L’éclat dans l’abîme, mémoires d’un autodaf&eacute

Extrait publié avec l’aimable autorisation des éditions Gallimard.

Lisez la chronique de Martine Desjardins.

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Je lui demandais s’il restait quelque espoir.

Aucun de nous ne verra poindre la journée de demain, répondit le timonier.

Voilà la deuxième soirée que le vieux Borrow racontait cette tempête au cap Finisterre. Henrietta MacOubrey, sa belle-fille, décida que cette fois elle l’écouterait juste le temps que met un papillon blanc à se cogner contre la lampe. Deux, si jamais le premier se brûlait trop tôt. Cette durée lui sembla tout à fait correcte. L’homme était un remarquable conteur. Lorsqu’il se mettait à dire une histoire, l’ensemble de son corps se transformait en calligraphie mouvante. De la gestuelle de ses doigts, à l’extrême dilatation des pupilles. L’ancien propagandiste biblique qu’il fut jadis connaissait parfaitement les règles du suspense. Et c’est précisément pour cette raison qu’il progressait par paliers narratifs, avec subtilité, sans jamais faire grincer la moindre marche, car s’il aimait inventer, il détestait et méprisait aussi bien les situations invraisemblables que la vérité des fanatiques. C’est pourquoi il ne se considérait pas en train de raconter cette histoire pour la deuxième fois, mais pensait plutôt être en train de se rapprocher davantage, avec une exactitude encore plus incarnée, de cette tempête, qui eut lieu la nuit du 11 novembre 1836, à hauteur du cap Finisterre, sur la côte la plus escarpée du monde, balayée par un vent soufflant en ouragan.

 

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