Le revenant: la redécouverte de l’Amérique

Pour quelles raisons Le revenant est-il entré illico dans la catégorie des films à succès? Peut-être y a-t-il, dans l’Amérique sauvage dépeinte à l’écran, quelque chose qui inconsciemment nous manque…

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Trois semaines après sa sortie, Le revenant est déjà promis au statut de film-culte. Après avoir raflé trois prix majeurs (dont celui du meilleur film) au récent gala des Golden Globes, après avoir devancé, il y a quelques jours, le mastodonte Star Wars 7 au box-office américain, il est à peu près certain de repartir plusieurs fois oscarisé de la grand-messe du cinéma, le 28 février prochain.

Derrière ce début de carrière qui fait baver d’envie toute l’industrie, il y a bien sûr un film qui en met plein la vue. Le Mexicain Alejandro González Iñárritu, à qui on doit Babel, Birdman et quelques autres coups fumants, confirme avec Le revenant son rang de réalisateur le plus coté d’Hollywood.

Basé sur l’histoire vraie du trappeur Hugh Glass, qui, en 1823, a miraculeusement survécu à une attaque de grizzly dans le Dakota du Sud, son (très) long métrage sert l’action, la douleur et la prouesse physique avec une justesse et une proximité rarement rencontrées au cinéma.

Le tournage lui-même s’est révélé une expédition. S’étirant sur neuf mois plutôt que les 80 jours initialement prévus, voyant passer son budget de 95 à 135 millions de dollars et rendu techniquement ultra-complexe par le directeur photo Emmanuel Lubezki, qui refusait de tourner avec autre chose qu’une lumière naturelle, il contribue sans doute, par les anecdotes qu’on en a tiré, au phénomène.

Ceci suffit-il à expliquer cela? N’y a-t-il pas davantage dans ce qui pousse autant de gens à s’enfermer devant un film de deux heures 36 minutes dont la trame, bien que servie avec brio, pourrait être résumée en trois phrases?

«Le succès est toujours un malentendu», ont soutenu plusieurs créateurs, de l’écrivain André Malraux au chanteur -M-. À quelques variantes près, ils entendaient par là que quelque chose, au-delà de l’objet du succès (le livre, le disque, le film), polarise l’attention de tous et contribue à faire de cet objet le talk of the town, comme on dit à New York.

Pour quelles raisons, hormis ses indéniables qualités esthétiques, Le revenant est-il entré illico dans cette catégorie? Peut-être y a-t-il, dans l’Amérique sauvage dépeinte à l’écran, quelque chose qui inconsciemment nous manque…

Ce rapport de Hugh Glass avec une nature indomptée, féroce mais spectaculairement belle, filmée par une caméra libre, qui circule comme le vent, nous fait réaliser à quel point nous l’avons domptée, depuis le début du XIXe siècle, jusqu’à la rendre anémique.

Il y a peut-être aussi, dans le lien qu’entretient Glass avec son fils métis, toute la douloureuse histoire de l’assimilation des peuples autochtones, de leur fierté brisée.

Ce ne sont que des bribes de réponses, quiconque trouve mieux est invité à renchérir. Chose certaine, Le revenant touche à des cordes sensibles, qui le dépassent, et s’il décroche les principaux oscars, comme l’annoncent toutes les boules de cristal du septième art, s’il devient LE film de l’année, ce sera non seulement pour la qualité de sa réalisation et la performance des Leonardo DiCaprio, Tom Hardy et autres têtes d’affiche de la distribution, mais aussi pour la grande bouffée d’air qu’il nous donne, à une époque où la nature paraît bien abîmée.

Avec Le revenant, ce n’est pas qu’un trappeur qui revient d’entre les morts, c’est aussi, symboliquement, une certaine vision de l’Amérique.

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3 commentaires
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N’est-ce pas le même phénomène qui explique en partie les excellentes cotes d’écoute des Pays d’en haut au delà de la qualité indéniable des acteurs et de la réalisation?

J`ai vu ce film et je n`ai pas aimé.Pour moi c`est du collage ,des indiens qui se promènent dans la neige,les montagnes et scènes des vieux films de cowboy.Je ne comprends pas pourquoi les gens aiment çà.

Ce n’est pas étonnant car l’appel de la nature est fort parce que la plupart des gens n’ont jamais eu l’occasion de la côtoyer telle qu’elle est présentée dans le film (fait dand l’ouest canadien, à l’écart des villes évidemment). L’homme a voulu « maîtriser » la nature et aujourd’hui il n’y presque plus d’endroit en Amérique du Nord qui est intouché. Même la forêt boréale disparaît à vue d’oeil et on doit se contenter d’une nature « secondaire » soit parce qu’elle a été « récoltée » soit que ce sont des plantations industrielles, visant une récolte future. Peu d’entre nous et encore moins nos enfants et petits-enfants vont avoir l’occasion de voir la nature primaire, telle qu’elle l’a été sur notre planète pendant des millénaires. Il reste quelques parcs nationaux dans l’ouest (ceux de l’est du pays ont souvent été établis après les récoltes et l’occupation humaine, comme Forillon par exemple). On est rendu au bout du rouleau et il reste quelques endroits comme la forêt du Grand ours qui vient juste d’être protégée par une entente entre les autochtones, les environnementalistes et le gouvernement de la Colombie-Britannique, si on veut en faire l’expérience – une expérience incroyable pour ceux qui l’ont vécu dans les foêts pluviales anciennes de la côte ouest du continent. Le film permet d’avoir un clin d’oeil sur cette nature qu’on a peu de chances de voir de visu!