Fabien Cloutier : le théâtre dans les yeux

Dramaturgies en dialogue, l’activité du Centre des auteurs dramatiques, commence demain et on pourra, jusqu’au lundi 12, y entendre en lecture publique les pièces qui feront peut-être les prochaines saisons de nos théâtres. L’occasion de découvrir, entre autres, les nouveaux textes de Sébastien Harrisson, Jennifer Tremblay et Fabien Cloutier.

Il a planté des sapins, fait les foins, travaillé à l’usine de production de confitures J.M. Smucker, à Sainte-Marie de Beauce, où il est né, avant d’obtenir, en 2001, son diplôme en interprétation du Conservatoire d’art dramatique de Québec. Doux et inflammable, il a 35 ans, deux enfants, une conjointe scénographe.

Révélation des Contes urbains, cuvée 2005, avec Oùsqu’y’é Chabot ? — l’histoire de deux gars venus fêter Noël à Montréal et qui finissaient tout nus dans la crèche de leur ville natale —, Fabien Cloutier faisait passer un mauvais quart d’heure au sexe, à la religion et aux… grosses ! Secoué, le public en redemandait. L’auteur-conteur a rétorqué avec Scotstown et, récemment, Cranbourne, spectacles solos autour du même personnage « taillé à la chainsaw », polytatoué et mal embouché.

Cloutier a remporté le prix Gratien-Gélinas 2011 pour Billy (Les jours de hurlement), pièce qui sera lue aux Dramaturgies en dialogue (du 7 au 12 sept.), du Centre des auteurs dramatiques, puis montée au théâtre La Licorne au printemps prochain.

Photo : Alexandre Chabot

Selon vous, pourquoi vous a-t-on accordé le prix Gratien-Gélinas ?

Quand je relis ma pièce, je la trouve bonne ! On l’a sans doute choisie pour sa structure qui sort de la norme dramaturgique, mais aussi parce qu’elle parle de nous autres et qu’elle regarde le spectateur dans les yeux. J’aime l’adresse directe au public.

Dans 20 ans, on trouvera peut-être ma pièce « inmontable », parce que trop estampillée 2011, et c’est tant mieux. Car ce que je veux entendre, c’est ce qu’un auteur a à me dire aujourd’hui sur notre monde.

Votre pièce répondait à une commande de Sylvain Bélanger, directeur artistique du Théâtre du Grand Jour, qui la mettra en scène. Quel était le cahier des charges ?

Parler du Québec de maintenant, de notre immobilisme, de ce qu’on nous cache. Sylvain et moi partageons la même nécessité de faire un théâtre politique qui résonne, mais sans emprunter le chemin de la morale. Le noir / le blanc, la gauche / la droite, c’est trop carré, sans nuances, ça me fait peur ; j’explore l’entre-deux, les zones grises. On vit dans une société où l’on n’a plus de porte-paroles, mais des porte-pensées qui nous dépossèdent de notre jugement. Mes textes traitent souvent des idées reçues, de la pensée unique.

Il en va de même pour Billy ?

Un jour, pour une chose que j’ai vue, mais que j’avais mal interprétée, je me suis trouvé « lette » — c’est pire que laid — d’avoir jugé et condamné des parents qui, je croyais, négligeaient leur enfant. La pièce parle de nos préjugés, de notre ignorance, de notre facilité à chialer sur l’autre.

Vous affirmez une langue québécoise crue et fleurie de jurons. Quitte à froisser le public ?

Aux premières représentations de Scotstown, des gens sortaient de la salle après 10 minutes. Mais ça va mieux depuis que des articles de journaux ont dit que ce que j’écrivais était intelligent ! Je prône une langue vivante. Il y a eu un paquet de combats sociaux au Québec menés à coups de crisse et de câlisse. Aux dernières élections fédérales, le meilleur slogan était quand même celui de Jean-François Mercier : « Là c’t’assez tabarnak ! » Formule qui résume la pensée de la population.

Vous êtes né en Beauce, comme le chanteur Maxime Landry et le ministre Maxime Bernier. Un dénominateur commun ?

Il y a chez les Beaucerons une fierté et une liberté de pensée. Même si tout le Québec conspuait Bernier, ses concitoyens ont quand même voté pour lui. Preuve d’une belle indépendance, que certains appelleront de l’obstination, et moi, « la zone grise ».

Billy (Les jours de hurlement), lecture publique dirigée par Sylvain Bélanger, Théâtre de Quat’Sous, à Montréal, le 9 sept., 514 845-7277.

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