Le testament du professeur Zukerman

Extrait du roman Le testament du professeur Zukerman, par Francis Malka, avec l’aimable autorisation des éditions Hurtubise.

Extrait du roman Le testament du professeur Zukerman, par Francis Malka

Première lettre

Le 27 octobre

David,

         Si tu lis cette lettre, c’est que je suis mort.

J’aurais préféré qu’on se revoie en de meilleures circonstances, mais les événements en ont voulu ainsi.

         Si tu lis cette lettre, c’est – bien évidemment – que tu es vivant. Il est après tout dans l’ordre des choses qu’un fils survive à son père. Je n’aurais pas voulu qu’il en soit autrement.

         Je ne comprends cependant pas comment les choses en sont arrivées là. Ne t’attends pas, en lisant ce texte, à découvrir comment j’ai perdu la vie. Si seulement je savais quand et comment la mort me trouvera, je courrais bien sûr la déjouer plutôt que de la décrire bêtement sur cette page.

         J’imagine ta surprise lorsque, après mon décès, le notaire Delordre t’a contacté pour te remettre une enveloppe. La raison en est fort simple: j’ai besoin de ton aide. Tout cela doit te sembler bien étrange.

En quoi peux-tu bien m’être utile, te demandes-tu, surtout si je suis mort? Laisse-moi t’expliquer.

         Depuis plusieurs mois déjà, des événements plus bizarres les uns que les autres sont venus perturber mon existence. Dans les premiers temps, je les ignorais, les reléguant au rang de simples faits divers. Il ne s’agissait après tout que de petits incidents sans lien apparent, qui avaient pour seule particularité d’être de plus en plus nombreux. Mais voilà, les incidents se sont maintenant accumulés au point où je ne peux plus croire à la coïncidence.

         Je crains maintenant pour ma vie.

         À tel point que j’ai aujourd’hui entrepris de t’écrire ce texte. Aussitôt que j’en aurai terminé la rédaction, je courrai le remettre au notaire Delordre. Si je devais par la suite tomber gravement malade, j’ordonnerais à ce dernier de le détruire immédiatement afin d’éviter qu’il ne parvienne jusqu’à toi. Le fait que tu lises ces lignes est donc la preuve que je ne suis pas mort naturellement.

         J’ai besoin de ton aide pour éclaircir les circonstances entourant ma mort, qui seront, je crois, assez complexes pour étourdir les meilleurs enquêteurs et assez stupéfiantes pour que personne n’y croie. Seule une personne en laquelle j’ai pleinement confiance, guidée par les indices que je lui remettrai, parviendra à faire la lumière sur mon décès.

         Je sais que nous ne nous sommes pas parlé depuis maintenant plusieurs années, ce qui doit rendre cette requête encore plus étrange à tes yeux.

Mais ce long silence n’a en rien altéré ma confiance en toi. J’ai regardé autour de moi et je crois que mes enfants sont les mieux à même de résoudre cette énigme.

         Si tu acceptes de me venir en aide, cette lettre sera la première d’une longue série de missives que te remettra Me Delordre. Chacune contiendra des instructions précises que tu devras suivre méthodiquement afin d’avoir accès à la suivante.

         Maître Delordre est en ce moment même dans son bureau en train de lire les instructions que je lui ai remises. S’il a bien suivi mes consignes, tu te trouves maintenant dans la salle attenante, à quelques mètres de lui, derrière une porte close. Il s’agit d’une petite salle de conférence sans fenêtre dont les murs sont ornés de boiseries et dont les chaises grincent. Comme tu vois, je n’ai rien laissé au hasard.

         Je tiens à m’excuser à l’avance pour tout ce que je m’apprête à te demander. Tu as, après tout, le droit de vivre le deuil de ton père en toute sérénité. Rien ne t’oblige d’ailleurs à acquiescer à ma demande. Personne, moi le dernier, ne te reprochera de vouloir pleurer ma mort en paix. Si tel est ton désir, tu n’as qu’à le signifier à Me Delordre, qui cessera immédiatement de t’importuner.

         Si, par ailleurs, tu décidais de m’aider, il te suffirait simplement d’aller trouver le notaire et de l’informer de ton acceptation. Il te remettrait alors une autre lettre contenant les directives à suivre.

         Tu dois savoir qu’une lettre semblable était adressée à ta sœur. Le notaire Delordre avait instruction de la contacter en premier, car elle connaissait mes projets de recherche de très près. Si tu lis cette lettre, c’est donc que le notaire a été incapable de la joindre ou qu’elle n’a pas été en mesure de répondre à ma requête.

         Le contenu et l’existence même de cette lettre et des suivantes devront rester strictement confidentiels. Comprends bien que j’ignore encore les circonstances de ma mort, de même que le nom de ceux qui en seront responsables. Si la moindre information que je te transmets devait par mégarde parvenir aux oreilles des personnes impliquées, cela leur permettrait de voir venir les événements et de nous échapper.

         Je t’en supplie, David, acquiesce à ma demande. C’est la dernière chance que j’ai de ne pas sombrer dans l’oubli.

         Sinon, sache que je t’adore et te souhaite une vie remplie de bonheur.

À bientôt, peut-être,

Ton père

 

La suite dans le livre…

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