Légumes frais

Navet Confit sera en spectacle au Cabaret Juste pour rire, le vendredi 7 août à 22 h. Notre chroniqueur André Ducharme a rencontré celui qu’il qualifie de « l’un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus inventifs de la nouvelle génération ».

Photo : Jocelyn Michel

Vu son nom de scène, Navet Confit, on pensait rencontrer un animal singulier. On salue plutôt un garçon ordinaire – Jean-Philippe Fréchette, né à Sainte-Marie de Beauce en 1980 -, qui nous reçoit dans la cuisine, où un cendrier déborde. A priori, rien de frappant, d’inoubliable, sinon sa longueur et sa minceur, et un pan de chemise qui sort de son pantalon. C’est pourtant l’un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus inventifs de la nouvelle génération.

Il n’a pas la voix de Garou, n’écrit pas de chansons à siffler sous la douche, mais il sait les baptiser : « Tu regardes toujours le générique jusqu’à la fin », « Tes bottes sont comme des tigres qui mangent tes jambes ». Il crée un univers vrillé d’absurde et de dérision où l’écriture s’ébroue en toute liberté et où la musique s’égaille hors de toute norme. Ce qui ne facilite pas la tâche quand vient le temps de définir son style : de la pop déconstruite, expérimentale, de la post-pop ? « Mes chansons sont des odes à l’insignifiance, de la platitude « confortable ». » Mais non, il exagère. Ses chansons, tantôt naïves, tantôt abstraites, souvent engagées, et pas spontanément sympathiques, demandent à l’auditeur un peu d’effort d’imagination, car l’auteur laisse des phrases en plan : « […] et ce bruit qui provient d’une pièce adjacente / est peut-être celui d’une invitation à__ » (« La poste »).

Navet a enregistré, arrangé, mixé et réalisé des minidisques et deux albums, dont un double, luxuriant, en 2007 : Lp2 agite, dans des couleurs de grunge, d’électropop et de sonorités non identifiées, des mots-thèmes récurrents (cheveux, moyens de transport, souliers, films et magasins).

Le légume, multi-instrumentiste, prépare son troisième album, sur lequel passeront, en filigrane, ses observations sur l’industrie musicale, qu’il connaît maintenant de l’intérieur. En 2006, il se joint à la famille de GSI Musique, avec laquelle il fonde le label La Confiserie, dont il assume la direction artistique et le mandat : « Faire entendre le différent. » Cette étiquette, très courtisée, ne présente que peu d’élus : Émilie Proulx (folk), Carl-Éric Hudon (pop), Polipe (rock). « On n’invite pas quelqu’un à souper si on n’a pas fait l’épicerie. Il fallait solidifier la structure avant de se lancer. Là, on est prêts. » Prêts à accueillir qui, au juste ? « L’artiste qui ne plafonnera pas à son premier album, qui va encore faire des « tounes », et des meilleures, dans 10 ans. Les jeunes sont souvent trop pressés, veulent une ascension rapide… »

On pourra entendre le « son » de La Confiserie à l’occasion de la « Carte blanche » que lui offrent les FrancoFolies de Montréal. Navet Confit, les artistes du label et des invités qui partagent leurs affinités démontreront leur talent à modifier le paysage musical.

—-

Cabaret Juste pour rire, à Montréal, le 7 août, 514 790-1245. navetconfit.com

 

Les plus populaires