Legendre idéal

Il a la fièvre des artistes, l’assurance des bons gestionnaires, le sourire des vendeurs : le profil idéal pour assurer la direction artistique et générale de l’Opéra de Québec.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Il a la fièvre des artistes, l’assurance des bons gestionnaires, le sourire des vendeurs : le profil idéal pour assurer la direction artistique et générale de l’Opéra de Québec. Emporté par le vent d’enthousiasme qui souffle sur sa ville depuis les fêtes du 400e, Grégoire Legendre envisage même un festival international d’opéra, qu’il verrait bien avoir lieu dans la capitale nationale à l’été 2011.

Est-ce parce que vous n’étiez pas un bon chanteur que vous avez abandonné le métier ?

– J’ai quand même fait une carrière d’une quinzaine d’années et j’ai chanté plusieurs rôles intéressants, dont Capulet, le père de Juliette, dans Roméo et Juliette, qui a payé ma maison. En 1993, j’ai eu une très mauvaise année. Un poste en gestion des finances s’est ouvert à l’Opéra de Québec et je l’ai obtenu grâce à mon bac en administration. J’ai fait équipe avec Bernard Labadie, alors directeur artistique. À son départ, j’ai posé ma candidature pour le remplacer.

Votre expérience de chanteur se révèle sûrement un atout à la direction artistique.

– Les chanteurs constituent le plus grand actif d’un opéra. Un bon chanteur peut racheter une mise en scène hasardeuse, un chef d’orchestre moins à son affaire. Je pense souvent à la phrase de la soprano Birgit Nilsson : « Happy birds sing well. » Pour avoir des rossignols heureux sur scène, il faut leur offrir – dans les limites de notre budget – les meilleures conditions possible.

Quand on regarde la programmation de l’Opéra de Québec, on a l’impression qu’elle est toujours en retard d’une saison sur celle de l’Opéra de Montréal.

Pagliacci, qui ouvre la présente saison de l’Opéra de Montréal, je l’ai présenté durant la saison 2007-2008. Et j’aimerais rappeler que Starmania Opéra était une initiative de l’Opéra de Qué­bec, à laquelle on a associé par la suite l’Opéra de Mont­réal. Le but était d’attirer un nouveau public et de lui prouver que l’opéra n’est ni « quétaine » ni dépassé, qu’on y trouve conjuguées plusieurs disciplines artis­tiques. Nous avons eu un succès fou : aux quatre représentations habituelles, nous avons ajouté six spectacles supplémentaires.

Cette année, vous présentez Aida et Lucia di Lammermoor, pas à proprement parler des œuvres révolutionnaires.

– Avec deux productions par an, on ne peut pas programmer un opéra inconnu chaque saison, la campagne d’abonnement s’en verrait compromise. Cela dit, je crois qu’il faut prendre des risques qui, peut-être, auront un effet sur la fréquentation, mais seront rentables à long terme. L’an dernier, par exemple, on a offert en programme double Le château de Barbe-Bleue, de Bartók, et Ewartung, de Schönberg.

Avec Robert Lepage à la mise en scène, les risques étaient tout de même calculés.

– Ces opéras, portant sa signature, avaient fait le tour du monde, mais n’avaient jamais été proposés au public de Québec.

Êtes-vous pour la modernisation des opéras ? À New York, on a vu des chanteuses en string, un Mozart dans une décharge publique.

– Cela me semble relever d’une provocation dérisoire. D’accord pour les libertés artistiques qui ne contreviennent pas au sens de l’œuvre, qui éclairent le livret. La vraie innovation en opéra, c’est de raconter une histoire, de valoriser les ressorts dramatiques. Comme spectateur, je recherche la cohérence.

L’opéra trouve-t-il encore sa place aujourd’hui ?

– En quatre ans, on a aug­menté le nombre de nos abonnés d’environ 50 %. La plupart de nos spectacles affichent complet. Les élèves des écoles secondaires, qu’on invite aux générales, aiment, et sans préjugé, aussi bien Ewartung que La Traviata. Il y a de l’avenir.

Aida, de Verdi, salle Louis-Fréchette (Grand Théâtre de Québec) les 17, 20, 22 et 24 oct., 418 529-0688.

operadequebec.qc.ca