Le syndrome de la vis

Extrait du roman Le syndrome de la vis, par Marie-Renée Lavoie avec l’aimable autorisation des éditions XYZ.

Extrait du roman Le syndrome de la vis, par Marie-Renée Lavoie

En quatre heures de travail acharné pour tenir le fort de ma bulle, j’ai pu compulser toutes les revues de mode, de santé et bien­être, de cuisine, de chars, de cheveux disponibles à la clinique. Mon esprit synthétique, habitué à bâtir des schémas conviviaux permettant une intégration efficace des connaissances dans le développement des compétences générales et transversales d’apprenants aux intelligences multiples, s’est aussitôt mis en branle pour catégoriser et schématiser les informations les plus récurrentes et les traduire clairement, simplement, sans fioriture ou autre effet de style pour permettre une ingestion plus efficace des informations somme toute fort simples. Sur un bout de papier qui traîne au fond de mon sac à main, je rédige ainsi mon résumé de l’ensemble de tout ce que je viens de lire :

         On m’appelle. Je suis émue, je n’y croyais plus. J’attends depuis si longtemps que je sens, au moment de franchir la porte du bureau, que j’ai attrapé une maladie que je n’avais pas en me pointant ici.

         – Qu’est-ce qui vous amène, ma petite madame ?

         Je ne suis ni petite ni madame. Lui, par contre, est médecin. C’est tout ce qui compte. Le mien est mort il y a longtemps. Et même si je n’y suis pour rien, personne n’a encore accepté de le remplacer dans ma vie. Pour l’heure, j’ai un urgent besoin de me faire déclarer inapte pour quelques jours à faire la seule chose que je sache faire dans la vie.

         – Je sais qu’y a d’autres types de médecines qui pourraient m’aider, mais j’aime mieux la médecine ordinaire… ordinaire dans le sens de science… de vraie science.

         – Hum hum.

         – C’est que j’ai des problèmes de sommeil. C’est l’enfer, faut que je fasse quelque chose.

         – Hum hum.

         – Je m’endors facilement, j’ai des livres pour ça, c’est correct. C’est pas ça, le problème.

         – Hum.

         – Non, c’est après, quand je me lève pour aller aux toilettes, par exemple, d’ailleurs on dirait que j’ai toujours envie…

         – Buvez moins avant d’aller au lit, madame.

         – Non, non, je bois pas, justement, je fais bien attention. J’attends même d’avoir soif avant de me coucher pour être certaine de pas avoir assez bu.

         – Vous avez peut-être un problème de vessie hyperactive.

         – Non, j’ai pas vraiment envie, c’est comme une compulsion, je vais aux toilettes parce que j’ai peur que ça me réveille, mais j’ai pas vraiment envie. Pis je me réveille pour plein d’autres choses, des cauchemars, des peurs que je me fais avec des riens…

         – C’est mental d’abord.

         C’est moins douloureux quand c’est moi qui le dis.

         – Eeee… oui, en fait c’est comme si mon cerveau s’emballait, je me mets à réfléchir, à repasser toutes les pochitudes de ma vie, à penser à tout ce que je suis pas, à tout ce que je pourrai jamais être, à tous ceux qui m’aiment pas, ben encore là, à ceux qui m’aiment peut-être pas…

         – Faut arrêter de penser, madame.

 

La suite dans le livre…

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