Leçon de démocratie

Écrivain et professeur à l’Université du Québec à Montréal, Francis Dupuis-Déri réalise le rêve de nombre de thésards : publier sa thèse de doctorat. Il faut admettre qu’un sujet aussi vaste et inspirant que la notion de démocratie en France et aux États-Unis laissait espérer un ouvrage intéressant. Prêchant par l’exemple, l’auteur a su — qu’il en soit loué — rendre son travail accessible aux mortels en fournissant, notamment, une note de bas de page pour presque chacun des auteurs et personnages historiques qu’il cite.

Photo : Jacques Grenier

Dupuis-Déri propose par ailleurs une mise en récit efficace de l’histoire du mot « démocratie », dont le destin rappelle celui du vilain petit canard. Après une naissance glorieuse dans la Grèce antique, il connaîtra le dénigrement au XVIIIe siècle, où il devient synonyme du chaos et de la tyrannie. « Une cathédrale effrayante de discorde, un jardin vénéneux de conspiration », en diront d’ailleurs de mauvaises langues. Le vent tourne au XIXe siècle, où un simple « Vive la République » crié au grand jour pouvait entraîner la déportation. Les révolutionnaires se rabattent donc sur « démocratie », terme de rechange pratique qui retrouve ainsi ses lettres de noblesse. Au XXe siècle, il servira, des deux côtés du rideau de fer, à décrire ce que l’ennemi n’est pas ou ce qu’il faut lui inculquer par la force.


Mais ce qu’on comprend dans cet ouvrage, c’est la volonté de recentrer l’enjeu de la représentation populaire. Comme le dirait Blanqui, révolutionnaire français du XIXe siècle : « Gare les mots sans définition, c’est l’instrument favori des intrigants. » (Démocratie : Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, Lux Éditeur, 456 p., 29,95 $)

VITRINE DU LIVRE

 

Nouvelles du front

« Si vous étiez vraiment un homme de cœur, vous refuseriez de porter les armes. » C’est ainsi que s’adressait l’écrivaine et enseignante Roxanne Bouchard à Patrick Kègle, soldat canadien en mission en Afghanistan. Elle, antimilitariste, lui, militaire de carrière convaincu. En terrain miné se présente de manière toute innocente comme un dialogue entre deux correspondants improbables. Rares pourtant sont les ouvrages qui portent la charge émotive de cet échange épistolaire qui durera cinq ans. Cinq années pendant lesquelles les interlocuteurs enseigneront à leur insu au lecteur des leçons sur la guerre, la nature de l’engagement militaire et la place de la poésie dans le monde.

C’est d’abord une curiosité amusée qui guide la lecture, puis on se met à aimer ces deux personnes, à vouloir leur bien. Quelque part avant la 10e lettre, le sort en est jeté. Impossible de déposer le livre un seul instant, si ce n’est pour se remettre, le visage entre les mains, des émotions qu’il nous fait vivre.

Impudent et fouineur, le lecteur, presque gêné de la confiance qu’on lui témoigne, sortira transformé de cette lecture. Il voudra se confier à ses proches : « Écoutez, je viens de lire quelque chose… Je ne sais pas comment vous dire… » Un échange subtil et intelligent sur l’amour, la guerre, la vie et l’amitié. Un gros merci à Roxanne Bouchard et au caporal Kègle.

Les livres semblent eux aussi vouloir entrer en conversation. Six : le nombre de fois que le mot « démocratie » apparaît dans En terrain miné. (VLB, 164 p., 19,95 $)

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