur la morale. Ce dernier s’est inspiré de jeux existant en Asie il y a environ un millier d’années. Plusieurs de ces jeux avaient des thèmes religieux hindous. Ils avaient des noms différents au Népal (Nāgapāśa), au Tibet (The Game of Liberation) ou en Inde (Jñāna Chaupār). Un moine bouddhiste, Sa-skya Pandita, a créé le Jeu de la libération pour sa mère malade au XIIIe siècle. Il s’est probablement inspiré de formes antérieures du jeu qu’il a connu dans le cadre de ses pèlerinages.

Avec Nāgapāśa, les joueurs tentaient d’atteindre un royaume de l’un des dieux hindous. Dans le Jeu de la Libération, ils visaient à atteindre le nirvana.

Les fabricants britanniques et américains ont dépouillé le jeu de sa religion, mais ils ont gardé l’accent sur la moralité et le jeu est resté à peu près le même : monter sur le plateau représente de bonnes décisions morales ; se replier est une punition.

Outils pédagogiques

Les jouets et les jeux offraient aux enseignants et aux parents un moyen de préparer les enfants à leur vie d’adulte. Les parents utilisaient des jouets mécaniques pour enseigner le génie aux garçons. Ils utilisaient des poupées pour enseigner la couture, l’ingéniosité et la gestion du foyer aux filles. C’était une façon de transformer des idées complexes dans des formes que les enfants pouvaient comprendre.

Jouer à des jeux peut aussi être un moyen d’apprendre l’histoire. Pendant la Guerre entre les Philippines et les États-Unis, les concepteurs de jeux ont créé Merry War pour sensibiliser les enfants au conflit.

Merry War : A Battle Game for Boys (1899) : les soldats américains et philippins s’affrontent.

En 1899, un chroniqueur de la revue The Seattle Post-Intelligencer écrivait que «les fabricants de jouets[…] sont aussi vigilants que les politiciens et les scientifiques pour se tenir au courant des événements du jour».

Les changements du marché

Dans les années 1960, les fabricants ont commencé à faire de la publicité directement auprès des enfants, plutôt qu’auprès de leurs parents. Ils ont mis l’accent sur l’enthousiasme de leurs produits plutôt que sur leur valeur éducative.

En même temps, l’agitation des droits civils, la montée du féminisme et l’innovation technologique ont rendu le monde imprévisible. Comment pouvez-vous préparer vos enfants à leur vie d’adulte alors que l’avenir semble si incertain ?

Aujourd’hui, les leçons restent intégrées dans de nombreux jeux de société, mais la plupart n’ont qu’un but ludique. Les jeux de société ne sont plus un moyen essentiel de transmettre le savoir d’une génération à l’autre.

Pourtant, malgré tout ce qui a changé, nous jouons toujours à ces vieux jeux, même si nous ne nous souvenons pas de leurs leçons.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un média en ligne qui publie des articles grand public écrits par les chercheurs et les universitaires.

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2 commentaires
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La richesse individuelle n’est pas d’enlever aux autres pour le garder pour nous. Ceci est un concept de gauche et c’est un concept qui est faux. La richesse individuelle est de la création de richesse, et c,est au bénéfice de tous. La richesse collective est l’ensemble de toutes les richesses individuelles, et non l’inverse. Les très nombreux individus qui attendent patiemment et passivement une distribution illusoire de la richesse collective sont dans l’erreur et sont une tare pour notre société. Ce sont les individus qui travaillent pour devenir riche qui sont les éléments productifs de notre société et qui font bénéficier la société en générale …

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Le lien est assez ténu entre votre commentaire qui encourage l’enrichissement personnel et l’accumulation de richesse qui serait promu par le jeu de Monopoly.

Votre commentaire, en résumé, s’appuie sur la théorie du ruissellement qui n’a aucun fondement empirique. Prétendre que la richesse collective est l’agrégation de richesses individuelles est aussi faux. L’exemple le plus concret est l’État qui crée et possède de la richesse au nom de la collectivité. Pour s’en convaincre, on a qu’à regarder le fonctionnement de la Caisse de dépôt du Québec.