Le toupet de Grenadine

Tiens donc, une autre chanteuse ! Celle-ci, on l’a découverte avec quatre pièces offertes en téléchargement (c’est gratuit, servez-vous, vous aimerez). Grenadine arrive avec de la grâce, un peu d’acidité, une voix acidulée, des chansons, légères comme l’aile d’une libellule, touchant à l’intime et au sentiment amoureux, mais distanciées de l’autobiographie par le cynisme ou l’ironie (« L’amant lamentable »). Vaillante, timide et têtue sous son toupet, l’auteure-compositrice-interprète a des doutes, mais plus de volonté encore, et quelques diplômes.

« Grenadine » annonce quelque chose de sirupeux, de pas trop adulte. Pourquoi ne pas vous présenter sous votre véritable identité, Julie Brunet ?

— Pour mon entrée dans la chanson, il me fallait un nom qui frappe. Je suis une nouvelle chanteuse pop, je ne prétends pas être autre chose. Je mise plus sur la musicalité et le rythme que sur des paroles recherchées.

Il y a eu assez de téléchargements de vos chansons pour que des maisons de disques se manifestent, que le magazine français Les Inrocks vous nomme « artiste à surveiller » et que l’agent d’Alfa Rococo travaille avec vous. Ça va vite ?

— Pas assez vite à mon goût, car j’ai hâte d’entrer en studio, de sortir un album. Je ne sauterai pas une coche parce qu’on a téléchargé mon EP [maxi] deux ou trois milliers de fois. Je fais des entre­vues, des spectacles et des festivals, mais je ne gagne pas ma vie avec ça — la gagnerai-je d’ail­leurs un jour en faisant de la musique ?

J’ai 26 ans, certains trouvent que je suis déjà un peu vieille pour commencer une carrière dans la chanson, mais bon, j’ai un passé d’études.

Photo : Alexandre Chabot

À quoi vous servent ces études : à composer, à chanter ?

— À me structurer et à me définir, j’imagine. J’ai fait un bac en anthropologie, une maîtrise en archéologie sur la préhistoire du Témiscouata. Puis, j’ai commencé à jouer du violon et des claviers pour Cœur de pirate ; on est partis en tournée en France, et là-bas, j’ai définitivement opté pour la musique. Je me suis mise à écrire mes chansons et j’ai dit au revoir à l’archéo.

L’anthropologie a confirmé mon besoin de décortiquer, d’analyser, de dégager des constantes. C’est pour ces raisons que j’ai décidé de faire un certificat en jour­nalisme, que je dois terminer cet automne. J’aime étudier, apprendre.

Sans compter que vous venez de la musique classique…

— J’ai étudié le violon pendant plusieurs années. Je m’exerçais de quatre à cinq heures par jour, je me voyais à l’OSM. Puis, un jour, j’ai tout arrêté, ça ne répondait plus à mes attentes. Paradoxalement, quand je suis entrée au cégep, je n’ai jamais fait autant de musique. Sachant que je jouais du violon, plusieurs bands ont requis mes services.

Quels commentaires recevez-vous des internautes ?

— Je reçois des propositions de labels louches d’Europe de l’Est… On me demande souvent : « As-tu peur de te faire comparer à Cœur de pirate ? », alors que la presse m’a plutôt rapprochée de Françoise Hardy, que je ne connaissais pas. Les messages qui me ravissent viennent de gens qui habitent en Espagne, en Colombie ou en France et qui m’écrivent que ma musique les fait vibrer.

Votre chanson « Papier carbone » se termine par « Qui se souviendra de moi ? » N’êtes-vous pas un peu jeune pour poser cette question ?

— Tout le monde veut laisser sa marque. Mon peu d’expérience en archéologie m’a appris que ce qu’il reste de nous, le plus souvent, c’est un tas de cailloux. C’est pourquoi il importe de toucher les gens pendant qu’on est là.

Invitée du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (du 1er au 4 sept.), Grenadine chante au Café Bistro Chez Bob, à Rouyn-Noranda, le 2 sept., 819 797-0888.

http://grenadine.bandcamp.com/

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