Le sauvetage des mineurs chiliens porté au grand écran

Enfermés sous terre pendant 69 jours à la suite de l’effondrement d’une mine, 33 mineurs chiliens ont raconté leur aventure au journaliste Héctor Tobar. L’histoire arrive maintenant au grand écran.

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Antonio Banderas dans Les 33, film qui fait revivre le drame de 33 mineurs coincés dans les décombres après l’effondrement d’une mine au Chili en 2010. (Photo: Douglas Kirkland/2014 Half Circle LLC. The 33/Warner Bros Pictures Publicity)

Le drame a tenu le monde en haleine. Le 5 août 2010, une petite mine de cuivre du Chili s’effondre : 33 mineurs sont piégés à 688 m de profondeur. Les secouristes accourent de partout sur la planète. Pendant 69 jours, sous l’œil des caméras, ils tenteront de localiser los 33 et de les sauver.

Pour raconter cette incroyable histoire de solidarité, les survivants ont fait appel au journaliste américain d’origine guatémaltèque Héctor Tobar, lauréat du prix Pulitzer pour sa couverture des émeutes de Los Angeles en 1992 et chroniqueur au New York Times. Son livre Les 33 : La fureur de survivre a inspiré le film mettant en vedette Antonio Banderas et Juliette Binoche.

L’actualité a joint Héctor Tobar à sa résidence, à Los Angeles.

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Les 33: La fureur de survivre, d’Héctor Tobar, Belfond, 414 p.

Les mineurs ont passé 17 jours sans contact avec la surface, puis 52 jours à espérer que les secouristes les libèrent. Comment ont-ils gardé leur équilibre mental ?

Leur force morale leur est venue du désir profond de retrouver leurs familles, de rentrer chez eux. La culture minière, avec ses règles strictes et sa hiérarchie très définie, a aussi joué, d’autant que chez certains, on est mineur depuis des générations. Ils étaient imprégnés de cette culture et ont su s’organiser. Par exemple, ils se sont limités à deux cuillerées de thon par jour pendant les 17 premiers jours. Et pour passer le temps, ils ont organisé une séance où ils se racontaient des histoires — c’était une sorte de rite quotidien.

La seconde partie du livre raconte leur deuxième « enfer », le vedettariat. Ç’a été à ce point éprouvant ?

Il est difficile d’imaginer pire situation que d’être coincé sous terre pendant 69 jours. Survivre à ça, c’est un exploit. Mais les mineurs n’étaient pas préparés au cirque médiatique qui a suivi. La population chilienne les a élevés au rang de héros, alors qu’ils étaient prisonniers de la mine, et les médias les ont ensuite traités comme des personnages de telenovelas, ces téléromans populaires en Amérique latine. Ils ont scruté leurs vies, cherché le scandale. C’était très dur à vivre.

Il y avait aussi les risques de séquelles psychologiques, que les mineurs ont empirés en concluant un pacte avant leur sauvetage. Ils s’étaient juré de ne jamais raconter leur histoire sans l’assentiment du groupe, d’en parler d’une voix unique et, surtout, de ne pas « vendre » leur histoire individuellement. L’effet sur eux a été terrible, car ils n’ont pas parlé de ce qu’ils ont vécu ni extériorisé leurs émotions. Ils ont gardé ça en eux.

Comment vont-ils, cinq ans plus tard ?

Certains ont souffert d’un choc post-traumatique dans l’année qui a suivi l’accident. Chez d’autres, le choc s’est fait sentir deux, trois ou quatre ans plus tard. J’ai parlé récemment avec le mineur Carlos Barrios, qui croyait n’avoir subi aucune séquelle, jusqu’à ce qu’il soit pris d’attaques de panique il y a quelques mois. Depuis, il est en arrêt de travail.

Ce que j’ai trouvé le plus beau, c’est que la plupart s’en sont remis en retrouvant le rythme normal de leur vie antérieure. Donc, pour moi, l’histoire des mineurs est aussi celle des bienfaits de la vie quotidienne. Ça peut nous guérir de bien des maux, nous donner de la force.

Les mineurs vous ont parlé ouvertement de leur vie intime. Comment vous y êtes-vous pris ?

J’interviewe des Latino-Américains dans tous les pays depuis presque 30 ans, je m’identifie à eux et ils le sentent. Même quand j’interviewe un politicien, j’essaie de me mettre à sa place, d’éprouver de l’empathie. Les gens savent que je ne les juge pas et ils me parlent librement.

Les rescapés dénoncent la mauvaise gestion de la mine. Cette catastrophe a-t-elle amélioré le sort des mineurs chiliens ?

L’État a échoué lamentablement dans la reconnaissance des séquelles post-traumatiques chez les rescapés. En matière de gestion, c’est plus nuancé. La majorité des entreprises minières chiliennes sont grandes et suivent des normes de sécurité élevées. Mais la mine en question était une entreprise familiale de petite taille. Après l’accident, les autorités ont fait un ménage dans les mines familiales. Les lois sont mieux appliquées. Mais le métier de mineur reste dangereux.

Comment les rescapés réagissent-ils à l’adaptation cinématographique de leur histoire ?

L’un d’eux, Mario Sepulveda, croit que ce film leur rendra leur dignité. Au fond, les mineurs ont vécu une expérience extraordinaire et horrible, mais ce sont des types ordinaires. Aucun ne s’est enrichi grâce à cet événement.

Le succès de votre livre vous a valu une invitation au festival Metropolis bleu, à Montréal. Quel souvenir gardez-vous de cette première visite ?

Montréal est une ville fantastique, au carrefour de toutes les sociétés américaines, au sens large. C’est l’Amérique du Nord, du Sud, centrale, les Caraïbes. Les Québécois ont mené des batailles pour préserver leur langue, et j’y suis sensible. Mais j’ai été émerveillé par la facilité avec laquelle les Montréalais passent de l’anglais au français. Pour un Américain, pour un Hispanique en particulier, c’est beau à voir.

Vous avez grandi en Californie et avez réappris l’espagnol à l’âge adulte. La culture hispanique a-t-elle un avenir aux États-Unis ?

Quand j’étais jeune, les Latinos vivant aux États-Unis n’avaient pas confiance en eux. Aujourd’hui, nous prenons notre place dans toutes les institutions culturelles et politiques américaines — à l’exception du monde de la finance, qui reste bouché. Mais il subsiste des discriminations et des inégalités. En Californie, tout le monde présume qu’un Latino est un journalier, un col bleu. Pourtant, il se constitue une intelligentsia latino-américaine de poètes, de professeurs, de romanciers. Nous vivons une renaissance latino-américaine similaire à la renaissance de Harlem dans les années 1920. Mais il reste du chemin à faire !

Des écrivains latino-américains sont des célébrités aux États-Unis, comme le Dominicain Junot Díaz, lauréat du prix Pulitzer pour son roman La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao, en 2008. La littérature latino-américaine se fond-elle dans le creuset ?

Pas encore. Nos préoccupations sont loin de la réalité de l’Américain moyen. Cet écart n’est pas propre à la littérature latino-américaine, d’ailleurs. Toutes les littératures « particulières » ont dû batailler pour être reconnues pour leur universalité. Dans mes cours, je dis à mes élèves que la seule manière pour les Latinos d’imposer leur écriture, c’est d’écrire d’excellents livres !

Le journalisme est le chemin que vous avez pris pour devenir auteur. Mais ce n’est plus l’âge d’or du journalisme. Les jeunes ont-ils une chance ?

Les revenus publicitaires ne coulent plus à flots. Plus personne n’a les moyens d’enquêter pendant un, deux, voire cinq ans sur un sujet. Aujourd’hui, un journaliste est une sorte d’ouvrier d’une usine à nouvelles. Il faut écrire son papier, puis bloguer, filmer, monter, et encore mille autres tâches. Mais le changement a aussi ses bons côtés. Plus de voix, de collectivités s’expriment. Le journalisme est plus varié, plus représentatif que jamais. Et, j’en suis convaincu, les gens lisent plus qu’avant, mais de façon et de sources différentes.

Quels conseils donnez-vous aux journalistes à qui vous enseignez à l’Université de l’Oregon ?

Faites vœu de pauvreté ! [Rire] Pour exercer ce métier, il faut beaucoup de dévotion. Mais certaines choses n’ont pas changé. Les jeunes se distingueront toujours en définissant leur propre voix. J’ai quitté le Los Angeles Times pour faire une maîtrise en création littéraire. J’ai écrit un roman, puis je suis retourné au journalisme en conservant mon indépendance en tant que créateur. Mon conseil aux jeunes, c’est : ne vous laissez pas avaler par la machine.

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Lors de cet événement, j’ai composé un poème que voici:
A la lueur du jour, je t’ai laissée en fixant mes yeux dans les tiens. Peu de paroles, un doux baiser: C’est dans un mois que je reviens. Travail ardu s’il
en est un, car le soleil on ne verra plus! C’est sous la terre qu’on y fourmille, tout en pensant à notre petite famille. Puis c’est le fracas et la rupture
et puis personne pour prévoir notre futur. Le monde entier nous épie, nous écoute. Quant à nous, c’est la mort que l’on redoute! Le temps passe,
on prie, on espére, tous les jours autant dans le mine que sur la Terre. Alors, s’installe l’espoir d’une remontée très lente mais si enivrante. Jamais
un lever de soleil n’aura été aussi magnifique et ton étreinte accueillante. Eveil à la vie, nouveau retour, prends-moi dans tes bras, serrés l’un contre
l’autre, berce-moi, berce-moi.