Le retour du Docteur Smog

On ne sait toujours pas s’il est psychiatre, psychologue ou psychanalyste. On sait tout de même que le Docteur Smog est un « psy », qu’il a une lordose cervicale prononcée, un nez plus long que celui de Cyrano, de grandes oreilles capables de tout entendre et deux ou trois poils au menton. Ses clients, à qui il tourne toujours le dos depuis son fauteuil-coquille, viennent tour à tour lui raconter leurs névroses.

Chronique de Pierre Cayouette : Le retour du Docteur Smog

On ne sait toujours pas s’il est psychiatre, psychologue ou psychanalyste. On sait tout de même que le Docteur Smog est un «?psy?», qu’il a une lordose cervicale prononcée, un nez plus long que celui de Cyrano, de grandes oreilles capables de tout entendre et deux ou trois poils au menton. Ses clients, à qui il tourne toujours le dos depuis son fauteuil-coquille, viennent tour à tour lui raconter leurs névroses. Boulimiques, fumeurs compulsifs, insomniaques, érotomanes, narcissiques ou paranoïaques, tous en ressortent plus ou moins guéris. La formule est immuable. Chaque petite histoire se résume en quatre cases. Et, en règle générale, le lecteur la termine avec un large sourire accroché au visage.

Créé par André-Philippe Côté, bédéiste et carica­turiste du Soleil et de La Presse (aussi collaborateur à L’actualité), le personnage du Docteur Smog a connu un vif succès au Québec lors de la publication des deux premiers albums, en 2005 et 2006, par la prestigieuse maison franco-belge Casterman.

Après six ans de silence, revoici enfin le Docteur Smog. Les fidèles reconnaîtront dès la première planche l’humour fin et l’autodérision du célèbre psy. Le personnage évolue, tout de même. Ainsi, pour la première fois, le thérapeute sort de son cabinet. On le retrouve par exemple dans une épicerie, où il interpelle une consommatrice qui a du mal à choisir entre deux boîtes de céréales?: «?Votre incapacité de choisir doit remonter à un traumatisme de l’enfance…?» Les patients du Docteur Smog ne le ménagent pas. Une dame qui se définit comme la «?reine des pas chanceuses?» se présente dans son cabinet avec des béquilles. «?Je tombe amoureuse, le gars est gai, marié ou alcoolique… Je vais faire du ski, je me casse une jambe… J’adopte un petit chat, il se fait écraser par un autobus… Je vais chez un psy et je tombe sur vous?!?» lui lance-t-elle.

Ce que nous dit André-Philippe Côté à l’aide de son personnage du Docteur Smog, c’est que les travers et les névroses de la vie moderne ne se règlent pas en une visite chez le psy. Apprendre à en rire constitue un pas déjà beaucoup plus sûr vers une certaine guérison.

Le retour du Docteur Smog, par André-Philippe Côté, Éditions La Presse, 48 p., 21,95 $.

 

VITRINE DU LIVRE


Un Québec sans âme et sans idéal??

Notre monde ne s’intéresse pas à la pensée, mais à la gestion, à la consommation et au spectacle, déplore l’essayiste Paul-Émile Roy. Ce proche du regretté Pierre Vadebon­cœur a tout de même transcendé son amertume pour rédiger cet essai consacré à «?la crise spirituelle du Québec?». Il appelle les Québécois à renouer avec leur héritage catholique et s’en prend aux médias, qui, soutient-il, traitent souvent du christianisme «?avec une ignorance qui confine à la bêtise?». En l’absence de toute spiritualité, sans âme et sans idéal, le Québec avance les yeux fermés?: «?Ce qui constitue la tâche intellectuelle la plus urgente au Québec, actuellement, c’est d’amener le peuple québécois à cesser de se refuser lui-même, de refuser son histoire, de se comporter en peuple colonisé?», écrit-il. À ses yeux, «?le Québécois qui rejette le catholicisme n’a plus d’identité, plus d’armature?». Il ne parle pas de la foi, précise-t-il, mais de la culture et de la dimension mythique de cet héritage. (La crise spirituelle du Québec, par Paul-Émile Roy, Bellarmin [Fides], 180 p., 24,95 $) 

 


Une ode au sirop d’érable

C’est un livre iconoclaste, à l’image du chef Martin Picard, le propriétaire du restaurant Au pied de cochon, haut lieu de la gastronomie sacré «?incontournable?» par les guides touristiques récents. Après avoir réinventé la poutine, le pionnier de la cuisine néorustique a revisité le sirop d’érable en ouvrant sa propre cabane à sucre, il y a trois ans, à Saint-Benoît de Mirabel. Dans cet ouvrage, à la fois livre d’art et encyclo­pé­die culinaire, il célèbre le temps des sucres et l’aborde sous tous ses angles, tant celui de la structure moléculaire que de la biologie, de la chimie, de la gastronomie et de l’histoire. On y trouve des recettes, bien sûr. Le chef en regroupe une centaine, y compris celle des queues de castor. Plus encore, l’ouvrage rassemble une nouvelle inédite de l’écrivain et peintre Marc Séguin, un «?Journal de la cabane?», rédigé par la romancière Rafaële Germain, un conte de Tom Tassel et des centaines de photos étonnantes – dont celle d’une femme nue baignant dans le sirop d’érable… (Cabane à sucre Au pied de cochon?: Le sirop d’érable, par Martin Picard et collaborateurs, Au pied de cochon, 386 p., 69,99 $) 

 

 

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