Le vrai du faux

Sommes-nous bien informés ? Dans Vortex, Michel Lemay, professionnel de la communication, soutient, exemples à l’appui, que médias et rigueur ne vont pas toujours de pair. Le chroniqueur Eric Dupont l’a lu, avec YouTube Théorie, par Antonio Dominguez Leiva, et Sœurs volées, par Emmanuelle Walter.

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Sommes-nous bien informés ? Dans Vortex, Michel Lemay, professionnel de la communication, soutient, exemples à l’appui, que médias et rigueur ne vont pas toujours de pair. Son constat est plutôt sombre. En effet, l’auteur ne semble avoir eu que l’embarras du choix parmi les cas avérés de tromperies, de plagiats, de fabrications et de mensonges médiatiques purs et simples, qui, pour toutes sortes de raisons, ont entaché la réputation de la profession journalistique et contribué à miner la confiance du public.

Lemay ne se contente pas d’énumérer les bourdes mondialement connues — comme le prétendu aveu de responsabilité de la Dow Chemical dans la catastrophe de 1984 à Bhopal (Inde) ou les charniers inventés de Timișoara (Roumanie) lors de la chute du dictateur Ceaușescu, en 1989 —, il relate aussi des cas de mauvais travail médiatique plus près de nous, telle la « crise » des accommodements raisonnables, qui relève selon lui de la fabrication. Ainsi, le fait que certains journaux confient à des chroniqueurs d’opinion la tâche d’informer le public engendre une confusion des genres qui contribue à ébranler la légitimité de l’information.

À son avis, il faut d’abord s’attaquer au problème des sources anonymes, susceptible d’affaiblir le lien de confiance entre le public et les médias. Il n’est pas tendre non plus envers les journaux qui, pour rendre une histoire plus intéressante, n’hésitent pas à présenter trop vite des faits douteux comme vérité et à publier des propos sortis de leur contexte.

Aux yeux de Michel Lemay, la substance et la rigueur ne sont pas toujours au rendez-vous dans les salles de nouvelles, et les objectifs mercantiles des entreprises médiatiques peuvent parfois entrer en conflit avec l’idéal de l’information journalistique. « Le problème dans une très large mesure, c’est la peur de laisser passer une bonne histoire dont la concurrence fera son beurre. C’est donc la concurrence qui fait les choix », explique-t-il, montrant d’un doigt perspicace une réalité cruelle du fonctionnement de la presse.

Vortex : La vérité dans le tourbillon de l’information
par Michel Lemay
Québec Amérique
464 p., 29,95 $

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VITRINE DU LIVRE

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Signes distinctifs
Selon la GRC, 1 181 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées de 1980 à 2012 au Canada, un chiffre beaucoup trop élevé. La journaliste Emmanuelle Walter s’est penchée sur ce problème, une honte nationale pour le pays. Son essai traite plus précisément de la disparition, en 2008, de Maisy Odjick (16 ans) et de son amie Shannon Alexander (17 ans), de la réserve de Kitigan Zibi, près de Maniwaki. C’est à partir de ce cas, sur lequel elle a mené une enquête approfondie, qu’elle brosse un portrait préoccupant de la situation de nombreuses femmes autochtones et inuites au Canada. Elle veut comprendre pourquoi tant d’entre elles disparaissent ou meurent à la suite de violences. La réponse est complexe, et la solution exigera des efforts soutenus de toute la société canadienne.
(Sœurs volées, par Emmanuelle Walter, Lux éditeur, 224 p., 24,95 $)

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L’infini du vide
Qui n’a pas passé quelques heures hypnotisé par le site YouTube, où sont présentées de manière horizontale, sans hiérarchie aucune, des vidéos maison de chatons actionnant la chasse d’eau ou de décapitations d’otages, et des films de Hollywood en version complète ? Antonio Dominguez Leiva, professeur à l’UQAM, propose une analyse fine et érudite du phénomène à la lumière des théories en vogue dans les études culturelles, cliquant joyeusement entre l’infiniment insignifiant et le sublime. Dans ce maelstrom d’images où ne semble exister aucune loi, l’auteur parvient à dégager des constantes et des interprétations porteuses. Bon comme un alcool rare.
(YouTube Théorie, par Antonio Dominguez Leiva, Les Éditions de Ta mère, 110 p., 15 $)

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