Le sculpteur et sa muse

Directeur de la formation à la Société des arts technologiques, Richard Langevin est d’abord sculpteur, mari et agent de Diane Dufresne. Une expo — elle aux peintures, lui aux installations — scelle leur connivence.

Les époux Richard Langevin et Diane Dufresne signent une exposition ensemble
Photo : Jocelyn Michel

Quel fut votre premier choc artistique ?

– Les sculpteurs américains Claes Oldenburg et Robert Rauschenberg m’ont éveillé quand j’avais environ 13 ans. Puis, j’ai vite accroché sur le travail d’Armand Vaillancourt. Ce que de nombreux peintres ont trouvé dans l’automatisme, moi je l’ai trouvé dans l’énergie des sculptures de Vaillancourt. J’aime les choses lourdes, les œuvres monumentales qui défient la gravité, qui nous insé­curisent quand on se trouve à leurs côtés.

Vous avez fait les Beaux-Arts ?

– Oui, à l’époque où tout le monde décrochait de l’école pour aller « triper » au Mexique ! J’ai choisi la sculpture, qui correspondait plus à mon tempérament « grouilleux ». Dans ma région, j’ai fait une vingtaine d’expos en groupe et en solo, j’ai même vendu une œuvre au Musée d’art contemporain de Montréal, comme « jeune artiste prometteur ». Mais je trouvais souvent que les expos auxquelles je participais manquaient de répercussions sociales ou carrément de plaisir. Diane et moi avons toujours voulu faire des expos-manifestations, pas juste investir une galerie pour vendre des toiles.

Jusqu’à maintenant, vous étiez le commissaire des expos de Diane. Cette fois, vous êtes l’un des deux acteurs principaux.

– C’est généreux de la part de Diane de m’accueillir dans son monde, et c’est « baveux » de la mienne de penser que je suis capable d’assumer.

En quoi consiste Mur à mur ?

– Il n’y a pas, d’un côté, les peintures de Diane, et de l’autre, mes sculptures ; c’est une symbiose de nos styles. Je pars de ses toiles, de ses couleurs, de ses costumes de scène même, et je crée des installations, je leur donne un autre sens, je reconstruis son monde visuel.

Les critiques d’art manifestent parfois un certain mépris à l’égard des artistes venant du showbiz. Avez-vous déjà senti du snobisme ?

– Franchement, non. On a toujours perçu le travail de Diane comme une bouffée d’air frais. Au début, on pensait que c’était une chanteuse qui peignait ; de plus en plus, on se rend compte que c’est une peintre… qui chante.

Mais c’est la chanteuse qui attire les visiteurs aux expos.

– Tant mieux si elle fait se déplacer des gens qui, autrement, ne fréquenteraient pas les galeries ou les musées. Diane n’est pas une intellectuelle, son œuvre ne cache pas de symboles, elle est immédiatement accessible, on aime ou pas.

Pendant longtemps, le critère de jugement d’une œuvre d’art, c’était la beauté. Qu’en est-il aujourd’hui ?

– L’œuvre n’a plus à être belle, elle doit laisser une empreinte.

Qu’est-ce que l’art, alors ?

– Je dirais comme le plasticien français Martial Raysse : « L’art, c’est n’importe quoi, mais d’une certaine manière. »

Et quelle serait l’œuvre d’art idéale ?

Diane Dufresne, bien sûr ! Avec elle, qui a inventé la performance, l’art de la scène a pris tout son sens. On a souvent vu ses spectacles comme des expositions sonores. Il n’y a pas une seconde de sa vie où elle ne regarde pas le monde de façon créative. Avec un gourou comme elle, on ne peut pas faire autrement que de se laisser tirer vers l’avant.

Mur à mur, Espace Création Loto-Québec, à Montréal, du 3 févr. au 6 mai, 514 499-7111.