L’eau à la bouche

Ce grand garçon de 46 ans a un talent pour agréger gaieté et douleur, un don de sympathie pour ses personnages, qu’il crédite d’une humanité que seule une longue observation des hommes a pu façonner. Action exercée dès l’enfance dans les commerces (dépanneur, restaurant) de ses parents, à Victoriaville, où il avait tout le loisir de laisser traîner ses yeux et ses oreilles. Serge Boucher a été professeur de 5e secondaire pendant 15 ans, avant que le théâtre (Nature morte, Motel Hélène, 24 poses) l’absorbe entièrement. Le voici à la télévision. Une première.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Écrire pour le théâtre et la télévision exige-t-il un dédoublement de personnalité ?

– Le moteur premier de mon écriture reste le même, peu importe le média : il faut que ça parte du ventre, sinon je suis dans les patates et tout va à la poubelle.

Votre théâtre repose sur le non-dit, ce qui n’est pas trop encouragé par la télé.

– Je viens de l’école de Tremblay, je fais du théâtre de cuisine ; je suis un portraitiste, je me soucie peu de la forme. À la télé, tu as intérêt à tenir compte du champ visuel. Comme je ne suis pas bête à plein temps, je savais que si la série ressemblait à du théâtre, ça serait foutu. La télévision m’a permis d’ouvrir mon imaginaire. C’est un peu limité, ma patente !

Votre « patente » à vous, c’est l’humain.

– Tout mon travail se fonde là-dessus : comment peut-on passer les uns à côté des autres sans s’intéresser à ce que nos semblables sont en train de vivre ?

Pourquoi être venu si tard au petit écran ?

– La télé, c’était un rêve de ti-cul. Ça faisait longtemps qu’on me tournait autour, mais je disais toujours non, par peur, bien sûr. Quand on m’a de nouveau sollicité après l’adaptation télé de ma pièce 24 poses, j’ai commencé par refuser, mais c’était pour mieux me préparer. J’ai rappelé la maison de production deux semaines plus tard, et je me suis lancé dans l’aventure. J’y ai mis le temps, car je ne voulais pas que mon incursion à la télé soit un accident de parcours.

Qu’est-ce que ça prend pour faire une bonne télésérie ?

– Ça prend une crime de bonne histoire ! Une fois mon histoire trouvée, je me suis demandé comment captiver l’audience pendant 12 épisodes, sans que ce soit à coups de péripéties et de rebondissements, de flashs à l’américaine.

Que raconte Aveux ?

– C’est un suspense psychologique sur fond de quête identitaire : un homme se voit forcé de renouer avec un passé qu’il a renié 20 ans plus tôt. Simon, alors âgé de 18 ans, a coupé tous les ponts avec sa famille à cause d’un événement qui a bouleversé la vie de son entourage. La télé repose sur l’identification et l’attachement aux personnages. J’espère que les spectateurs adhéreront aux miens.

Quel est votre bilan, maintenant que vous avez vu le résultat ?

– Le réalisateur, Claude Desrosiers, a porté mon texte trois marches plus haut, comme le fait René Richard Cyr avec mes pièces. Ce dont je suis le plus fier, c’est qu’il s’agit d’une histoire écrite pour tout le monde, même si tout le monde n’y trouvera peut-être pas son compte !

Cette première expérience vous a-t-elle donné le goût de recommencer ?

– Je travaille déjà à une autre œuvre pour la télé. Et, avec René Richard Cyr, nous avons terminé la première phase d’un scénario de film. Enfin, il y a ma nouvelle pièce, que créera la Compagnie Jean Duceppe l’hiver prochain.

 

  • Aveux, à l’antenne de Radio-Canada à compter du 8 septembre, à 21 h ; Excuse-moi, dans une mise en scène de René Richard Cyr, Théâtre Jean-Duceppe (Place des Arts), à Montréal, du 17 févr. au 27 mars 2010, 514 842-2112.

 

 

 

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