Le sens de Louis

Le chalet, la pêche, ça sera pour une autre fois. Gros mois d’août pour Louis Bélanger, réalisateur de ce Gaz Bar Blues que nous avons tant aimé. Il tourne Demande à ceux qui restent, un film d’errance sur le deuil, coscénarisé avec son ami Alexis Martin; The Timekeeper – une histoire de bandits sur un chantier des Territoires du Nord-Ouest -, terminé en 2007, mais pris dans les déboires financiers de Christal Films, sort, enfin, le 21 août; et il signe sa première mise en scène de théâtre, Mort de peine, «une conterie d’horreurs et de moments tendres», d’Yvan Bienvenue. Sensible comme une corde de violon, joyeux et sincère, Bélanger, 44 ans, ressemble à un gamin à qui l’on vient d’annoncer qu’il passe en 5e année.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

On ne vous attendait pas au théâtre.

– J’y entre comme lorsque j’ai fait mon premier film, Post-mortem, sans tics, sans pression, avec une certaine innocence et beaucoup de plaisir. Et puis je trouve dans la pièce d’Yvan des similitudes avec mon univers, une parenté d’écriture, même si je n’aurai jamais sa plume.

Quel est le rôle du metteur en scène ? Apporter la clarté ?

– Pour moi, le texte représente une nouvelle donne. Au théâtre, c’est le Saint-Graal ; au cinéma, c’est la plateforme de travail. Je savais, en changeant de maison, qu’il fallait que j’aborde le texte avec plus de déférence. Je n’ai pas un gros ego en tant que metteur en scène. S’il y a quelque chose que je ne comprends pas, je n’éprouve aucune gêne à demander une explication à l’auteur. Mais j’avais les clés pour comprendre l’univers d’Yvan.

Y a-t-il une différence entre la direction d’acteurs au cinéma et au théâtre ?

– Au cinéma, j’ai plusieurs prises, je peux intervenir au montage et sucrer la scène si l’interprétation dans tel passage n’est pas à mon goût. Au théâtre, il faut prendre en compte que ce que l’on a placé peut bouger d’un soir à l’autre. Mais mon travail avec le comédien reste le même. Je l’aide à trouver la note juste. Quand j’enseigne aux jeunes réalisateurs, je dis : « Ne surchargez pas l’acteur d’information, ne lui sortez pas une théorie qui va lui prendre la tête. Rappelez-lui les pivots, employez des phrases simples comme « Fais-toi confiance », « Suis ton instinct ». »

Vous dites : « Je ne fais pas du cinéma pour gagner ma vie, mais pour vivre. »

– Les moments les plus beaux de ma vie restent évidemment ceux passés avec ma fille, mais je ressens mes plus grands thrills dans la création ; je serais dépressif si je ne pouvais pas m’exprimer artistiquement.

À quoi sert un film ?

– À comprendre le monde qui nous entoure et à informer les générations futures. La place d’un film, ce n’est pas dans le box-office de la semaine, mais dans les rayons de la Cinémathèque. Dans 20 ans, les gens qui verront Gaz Bar Blues auront une idée de ce qu’étaient les petits commerces de quartier à l’époque de la chute du mur de Berlin et de l’arrivée de la mondialisation. J’ai beaucoup appris sur les années 1960 avec les films de Brault, Perrault, Groulx. Le cinéma ne peut pas être juste du divertissement, même si je n’ai rien contre.

Bousculé par la télé et Internet, le cinéma vous semble-t-il moins exigeant ?

– Au théâtre, on peut encore être baveux, on n’est pas obligé de produire un objet consensuel. Au cinéma, c’est moins sûr. Heureusement, les films québécois sélectionnés à Cannes cette année étaient les plus téméraires (J’ai tué ma mère, de Xavier Dolan, Carcasses, de Denis Côté). J’espère que les bailleurs de fonds vont percevoir le message.

Mort de peine, avec Louis Champagne et le musicien Michael Jerome Browne, Théâtre de Quat’Sous, à Montréal, du 24 août au 6 sept. et du 15 au 26 sept., 514 845-7277.

quatsous.com ; coopvideo.ca/productions/the-timekeeper.fr

 

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